Covid-19 : quatre questions sur la chute spectaculaire du nombre de nouveaux cas au Royaume-Uni

La récente levée des restrictions sanitaires outre-Manche n'a pas engendré la flambée épidémique redoutée par les experts. Au contraire, le nombre de nouvelles contaminations a été divisé par deux depuis le 19 juillet. 

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Dans un bar de Londres (Royaume-Uni), le 19 juillet 2021. (TOLGA AKMEN / AFP)

C'est une éclaircie que le gouvernement britannique accueille avec prudence. Au Royaume-Uni, le Freedom Day ("jour de la liberté"), soit la dernière étape dans la levée des restrictions sanitaires face au Covid-19, n'a pour l'instant causé aucune reprise de l'épidémie. Depuis le 19 juillet, les discothèques ont notamment rouvert, et le masque n'est plus obligatoire, à part dans les transports publics de Londres et dans une poignée de magasins. 

Mais au lieu de provoquer un sursaut épidémique, la fin des restrictions coïncide avec une baisse significative du nombre de nouvelles contaminations, qui sont passées de 54 183 cas détectés le 17 juillet (le pic du mois) à 24 173 nouveaux cas le 1er août, d'après le site Our World in Data (lien en anglais). Décryptage.

Cette amélioration était-elle attendue ?

La tendance observée ces deux dernières semaines au Royaume-Uni a surpris les autorités sanitaires britanniques, qui évoluent "dans une grande incertitude" depuis le début de l'été, reconnaît Marc Baguelin, épidémiologiste et modélisateur auprès du conseil scientifique britannique, contacté par franceinfoCertains spécialistes avaient même prédit tout l'inverse, arguant que la levée des dernières restrictions ferait bondir les chiffres de l'épidémie. C'était notamment le cas du professeur Neil Ferguson, figure de la lutte contre le Covid-19 dans le pays, qui prévoyait jusqu'à 200 000 nouveaux cas par jour, comme le rapportait le Guardian (article en anglais).

Pour Marc Baguelin et ses confrères du groupe de modélisation SPI-M, l'été s'annonçait comme une période particulièrement difficile à appréhender. "Plusieurs facteurs étaient compliqués à prévoir, comme les effets de l'Euro de football ou des vacances sur la transmission du virus", énumère Marc Baguelin. La compétition de football, très suivie au Royaume-Uni, a bel et bien créé des clusters, comme en Écosse, où près de 2 000 cas ont été imputés au match de l'équipe nationale contre celle d'Angleterre fin juin, rapportait la BBC (article en anglais). Mais la bosse constatée dans la courbe de l'épidémie s'est rapidement affaissée mi-juillet.

Comment expliquer cette chute du nombre de nouvelles contaminations ?

"La météo favorable et le retour des activités en plein air comptent parmi les causes de cette chute, avance le docteur Marc Baguelin, car on sait que le virus a beaucoup plus de mal à se transmettre à l'extérieur." Le spécialiste cite aussi le début des vacances scolaires, le 23 juillet au Royaume-Uni, un changement important car "les enfants et les adolescents ont récemment joué un grand rôle dans la diffusion du virus", précise-t-il. 

A ses yeux, une autre explication tient dans l'analyse des comportements collectifs. "Plusieurs études montrent que les gestes barrières sont globalement respectés au quotidien", ajoute Marc Baguelin, qui estime qu'avec l'annonce du Freedom Day et la levée de certaines restrictions, "le gouvernement [britannique] a confié le contrôle de ces gestes à la population". Le 18 juillet, le Premier ministre, Boris Johnson avait en effet appelé ses concitoyens à faire "très attention" face au variant Delta. D'après un sondage de l'Office britannique des statistiques (ONS), 64% des adultes disaient vouloir continuer à porter le masque dans les magasins et les transports publics après la levée de l'obligation.

Le docteur Marc Baguelin cite une dernière hypothèse : l'auto-isolement de dizaines de milliers de Britanniques ayant récemment reçu une alerte "cas contact" sur leur téléphone, via l'application de la NHS, le système de santé publique du pays. Un isolement obligatoire, mais relativement peu contrôlé, qui est tout de même largement respecté dans le pays – à tel point que cela a créé des pénuries de main-d'œuvre dans les secteurs de l'industrie et de l'agroalimentaire notamment.

Faut-il y voir un effet vaccin ?

Pas forcément. Malgré la large couverture vaccinale dont bénéficie le Royaume-Uni, où près de 70% de la population a reçu au moins une dose d'après le site Our World in Data (lien en anglais), Marc Baguelin se veut très prudent sur les liens entre vaccination et diffusion du virus. 

"Le vaccin a les effets escomptés chez les populations vulnérables, avec un nombre de décès du Covid à l'hôpital qui est redevenu très faible", relève l'épidémiologiste. La moyenne journalière des morts du Covid-19 frôle actuellement les 60 décès au Royaume-Uni, contre plus de 1 200 décès quotidiens en moyenne lors du pic épidémique de janvier dernier, d'après les chiffres officiels (lien en anglais)

Mais les scientifiques manquent pour l'instant de données sur la transmission du virus par et chez les vaccinés. "Pour le variant Alpha, ce risque était réduit de moitié par le vaccin, mais ce sera certainement beaucoup moins pour le variant Delta, qui est bien plus contagieux", prévient l'épidémiologiste. Une récente étude américaine menée par le Centre de contrôle de prévention des maladies (CDC) a donné des résultats plus préoccupants (lien en anglais) : les personnes vaccinées transmettraient tout autant le variant Delta que les non-vaccinées.

Cette tendance à la baisse va-t-elle durer ?

Pour Marc Baguelin, il est beaucoup trop tôt pour parler d'une baisse durable du nombre de nouvelles contaminations au Royaume-Uni. "Nous n'avons même pas le recul nécessaire pour mesurer les effets de la réouverture du 19 juillet, rappelle-t-il. La situation reste très instable dans l'ensemble du pays." L'immunité collective, l'objectif du Premier ministre britannique, est-elle proche, comme l'a suggéré une autre étude de l'ONS ? "Tout cela dépend du vaccin bien sûr, mais aussi du nombre de contacts au sein de la population, et les comportements varient beaucoup, rappelle le médecin. Le paysage du virus change constamment."

A l'inverse, la situation épidémique pourrait même s'aggraver au Royaume-Uni, et ce, "dès la rentrée scolaire", prévient Marc Baguelin. "Le pays est en avance sur la vaccination, mais aussi en avance sur la transmission du variant Delta", rappelle-t-il. Le retour en classe de millions d'enfants et d'adolescents, qui ne sont pour l'instant pas éligibles à la vaccination (sauf rare exception), risque de provoquer une flambée épidémique qu'il juge "inéluctable". Reste que "la situation sanitaire sera tout de même bien plus favorablecar la vaccination importante devrait éviter les formes graves, et donc la surcharge du système de santé." 

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