"Ils prennent une mesure préventive" face à Omicron : pourquoi Israël lance une campagne pour une quatrième dose de vaccin

Pionnier mondial de la vaccination contre le Covid-19, Israël a décidé d'administrer une quatrième dose aux plus de 60 ans et aux soignants. Une campagne de vaccination face à la menace Omicron, suivie de près par les scientifiques français.

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Un Israélien reçoit une dose de vaccin Pfizer-BioNTech à Holon, le 24 août 2021. (AHMAD GHARABLI / AFP)

C'est une première mondiale. Israël a annoncé, mardi 21 décembre, le lancement prochain d'une vaste campagne de vaccination afin d'administrer une quatrième dose aux plus de 60 ans et à l'ensemble du personnel soignant. "J'ai donné l'ordre de se préparer immédiatement pour le quatrième vaccinLe monde suivra nos pas", a expliqué sur Twitter Naftali Bennett, le Premier ministre israélien"Les citoyens d'Israël ont été les premiers au monde à recevoir la troisième dose de vaccin contre le Covid-19 et nous continuons d'être à l'avant-garde avec la quatrième dose", a-t-il ajouté, après la consultation d'un groupe d'experts et un conseil des ministres consacré exclusivement à l'épidémie.

L'Etat hébreu, qui avait connu une diminution drastique des infections (quelques dizaines de cas seulement au début de l'automne) grâce à l'injection dès le mois d'août dernier d'une troisième dose, n'échappe pas aujourd'hui à l'impressionnante progression du variant Omicron. La barre des 1100 nouveaux cas quotidiens vient d'être franchie et le pic des contaminations devrait être atteint début janvier 2022, selon les autorités sanitaires locales. Les cas positifs provenant du variant Omicron se multiplient et un premier décès lié à cette nouvelle souche du virus sud-africain vient d'être signalé dans la région de Beer-Sheva, selon le ministère de la Santé.

Faire mieux que face au variant Delta

Face à cette nouvelle flambée de l'épidémie, hors de question pour le gouvernement de se faire prendre au piège comme cela avait été le cas avec le variant Delta en juillet dernier. Au début de l'été, l’épidémie était en effet repartie en force, avec 90% des infections dans le pays liées à cette nouvelle mutation. Comme le soulignait Le Monde, l'Etat hébreu avait même enregistré plus de 2 000 cas positifs par jour lié au Delta – un record depuis quatre mois – et avait alors décidé d'ouvrir la vaccination pour une troisième dose aux plus de 60 ans.

Près de cinq mois plus tard, le pays revit une situation épidémique similaire et, face à l'inquiétude grandissante de la population, c'est la même stratégie vaccinale qui vient d'être dégainée. 

"La décision du comité d'experts sur la pandémie d'approuver la quatrième dose est une excellente nouvelle, qui nous aidera à passer à travers la vague d'Omicron qui submerge le monde", s'est félicité le Premier ministre. Ainsi, les plus de 60 ans, les personnes immunodéprimées et les soignants peuvent dès à présent recevoir une quatrième dose. Le reste de la population, y compris les enfants de 5-11 ans qui peuvent actuellement recevoir la troisième dose, pourrait être logé à la même enseigne dans les mois qui viennent.

Six mois d'avance sur le reste du monde

Si Israël franchit le pas de la quatrième dose avant tout le monde, c'est surtout parce que le pays a été le tout premier à vacciner sa population.  Dès le printemps 2021, soit un peu plus d'un an après le début de la pandémie, l'état hébreu avait lancé sa toute première campagne de vaccination. La moitié des Israéliens avaient reçu leur schéma vaccinal complet (deux doses à l'époque) en mars 2021, alors qu'il avait fallu attendre le début du mois d'août pour connaître un taux similaire de vaccination en France. Résultat : ce pays peuplé de 9 millions d'habitants a pris quasiment six mois d'avance sur le reste du monde dans son calendrier vaccinal.

Plusieurs études israéliennes menées quelques semaines après l'injection de la troisième dose ont montré que le pays avait eu raison de continuer à vacciner sa population. Une étude publiée par The New England Journal of Medicine a mis en évidence qu'une personne ayant reçu trois doses de vaccin avait 11 fois moins de chances de contracter le virus qu'une personne vaccinée avec deux doses il y a plus de cinq mois. C'est le cas également d'une étude rendue publique par The Lancet le 29 octobre dernier. Dans cette dernière, le constat de l'efficacité de la troisième dose sur les Israéliens est sans appel : les personnes concernées ont 88 % moins de chances de contracter le virus et 93% moins de chances d'être hospitalisées que celles ayant reçu leur deuxième dose il y a cinq mois.

Mais face à la reprise des cas liée à l'apparition du variant Omicron, le gouvernement israélien est persuadé qu'une quatrième dose de vaccin est la seule solution pour contenir l'épidémie, notamment pour "booster" les défenses immunitaires de tous ces nouveaux vaccinés.

"Les Israéliens ont quasiment une dose de vaccin d'avance sur nous et ils ont aujourd'hui exactement la même attitude qu'en juillet dernier lors de l'administration de leur troisième dose. Ils sont à présent à cinq ou six mois de cette dose de rappel que nous faisons maintenant en France. Même si nous avons encore peu de recul, il semble donc logique qu'ils décident d'une quatrième dose pour rebooster la réponse immunitaire face à la maladie", analyse Astrid Vabret, cheffe de service de virologie au centre hospitalier de Caen.

Aucune étude sur l'efficacité dans le temps de la troisième dose

Cette décision de vacciner les plus de 60 ans et les soignants une quatrième fois est suivie de près par les scientifiques français. En effet, de nombreuses études ont été réalisées sur la perte d'efficacité du vaccin dans le temps, plusieurs mois après l'injection d'une deuxième dose, mais aucune n'a en revanche été publiée sur l'action dans le temps d'une troisième dose. Les virologues français veulent donc rester prudents sur cette quatrième dose qui "n'a pour le moment aucun recul scientifique", mais semblent comprendre malgré tout le choix du gouvernement israélien.

Pour Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, "les Israéliens qui ont fait la troisième dose plus tôt que nous, doivent avoir peur qu'Omicron résiste davantage aux anticorps apportés par la troisième injection et donc ils anticipent". Un sentiment partagé par Astrid Vabret, également spécialiste des coronavirus : "Je pense qu'ils prennent une mesure préventive qui permettra sans doute de rebooster la mémoire immunitaire face au virus."

L'expérience israélienne d'une quatrième dose sera-elle reprise jusqu'en France ? "Impossible de le savoir pour le moment", expliquent les deux infectiologues français.

Nous ne pouvons pas encore savoir si nous aurons une quatrième dose comme en Israël, mais je pense que le vaccin est là pour nous aider à supporter le temps que va mettre le virus à devenir saisonnier et plus bénin au fil du temps.

Astrid Vabret, virologue au CHU de Caen

à franceinfo

Quoi qu'il en soit, cette décision d'ouvrir aux plus de 60 ans et aux personnels hospitaliers la possibilité de recevoir une quatrième dose s'inscrit en parallèle d'une série de mesures strcites en Israël. Sans aller jusqu'au retour d'un confinement, le gouvernement a en effet décidé de limiter les entrées et les sorties du territoire national. Une liste rouge d'une cinquantaine de pays, dont la France ou les Etats-Unis, vers lesquels il est interdit de voyager au moins jusqu'au 29 décembre, vient tout juste d'être communiquée.

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