Covid-19 : ce que l'on sait de l'efficacité des vaccins et des doses de rappel contre le variant Omicron

Face au nouveau variant, le niveau de protection assuré par les vaccins à ARN messager reste aujourd'hui le plus satisfaisant. Mais les scientifiques craignent une baisse de l'immunité avec le temps, même après trois injections. 

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Une soignante prépare une dose de vaccin dans un centre de vaccination de Dinan, en Bretagne, le 14 septembre 2021. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

A quelques jours de Noël et des réunions familiales autour de la bûche, le virus continue de largement se diffuser en France. La barre des 52 000 cas quotidiens (moyenne glissante sur sept jours) vient d'être franchie et près de 16 000 personnes sont hospitalisées. Si le variant Omicron n'est pas encore majoritaire – quelques centaines de cas ont été officiellement recensés pour le moment en France – il inquiète au plus haut point les autorités.

Pour lutter contre sa propagation rapide, le gouvernement a en effet appelé les Français à aller se faire vacciner massivement. Selon le dernier décompte du ministère de la Santé, plus de 19 millions d'entre eux avaient reçu leur dose de rappel, lundi 20 décembre. Cette troisième injection, indispensable pour lutter en particulier contre les formes graves de la maladie, semble cependant, comme les premières, perdre en efficacité avec le temps, selon plusieurs études scientifiques préliminaires. Franceinfo fait le point sur l'état des connaissances concernant l'efficacité face à Omicron des vaccins autorisés dans l'Union européenne.

La vaccination simple n'est pas assez efficace

La vitesse de transmission et les nombreuses mutations du variant identifié fin novembre 2021 en Afrique du Sud laissent penser qu'Omicron échappe davantage que les précédents variants à l'immunité assurée par les vaccins.

Quel que soit le vaccin injecté, les scientifiques s'accordent à dire que deux doses ne suffisent pas pour lutter efficacement contre les effets de ce nouveau variant du Sars-CoV-2, qu'il s'agisse des formes bénignes ou graves du Covid-19. Une récente étude menée par l'Imperial London College* assure même que le niveau de protection après deux doses ne dépasse pas 20%.

Une autre étude menée par l'assureur privé sud-africain Discovery Health*, évalue quant à elle à 33% l'efficacité de deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech contre les contaminations bénignes par Omicron (80% face au variant Delta) et à 70% contre l'hospitalisation (93% face à Delta).

L'Institut Pasteur a également analysé le sang de personnes ayant reçu deux doses du vaccin Pfizer ou du vaccin AstraZeneca. Conclusion : "cinq mois après la vaccination, les anticorps présents dans le sang ne sont plus capables de neutraliser Omicron".

Des données préliminaires en provenance du Royaume-Uni pointent une efficacité d'environ "20% à 40% après la deuxième dose", confirme dans un entretien au Monde, Ugur Sahin, le PDG de BioNTech, partenaire de Pfizer.

La dose de rappel est plus efficace

Selon plusieurs recherches internationales relayées par le New York Times, la troisième dose semble donc être la seule solution pour lutter efficacement contre les infections légères et les formes graves de la maladie avec le variant Omicron. Mais tous les vaccins n'affichent pas le même niveau d'efficacité. Les piqûres de rappel provenant des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna, qui utilisent la technologie de l'ARN messager, offrent la meilleure protection contre le variant Omicron.

Le vaccin de Pfizer-BioNTech. Des chercheurs anglais confirment qu'une troisième dose du vaccin Pfizer-BioNTech contribue à renforcer la protection et la réponse immunitaire contre les infections bénignes du variant Omicron, avec une efficacité estimée à 70% pour les personnes qui avaient initialement reçu le vaccin AstraZeneca et d'environ 75% pour celles qui avaient reçu celui de Pfizer*.

L'Institut Pasteur valide également l'efficacité d'une troisième dose du vaccin Pfizer-BioNTech contre Omicron. "Une troisième dose de rappel avec le vaccin Pfizer, ou l'injection d'une dose de vaccin chez les personnes ayant fait antérieurement une infection, augmente fortement les taux d'anticorps, à un niveau suffisant pour neutraliser Omicron", expliquent les chercheurs français.

Le vaccin de Moderna. La société pharmaceutique a annoncé le 20 décembre dans un communiqué* que la dose de rappel actuellement autorisée de 50 microgrammes multipliait par 37 le niveau d'anticorps et qu'une dose de rappel de 100 microgrammes était encore plus puissante, augmentant les niveaux d'anticorps d'environ 83 fois par rapport aux niveaux obtenus avec les deux premières doses.

Le vaccin Janssen de Johnson & Johnson. Il est le seul à ne fonctionner qu'avec une seule dose pour offrir un schéma complet. Il est aussi le dernier à avoir reçu le feu vert de l'agence européenne des médicaments (EMA) pour être utilisé en dose de rappel, même si les autorités françaises préconisent toujours, après une première dose de vaccin Janssen, une dose de vaccin à ARN messager.

La recommandation de l'EMA "fait suite aux données montrant qu'une dose de rappel du vaccin anti-Covid-19 Janssen administrée au moins deux mois après la première dose chez les adultes a entraîné une augmentation des anticorps contre le Sars-CoV-2", a indiqué la semaine dernière l'institution dans un communiqué (lien en anglais). Aucun chiffre sur l'efficacité de ce vaccin contre Omicron n'a en revanche été révélé.

Johnson & Johnson affirme de son côté "être en train d'évaluer l'efficacité de son vaccin contre le Covid-19 face aux variants" et a aussi précisé être "en train de travailler sur un vaccin plus spécifique à Omicron, qu'il développera au besoin".

Un doute sur la durée de la protection

Même si la troisième dose se révèle essentielle pour lutter contre les infections provoquées par le variant Omicron, la durée de la protection conférée par le rappel est incertaine. Pour les chercheurs de l'Institut Pasteur, les personnes ayant reçu une troisième dose du vaccin Pfizer-BioNTech restent protégées contre Omicron un mois après l'injection. "Il faut cependant de 5 à 31 fois plus d'anticorps pour neutraliser Omicron, en comparaison avec Delta", mettent-ils en garde. "Il est nécessaire maintenant d'étudier la durée de protection de la dose de rappel. Les vaccins perdent donc probablement une forte efficacité contre l'acquisition du virus mais devraient continuer à protéger contre les formes graves", précise Olivier Schwartz, l'un des principaux auteurs de l'étude de l'Institut Pasteur.

D'après Ugur Sahin, le PDG de BioNTech, "il y aura une perte de l'efficacité contre Omicron avec le temps, c'est très probable, mais il faut encore en mesurer la rapidité", reconnaît-il, en assurant que son laboratoire travaille actuellement à la conception et si possible à la livraison en mars de "vaccins adaptés à Omicron, sous réserve de l'approbation des régulateurs".

Alors faut-il envisager des vaccins spécifiques pour lutter à l'avenir contre chaque variant et notamment Omicron ? Peut-être, mais "il ne faut absolument pas attendre un éventuel vaccin adapté au variant Omicron plutôt que de réaliser sa dose de rappel", martèle Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, dans Le Parisien.

* Les liens suivis d'un astérisque dirigent vers des contenus en anglais.

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