Cinquième vague du Covid-19 : pourquoi le nombre de contaminations continue-t-il d'augmenter en France ?

La France recensait mardi une moyenne glissante, sur sept jours, de 366 179 cas quotidiens d'infection au Covid-19, contre 309 433 une semaine plus tôt. 

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Des personnes attendent à l'extérieur d'une pharmacie pour réaliser un test antigénique de dépistage du Covid-19, le 19 janvier 2022, à Savenay (Loire-Atlantique).  (LOIC VENANCE / AFP)

"Nous allons atteindre le pic, c'est une affaire de quelques jours. Est-ce que ce sera un pic ou un plateau haut ?" Sur LCI, mardi 25 janvier, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'est montré confiant quant à l'approche d'un nouveau pic épidémique, et ainsi d'une potentielle décrue des cas d'infections au Covid-19 liés au variant Omicron. Tout en assumant une incertitude sur l'évolution de la cinquième vague, entre l'hypothèse d'un pic net suivi d'une décrue ou celle d'une stagnation à un niveau élevé du nombre de contaminations. "On a encore une vague très active (...) avec un virus qui circule en population générale de façon encore importante", a rappelé le ministre.

Mardi, la France recensait une moyenne glissante, sur sept jours, de 366 179 cas quotidiens, contre 309 433 une semaine plus tôt. La courbe de cette moyenne continue son ascension à l'échelle nationale, même si le pic semble avoir déjà été atteint en Île-de-France. "Le reste du territoire est encore dans une phase de croissance", confirme auprès de franceinfo Pascal Crépey, épidémiologiste à l'École des hautes études en santé publique de Rennes. 

Nombre de cas quotidiens et évolution de la moyenne quotidienne du nombre de cas sur sept jours glissants, depuis le 1er janvier 2021, d'après les chiffres de Santé publique France. (FRANCEINFO)

Cette vague épidémique "n'est pas anodine, pas terminée", a renchéri le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, mardi matin sur franceinfo. Comment l'expliquer ? Au-delà du caractère plus contagieux du variant Omicron, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette croissance continue du nombre de contaminations. 

Les infections à l'école ont joué un rôle

Dans son dernier avis datant du 19 janvier, le Conseil scientifique expose la rentrée scolaire de janvier comme un facteur ayant pu jouer sur la hausse des infections en Île-de-France. Dans la région la plus peuplée du pays, après un "léger ralentissement", "une remontée importante du nombre de cas a été notifiée le 18 janvier, avec environ 460 000 cas déclarés en 24 heures", note l'instance. "Il semble que cette remontée s'explique par un regain de l'épidémie chez les moins de 15 ans et chez les 30-44 ans, suggérant un effet important de la rentrée des classes." 

"Le virus circule de façon intense chez les plus jeunes et se propage ensuite aux parents."

Le Conseil scientifique

dans son dernier avis

La semaine du 17 janvier, les 10-19 ans étaient ainsi la tranche d'âge au taux d'incidence le plus élevé, atteignant 5 703,8 d'après Santé publique France. Ce taux était de 4 074,8 pour les 0-9 ans, et de 4 459,6 pour les 30-39 ans. "Il y a très certainement un effet d'augmentation des transmissions entre ces deux groupes d'âge. Les enfants infectent les parents, tout comme les parents peuvent infecter leurs enfants", analyse Pascal Crépey.

L'épidémiologiste rappelle néanmoins que les taux d'incidence restent élevés pour l'ensemble de la population, et que "l'on aurait tort de réduire la circulation du virus à juste un problème d'école et de parents infectés par leurs enfants". 

"Il est assez clair que si l'on fermait purement et simplement les écoles, ce serait sûrement insuffisant pour casser la dynamique de propagation du virus."

Pascal Crépey, épidémiologiste

à franceinfo

"Nous l'avons vu pendant les vacances de Noël, l'incidence a continué d'augmenter alors que les écoles étaient fermées", souligne l'enseignant-chercheur. Celui-ci note néanmoins que des chaînes de contamination auraient pu être évitées en milieu scolaire "si l'on avait fait davantage d'efforts sur l'aération, sur des tests salivaires plus faciles à mettre à place et à réaliser en routine. Mais tout comme si l'on avait eu recours plus tôt au télétravail", poursuit Pascal Crépey.

Le gouvernement a  privilégié "les libertés de circulation"

Olivier Véran l'a lui-même reconnu mardi matin sur LCI "En France (...), nous avons choisi de privilégier les libertés de circulation des Français." "Nous n'avons pas fermé les bars et les restaurants, les commerces, nous n'avons pas mis en place de couvre-feu, nous n'avons pas empêché les gens de se déplacer, là où beaucoup de pays autour de nous ont mis en place des mesures plus dures, a assumé le ministre de la Santé. À l'issue de plusieurs semaines de recul, nous pouvons faire le constat que la situation sanitaire n'est pas dégradée en France par rapport à celles de voisins qui ont fait ces choix."

Cette stratégie a néanmoins joué sur le niveau de contamination en France. "Des mesures plus fortes auraient-elles pu réduire davantage la circulation [du virus] ? Oui, c'est une évidence", confirme auprès de franceinfo Pascal Crépey. Le professeur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, évoquait début janvier sur LCI un choix "de laisser circuler le virus", même si le gouvernement réfute cette analyse en défendant le choix du télétravail obligatoire, notamment. "Des mesures plus fortes, ce sont aussi des contraintes économiques et sociales", tempère Pascal Crépey. 

L'épidémiologiste comprend la prise en compte de ces contraintes dans les choix du gouvernement. Mais il regrette aussi la lecture des chiffres hospitaliers de cette nouvelle vague : "On entend beaucoup : 'Omicron n'est pas grave, car il entraîne peu de réanimations' (...). Mais avec beaucoup plus de cas, on a potentiellement plus de risques de formes sévères, et donc d'hospitalisations", rappelle le chercheur, tout en alertant sur "des personnes qui vont garder des symptômes, plus ou moins longtemps". 

La population est lasse des gestes barrières

Si le gouvernement n'a pas fait le choix d'une grande fermeté, c'est aussi que "les mesures générales de restriction des activités sociales semblent désormais plus difficiles à envisager, sauf en situation extrême", pointe le Conseil scientifique dans son dernier avis. "Les autorités publiques prennent la mesure de ces évolutions, en répugnant à mettre en œuvre des mesures restrictives, à la fois impopulaires, dérogatoires aux libertés et peu respectueuses de la dignité des personnes et de l'autonomie acquise par la population dans la lutte contre l'épidémie", poursuit l'instance. 

"Il y a effectivement une perte dans le temps d'adhésion vis-à-vis des mesures" sanitaires, relève Pascal Crépey, qui a contribué à une récente étude (lien en anglais) évoquant le concept de "fatigue pandémique""Plus les mesures qui doivent être respectées doivent l'être longtemps, plus elles perdent en efficacité" au sein de la population, constate l'épidémiologiste. Le chercheur s'interroge : "Nous avions peut-être plus à gagner de mettre en place des mesures fortes pendant peu de temps, plutôt que des mesures légères pendant longtemps."

"On s'habitue aux risques, à vivre avec le virus, donc on y fait moins attention."

Pascal Crépey

à franceinfo

Dans ses résultats publiés mi-décembre, l'enquête CoviPrev de SPF donne quelques données sur le maintien de l'adhésion aux gestes barrières. Entre fin novembre et début décembre, "62% [des Français] déclaraient autant respecter les gestes barrières qu'au début de l'épidémie, alors que 25% disaient moins les respecter", souligne l'étude. "Cette moindre adhésion était significativement plus élevée parmi les classes d'âge les plus jeunes (18-24 ans et 25-34 ans), où elle atteignait respectivement 43% et 35%."

La vaccination joue sur cette évolution, mais elle n'est pas le seul facteur explicatif. Un peu moins de la moitié des personnes interrogées (46%) considèrent les gestes barrières comme "trop contraignants au quotidien", et un quart d'entre elles estiment qu'ils ne sont "pas efficaces pour limiter la progression de l'épidémie". 

Le rythme des injections de doses de rappel s'est ralenti

Olivier Véran l'a souligné mardi matin sur LCI : neuf millions de Français risquent de perdre leur pass vaccinal le 15 février, s'ils n'ont pas reçu leur dose de rappel d'ici là. "C'est beaucoup", a insisté le ministre de la Santé. 

Le niveau de rappel vaccinal en France "fait aussi partie des éléments qui peuvent expliquer un niveau de contamination élevé", poursuit Pascal Crépey. Comme le note le site Ourworldindata (lien en anglais), on recensait dimanche 45,9 doses de rappel administrées pour 100 personnes en France, contre 50 pour l'Allemagne, 54 pour la Belgique et le Royaume-Uni ou 60 pour le Danemark. "On avait fortement accéléré les troisièmes doses en fin d'année, mais depuis ce début d'année, on est plutôt sur un fort ralentissement", regrette l'épidémiologiste. Après un pic (en moyenne glissante) à plus de 600 000 doses de rappel quotidiennes, courant décembre, la moyenne glissante, dimanche, était bien inférieure, à 297 795 doses administrées. 

Infographie représentant le rythme des injections de doses de rappel depuis septembre 2021 en France, sur la base des données de Santé publique France.  (FRANCEINFO)

De l'avis de l'enseignant-chercheur, "si on était resté à un rythme aussi important de vaccination, on aurait protégé énormément de gens contre l'infection et cassé plus efficacement cette dynamique épidémique. Le pic aurait été atteint partout beaucoup plus rapidement", estime-t-il. 

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