Vaccins : "On aura entre deux et quatre mois de retard pour les livraisons destinées au Covax", prévoit une chercheuse de l'Iris

La crise sanitaire en Inde va forcément provoquer des retards dans le déploiement du programme Covax, destiné à envoyer des vaccins aux pays les plus défavorisés, affirme Nathalie Ernoult, chercheuse à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

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Radio France
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Le programme Covax "dépend à 75% des approvisionnements de l'Inde", estime l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques. (ROBERT ATANASOVSKI / AFP)

Environ 50 millions de doses ont été distribuées dans le cadre du dispositif Covax au lieu des 100 millions initialement prévues. Le dispositif, qui prévoit de distribuer davantage de vaccins aux pays les plus défavorisés, souffre de l'arrêt des livraisons de l'Inde, confrontée à une crise sanitaire majeure. Pour Nathalie Ernoult, chercheuse à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et codirectrice de l'Observatoire de la santé mondiale, "on aura entre deux et quatre mois de retard sur les livraisons", d'autant plus que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) "bloque" toujours "la multiplication des sites de production".

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L'Inde, qui doit livrer une grande partie des doses du programme Covax, a décidé de stopper ses livraisons à l'étranger, c'est ça le principal problème ?

Oui puisque le dispositif Covax dépend à 75% des approvisionnements de l'Inde. Compte tenu de la situation, le gouvernement indien a décidé de limiter et de réduire, voire d'annuler complètement pour l'instant ses exportations. Et de fait, Covax pâtit de cette fermeture de frontière. Donc on aura entre deux et quatre mois de retard à peu près pour les livraisons.

Il n'y a pas d'autre alternative à cette production en Inde ?

C'est une problématique posée depuis un an déjà, pour demander la multiplication des sites de production. Ça ne s'est pas fait et les discussions sont d'ailleurs toujours en cours, malgré cette situation effroyable en Inde et dans le reste du monde, parce que l'Amérique latine est, elle aussi, très touchée. Il y a une demande de levée des brevets et de partage des connaissances qui a été demandée à l'Organisation mondiale du commerce, pour accélérer la multiplication des sites de production et sortir de cette fragilité du système dans lequel on est actuellement. Et malheureusement, ça bloque encore à l'OMC. Des pays, dont les États-Unis d'ailleurs et les Européens, résistent encore à cette levée de brevets.

À quel niveau d'inégalité se situe-t-on aujourd'hui sur la répartition des doses  ?

C'est assez effroyable. On a 0,2% des pays à bas revenus qui ont reçu des doses aujourd'hui, quand les autres pays sont déjà en train d'avancer sur des 20% - 25% de vaccination. En juin les pays riches vont probablement avoir vacciné 75% de leur population. Et si je prends le cas des pays africains, par exemple, on sera probablement beaucoup plus autour des 1,3 peut-être 3% maximum.

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