Vaccination des soignants : "Nous aurions préféré la logique de la conviction plutôt que la contrainte", soulignent les directeurs au service des seniors

L'Association des directeurs au service des personnes âgées pointe le manque de personnels dans les établissements et l'écueil supplémentaire que va représenter l'obligation vaccinale.

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Radio France
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Pascal Champvert, directeur de l'AD-PA, le 4 octobre 2019. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

"Nous aurions préféré la logique de la conviction plutôt que celle de la contrainte", affirme sur franceinfo jeudi 26 août Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), à propos de la vaccination obligatoire des soignants. Il redoute un manque de personnel à venir, alors que l'injection d'une troisième dose de vaccin doit débuter en septembre dans les Ehpad.

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franceinfo : Êtes-vous prêts pour lancer cette campagne de rappel de vaccin contre le Covid-19 à partir du 13 septembre ?

On nous en parle depuis quelques temps donc on s'y prépare, mais il nous faudra, bien entendu, des renforts en personnel, pour être aussi efficace sur cette troisième vaccination que les établissements l'ont été sur la première et sur la deuxième. Ma grande inquiétude aujourd'hui, ce n'est pas cette troisième dose dans les établissements, c'est la première et la deuxième dose pour les personnes accompagnées à domicile.

"La France est très en retard et il va falloir se pencher très sérieusement sur la vaccination des personnes âgées fragiles qui vivent à leur domicile."

Pascal Champvert, président de l'AD-PA

à franceinfo

Il y a à peu près 700 000 personnes âgées qui vivent en établissement et il y en a 600 000 qui ont besoin d'aide au quotidien et qui vivent à leur domicile, il ne faut pas les oublier.

Comment cela va-t-il se passer dans les établissements ? Vos personnels sont-ils d'accord pour lancer cette campagne ?

On va recueillir le consentement des personnes âgées, ce sera a priori beaucoup plus facile. On peut imaginer que l'immense majorité, près de 95 % ou 97 % des personnes âgées, qui se sont fait vacciner avec la première et la deuxième dose, accepteront de se faire vacciner avec la troisième. Resteront quelques personnes qui ne l'ont pas souhaité et il faut respecter leur sentiment. Il n'y a eu aucun sabotage par aucun personnel pendant la première campagne de vaccination. Ils ont parfaitement joué le jeu pour participer à la vaccination des personnes âgées. Il reste aujourd'hui une minorité de professionnels qui ne veulent pas se faire vacciner. Nous sommes assez inquiets, parce que le Premier ministre a redit sa volonté de l'obligation vaccinale [des soignants]. Nous aurions préféré la logique de la conviction plutôt que celle de la contrainte. Cela va poser un certain nombre de difficultés : qu'est-ce que ça signifie, dans un établissement où il y a une seule infirmière ou deux infirmières, s'il va falloir se séparer d'une infirmière ? Il faudra que l'État prenne ses responsabilités, on va être dans une cascade de difficultés que nous n'avions pas prévues. Nous sommes convaincus qu'il faut que les professionnels se fassent vacciner, mais pour lever les réticences des plus frileux, nous pensons qu'il faut tenter la conviction, plutôt que cette obligation. Les établissements pour personnes âgées, comme les services à domicile, fonctionnent à flux tendu.

"On manque de professionnels dans les structures. Faire peser la menace de faire partir ou de suspendre des salariés, c'est une contrainte supplémentaire que l'ensemble de la profession redoute."

Pascal Champvert

à franceinfo

Aujourd'hui dans les Ehpad quelles sont les contraintes sanitaires en vigueur pour les familles ?

Pratiquement plus aucune, puisque nous sommes revenus à une situation normale. Le vaccin est extrêmement efficace, la quasi-totalité des résidents des établissements étant vaccinés, il n'y a plus de cluster. Le virus ne se propage plus dans les établissements, ce qui prouve l'efficacité du vaccin. Très peu de résidents vaccinés ont été à nouveau contaminés. Ils ont des formes extrêmement légères, parfois même ils sont asymptomatiques. Les quelques non vaccinés contaminés sont extrêmement minoritaires. C'est pour ça qu'il faut que les professionnels qui sont réticents devant le vaccin constatent qu'il est efficace. Certains disent "on ne sait pas quels sont les effets à moyen terme du vaccin". Nous savons, dans les établissements, quels ont été les effets à court terme.

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