Débat sur le vaccin AstraZeneca : "ll y a une tendance au nationalisme", pointe une eurodéputée LREM

Selon Véronique Trillet-Lenoir, cela explique que l'Agence européenne des médicaments "n’a pas osé faire des recommandations plus fortes".

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
L'eurodéputée LREM Véronique Trillet-Lenoir, le 11 avril 2019. (JOEL PHILIPPON / MAXPPP)

Véronique Trillet-Lenoir, eurodéputée LREM, spécialiste des questions de santé pour le groupe Renew Europe, a estimé jeudi 8 avril sur franceinfo qu’il y avait "une tendance au nationalisme", ce qui explique que l'Agence européenne des médicaments "n’a pas ou pas osé faire des recommandations plus fortes" sur les vaccins. Les pays européens ne s’accordent pas sur l’âge des candidats au vaccin AstraZeneca alors que l’Agence européenne des médicaments (AEM) a estimé mercredi que les caillots sanguins devraient être répertoriés comme des effets secondaires "très rares" du vaccin contre le Covid-19.

franceinfo : Les pays européens n'avancent pas unis au sujet de l’âge ciblé pour le vaccin AstraZeneca. Pourquoi ?

Je ne suis pas tout à fait d'accord sur "le chacun pour soi". Soyons quand même positifs. Le vaccin a été acheté de façon commune et concertée par l'ensemble des 27 pays membres. Les États membres reconnaissent les assertions de l'Agence européenne du médicament sur le bénéfice risque positif. Ils sont d'accord pour que l'Agence du médicament poursuive les évaluations et ils la soutiendront en fournissant les données qui conviennent. Ils ont varié sur les tranches d'âge concernant les restrictions, mais on voit bien que globalement, le raisonnement est de dire, puisque ces évènements, même très rares, se sont essentiellement produits chez des personnes de moins de 60 ans, de façon peut-être transitoire, réservons le vaccin aux plus âgés. Tout cela nous fait dire qu'il y a une tendance permanente entre des États membres à reprendre leurs prérogatives nationales, voire même à bomber le torse vis-à-vis de leurs électeurs et aux dépens de l'Union européenne.

Est-ce une tendance au nationalisme ? 

C'est une tendance au nationalisme que l'Agence européenne du médicament a un peu induite puisqu'elle n'a pas ou pas osé faire des recommandations plus fortes.

"C'est une nouvelle démonstration du fait que nous avons besoin de plus d'Europe de la santé et surtout d'une gouvernance plus forte de cette Europe de la santé pour ne pas laisser les États membres céder à leur tentation de faire les francs-tireurs et d'avoir des préoccupations davantage électorales que solidaires."

Véronique Trillet-Lenoir, eurodéputée LREM

à franceinfo

Solidarité qui, sur le plan sanitaire, est absolument essentielle. Ce n'est pas parce que la Bavière sera vaccinée que le Bade-Wurtemberg sera protégé. Ce n'est pas parce que l'Allemagne sera vaccinée que la France sera protégée. Et pour aller au-delà, ce n'est pas parce que l'Union européenne serait protégée que la Russie qui vaccine très peu, ou l'Afrique qui est en difficulté, seront protégées. C'est une pandémie, ne l'oublions pas. Et laissons de côté les nationalismes pour avoir une vision globale de santé publique et pour ce qui concerne l'Europe, de santé publique européenne.

La Bavière avait commandé des doses du vaccin russe Spoutnik V, un vaccin qui n'est pas homologué par l'Union européenne et donc que pour l'instant les Européens n'ont pas le droit d'utiliser pour les injections. Est-ce une tendance régionaliste cette fois ?

C’est encore pire, si j'ose dire. Ni la Bavière ni l'Allemagne n'ont l'intention de vacciner tant que le vaccin Spoutnik ne sera pas homologué par l'Agence européenne du médicament. Et surtout, tant que les autorités européennes ne se seront pas assurées du nombre de doses disponibles. En gros, on ne veut pas recommencer l'histoire d'AstraZeneca, où un laboratoire ou l'État qu'il représente vend des doses qui n'existent pas et les vend toutes à plusieurs nations différentes. Donc, il faudra avoir ces certitudes-là avant de commencer une éventuelle vaccination européenne par le Spoutnik et ne pas faire ce que font, par exemple, la Hongrie ou l'Autriche à qui d'ailleurs, au niveau politique, ça ne vaut pas que des applaudissements des citoyens.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.