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Covid-19 : quel rôle jouent les vaccinodromes en Allemagne, Belgique, États-Unis et Cisjordanie ?

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Article rédigé par
Angélique Bouin, Alice Froussard - franceinfo - Ludovic Piedtenu - Grégory Philipps
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Alors que la France prévoit au total l'ouverture de 38 centres géants de vaccination, franceinfo vous emmène à Berlin, Bruxelles, Washington et Ramallah dans des centres très actifs, ralentis, fermés ou inexistants.

"Vacciner, vacciner et vacciner", a dit Emmanuel Macron mercredi 31 mars. Accélérer la campagne de vaccination contre le Covid-19 est l'objectif désormais prioritaire de la France et l'un des symboles est l'ouverture de 38 vaccinodromes. Ces centres géants pourront accueillir 1 000 à 2 000 personnes par jour. Le stade Vélodrome à Marseille, le Stade de France, le marché de Rungis, Eurodisney. De tels centres existent-ils ailleurs, sont-ils efficaces ? Nous vous emmenons cette semaine à Berlin, Bruxelles, Washington et Ramallah, avec des centres ouverts ou fermés ou inexistants.

En Allemagne, une campagne très prudente

Direction d'abord Berlin, devant l'ancien aéroport de Tempelhof. C'est l'un des 440 vaccinodromes répartis un peu partout en Allemagne. Mais ce n'est pas la solution miracle, car encore faut-il avoir des doses pour vacciner. Et avec AstraZeneca, ça patine. La vaccination en Allemagne avance désormais plus lentement qu'en France. Ce centre berlinois est uniquement dédié à l'injection du vaccin suédo-britannique et le mois de mars a été difficile. Un vent de panique a soufflé sur l'Europe avec la suspension de l'utilisation des doses d'AstraZeneca. Le centre de Tempelhof a été à l'arrêt pendant plusieurs jours. Et puis cette semaine, nouvelle fermeture après de nouveaux cas de thrombose. Le gouvernement allemand a décidé de n'autoriser ce vaccin que pour les plus de 60 ans. Résultat, le parking est vide.

>>> Vaccination contre le Covid-19 : en Allemagne, un dispositif important mais qui n'évite pas les critiques.

Dans un autre centre de vaccination de Berlin, l'Aréna, où seul le vaccin Pfizer-BioNtech est utilisé, la file d'attente est immense. C'est une des illustrations du manque de fluidité et de flexibilité de cette campagne. Ce sont des critiques récurrentes. Par exemple, un district a terminé de vacciner tout un groupe d'âge. Il veut passer au groupe suivant. On lui dit : "Non, il faut attendre. On va synchroniser tout le monde en même temps". L'Allemagne stocke ainsi plus de trois millions et demi de doses. L'idée était de garder des doses pour la deuxième injection. Mais même après avoir changé de politique, en ayant augmenté l'intervalle entre les deux injections, l'Allemagne n'a toujours rien changé. Les médecins disent désormais : "ça suffit, il faut maintenant vacciner tout le monde en utilisant les doses qu'on a maintenant". Cette campagne ne décolle pas. 11% de la population a reçu une dose. Trois mois après le départ, 4% de la population à peine était entièrement vaccinée.

Des problèmes de livraison en Belgique

En Belgique aussi, la campagne de vaccination ne s'accélère pas. Deux vaccinodromes sont annoncés à Bruxelles. L'un d'eux, devait ouvrir la semaine dernière au sein de l'hôpital militaire Reine Astrid. Il fallait d'abord vacciner le personnel ainsi que les 1 800 soldats belges susceptibles de partir en opération. Mais face au manque de doses de vaccins, après les retards de livraison de l'AstraZeneca en particulier, comme un peu partout en Europe, les autorités belges ont décidé de reporter l'ouverture de ce vaccinodromes. 

Le vaccinodrome de l'hôpital militaire n'accueillera le public que le 19 avril prochain, selon un porte parole de l'armée. Il devait ouvrir 7 jours sur 7, de 8 heures à 20 heures et accueillir au moins 1 000 personnes par jour. Il devait à ce titre devenir le deuxième plus gros vaccinodrome de la région, après celui qui fonctionne à plein régime au Heysel. Dans ce centre géant du Parc des expositions, 1500 personnes viennent se faire vacciner quotidiennement. Après quelques couacs lors de son ouverture, il fonctionne à plein régime.

Une campagne massive et incitative aux États-Unis

Les États-Unis sont probablement le pays au monde à avoir le mieux réussi la mise en place de ses vaccinodromes. 30% de la population a déjà reçu une première dose. C'est le double de la France. Et les États-Unis ont fait ce qu'ils savent faire de mieux : les choses en grand. Des stades géants et centres de congrès ont été réquisitionnés.

Dans un centre des congrès situé au cœur de Washington, par exemple, on vaccine chaque jour entre 2 500 et 3 000 personnes. À Baltimore, pas très loin, le stade des Ravens, 77 000 places, a été transformé en vaccinodrome. Même chose au Yankee Stadium, dans le Bronx, à New York, où un temps on vaccinait sept jours sur sept, 24 heures sur 24, même la nuit, pour administrer les premières doses du vaccin Johnson&Johnson, vaccin qui venait d'arriver. On a l'impression d'assister à une gigantesque opération où, parfois, l'armée et la garde nationale prêtent main forte.

Quand vous pénétrez dans ces centres, on vous offre de la nourriture gratuite, on vous propose de venir vous chercher ou de vous raccompagner en taxi gratuitement. Il y a même des gardes d'enfants. Et une marque célèbre de donuts aux États-Unis, vous promet un autre donut gratuit dans tous ses magasins, si, en sortant de ces centres, vous présentez cette carte de vaccination qui prouve que vous êtes passés par là. Beaucoup d'efforts, énorme opération pour tenter d'atteindre l'objectif qui a été fixé par l'administration Biden, à savoir 200 millions de vaccinations avant la fin avril.

Pas de vaccinodrome pour les Palestiniens

L'autre pays à avoir fait les choses en grand avec des vaccinodromes, c'est Israël. La moitié de la population est d'ores et déjà vaccinée. Mais quand on passe côté palestinien, changement complet de décor. La vaccination débute à peine et uniquement dans des dispensaires. Alors, ne parlons même pas de vaccinodrome, ce n'est pas pour demain.

En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, il n'y a pour le moment pas assez de vaccins. Alors les doses qui arrivent au compte gouttes sont réservées au personnel médical, aux patients de plus de 75 ans et aux personnes atteintes d'un cancer. Des responsables palestiniens et des ONG ont d'ailleurs appelé Israël, en tant que puissance occupante selon le droit international à intervenir et à donner des vaccins aux Palestiniens.

La question, pour le moment, n'est donc pas de savoir comment vacciner le plus rapidement possible. Quelle infrastructure va-t-on mettre en place ? La question est juste de savoir comment réussir à vacciner ces cinq millions de Palestiniens. La situation épidémiologique est dramatique en Cisjordanie palestinienne. Les hôpitaux sont pleins, ils doivent même refuser des patients.

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