Covid-19 : avec la querelle sur les vaccins, le Royaume-Uni symbolise sa souveraineté retrouvée après le Brexit

L'UE soupçonne le Royaume-Uni de faire pression sur le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca pour garantir la livraison de ses doses de vaccins au détriment de ses voisins. Londres de son côté compte bien continuer sa campagne de vaccination massive, seul point fort de sa gestion de la crise.

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Radio France
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Michael Gove, ministre britannique en charge de l’Action du gouvernement, le 20 décembre 2020. (AFP PHOTO / PRU)

Le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca a prévenu Bruxelles la semaine dernière qu’il ne pourrait livrer qu'"un quart" des doses initialement promises à l’UE au premier trimestre, arguant d’une "baisse de rendement" sur un site de fabrication.

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En réponse, Bruxelles a sommé le laboratoire de recourir à la production d'usines situées au Royaume-Uni pour pallier le problème. Le PDG du laboratoire a alors publiquement fait valoir que le contrat signé entre AstraZeneca et Londres trois mois avant l'accord avec l'UE, stipule que la production "issue de la chaîne d'approvisionnement britannique irait d'abord au Royaume-Uni". L’UE a rétorqué qu’il s’est engagé à recourir à quatre usines dont deux au Royaume-Uni pour assurer la production. Londres a de son côté rappelé attendre du laboratoire qu'il respecte son engagement de fournir 2 millions de doses hebdomadaires au Royaume-Uni, ce qui envenime la situation, certains élus bruxellois soupçonnant Londres de pressions pour obtenir ses doses en priorité. Et la menace pèse maintenant sur les livraisons du Pfizer outre-Manche.  

Londres n’a pas l’intention de renoncer à son "titre" de "champion de la vaccination" 

Le gouvernement britannique a exigé jeudi 28 janvier de recevoir tous les vaccins qu'il a commandés et payés. Une réaction ferme. Hors de question de modifier en effet la stratégie de vaccination mise en place au Royaume-Uni, les livraisons prévues doivent être honorées, un point c’est tout. L’objectif est d’atteindre 15 millions de vaccinés au Royaume-Uni d’ici la mi-février et les autorités n’ont pas l’intention d’y déroger. Plus de 7 millions de doses ont déjà été injectées et les autorités se présentent comme des champions de la vaccination. Elles n’ont pas l’intention de fléchir. C’est le seul sujet sur lequel elles peuvent se vanter dans la gestion de cette pandémie alors que le pays enregistre plus de 100 000 morts du Covid-19, des hôpitaux sous pression, un confinement qui a commencé il y a trois semaines et qui va durer au moins jusqu’au 8 mars. Michael Gove, ministre en charge de l’Action du gouvernement, précise qu’il veut faire tout son possible pour que "nos amis et voisins européens soient vaccinés et nous y parviendrons mieux par le dialogue, la coopération et l’amitié", sous-entendu mieux qu’avec les dernières déclarations jugées agressives, voire menaçantes de certains élus à Bruxelles.    

Premier gros sujet de tension depuis le Brexit  

Ici en tout cas, nous touchons du doigt cette fameuse souveraineté retrouvée, un symbole plus qu’une réalité d’ailleurs. La vaccination est le seul point positif, dans la gestion de la pandémie de ce côté de la Manche. Le Royaume-Uni a été le premier pays au monde à lancer sa campagne. C’était le 8 décembre avec le vaccin Pfizer-BioNtech, à l’époque d’ailleurs le ministre de la Santé expliquait que c’était grâce au Brexit que l’autorisation avait pu arriver aussi vite sans passer par l’Europe, ce qui était complètement faux. Puis le AstraZeneca a été autorisé, un vaccin conçu en partie à Oxford, les autorités britanniques ne manquent jamais l’occasion de le rappeler. La campagne de vaccination est donc massive ici, beaucoup plus rapide qu’en France. Le Royaume-Uni a déjà vacciné environ 10% de sa population, contre cinq fois moins pour l'UE. C’est un sujet de fierté. C’est le fameux : "Nous allons faire mieux que les Européens, mieux que tout le monde", lancé à de multiples reprises par Boris Johnson pour vanter le Brexit. Donc aujourd’hui, cette querelle n’est pas seulement une question de piqûres, c’est aussi une question d’orgueil. Des deux côtés. Même si ça peut paraître très déplacé dans un moment comme celui-là.  

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