Touché par le coronavirus, Patrick Bruel se confie à franceinfo : "J’ai eu un peu peur à un moment donné, mais ça va"

Le chanteur est sur la voie de la guérison. Il rend hommage aux héros du quotidien dans cette crise du Covid-19 et espère qu'elle débouchera, à terme, sur une grande réflexion écologique.

Patrick Bruel est confiné chez lui à Paris pour se soigner alors que sa femme et ses enfants sont partis dans le sud de la France.
Patrick Bruel est confiné chez lui à Paris pour se soigner alors que sa femme et ses enfants sont partis dans le sud de la France. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

"J’ai eu un peu peur à un moment donné". Patrick Bruel, touché par le coronavirus, se confie, jeudi 2 avril, en exclusivité sur franceinfo. Le chanteur, joint par Elodie Suigo et qui est confiné chez lui à Paris, s’est battu avec la maladie ces derniers jours. S’il rassure sur sa santé, il affirme être passé par tous les états et avoir "vraiment passé un sale moment" à cause du Covid-19. Patrick Bruel veut désormais se tourner vers l’avenir, avec l’espoir que "la courbe redescende". "On ne sort pas indemne d'une telle histoire, d'une telle aventure, d’une telle tragédie".

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franceinfo : Comment allez-vous aujourd’hui ?

Patrick Bruel : Je suis tout seul à Paris. Mes enfants sont descendus dans le Sud, dans ma maison, avec leur maman. Et moi, j'ai préféré rester ici. J'ai senti des symptômes du coronavirus un peu forts, dès le départ. Les choses ont un peu évolué, à un moment donné. J'ai tout fait tout pour me soigner, pour me protéger, pour avancer sans paniquer. Avec l’aide des médecins, au téléphone, j’ai pu régler la chose. Mais ce n’est vraiment pas une mince affaire. J'en suis au vingtième jour, mais j’ai vraiment passé un sale moment. Je faisais mes lives, mais entre-temps…

Charlélie Couture, qui a lui aussi été atteint du coronavirus, témoignait à franceinfo qu’il était vraiment tombé au fond du trou durant huit jours et huit nuits, avec beaucoup de fièvre...

Oui, la grande particularité de cette saleté, c'est qu’elle ne touche pas les gens de la même façon. Les symptômes ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Il y a les symptômes que vous venez d'évoquer, et puis il y a aussi les symptômes d'une toux violente, d'une fièvre qui ne s’arrête pas vraiment. Enfin, il y a cette sensation de respirer difficilement. Mais c'est aussi lié à une forme de stress. Donc, il faut essayer de remettre les choses en place et d'avoir un interlocuteur. C’est très important d'avoir un interlocuteur dans le corps médical.

Vous avez été bien  accompagné par les médecins justement, même à distance ?

Oui, bien sûr. Bon, évidemment, j’ai eu un peu peur à un moment donné. Mais ça va.

Vous avez décidé de partager, avec le plus grand nombre, des concerts privés depuis chez vous. Avec notamment cette chanson, Héros, qui prend une toute autre dimension, pour soutenir le personnel hospitalier. C’était important pour vous ?

Oui, c'était important de montrer une solidarité, de montrer qu'on est là et que chacun, à sa manière, à son humble mesure, peut participer à cet élan. C'est sûr que mon vecteur, la musique, le fait de jouer du piano, de la guitare et d'avoir des éléments de communication comme les réseaux sociaux, me permettent de faire un petit spectacle, un petit live sur Facebook deux ou trois fois par semaine. C'est un rendez-vous qui est agréable et touchant, qui est relayé et qui peut être parfois utile. On fait beaucoup d’appel aux dons, on envoie des messages à des hôpitaux et aux aides-soignants.

Mais il n’y a pas que les aides-soignants sur lesquels on est "focus". On est "focus" sur tous ces héros du quotidien. Tous les gens qui participent, que ce soit à la chaîne alimentaire, que ce soit à la manière d'acheminer, que ce soit les forces de l'ordre, les pompiers, les gens qui, tout simplement parce qu'ils ont mis une ficelle au bout d'un panier-repas pour l’envoyer à l'étage en dessous, quelqu’un qui aide une autre personne à monter un escalier… Ils commettent des actes absolument admirables.

Cette chanson, Héros, met en valeur les héros du quotidien, ces gens qui font tant, dont on ne parle pas, et qui ont souvent gagné sans l’avoir su. C’est pour ça que cette chanson m’a toujours beaucoup touché. Elle a touché beaucoup de monde pendant mes tournées. Et là, elle prend un sens évidemment gigantesque

Est-ce que cette période vous permet de faire un peu un point sur vous-même ?

On ne sort pas indemne d'une telle histoire, d'une telle aventure, d’une telle tragédie. Ça amène forcément à beaucoup de réflexions, à titre global, mais aussi à titre personnel. Bien sûr, il y a forcément une remise en question, une manière de rétablir les priorités, d'envisager les choses peut-être différemment. En tout cas, on a envie de se retrouver avec soi-même et de se retrouver avec une vie quotidienne dénuée de scories, si j'ose dire.

Là, on est vraiment dans l'essentiel. On ne fait que l'essentiel. On ne pense qu'à l'essentiel et on va à l'essentiel. Et on constate évidemment le nombre de futilités qui nous entourent. C'est peut-être là leçon à tirer de tout ce qui se passe, c'est le regard qu'on peut porter sur les autres, sur sa liberté.

Mais peut-être que la plus grande réflexion va porter autour de la nature, à propos du réchauffement climatique, de la couche d'ozone, de la pollution. On voit que l'air est en train de changer. Il fallait en arriver là pour se poser cette question, par exemple, et bien d'autres. Je crois à un incroyable signal d'alerte. Maintenant, est ce que nous allons prendre conscience de la mesure de ce qui est en train de se passer ? L'espoir, c'est de voir la courbe redescendre. Je l’espère en tout cas, le plus vite possible.