Respect strict des règles, relâchement, appréhensions... Comment les personnes âgées ou malades envisagent leur (dé)confinement après le 11 mai

Emmanuel Macron n'imposera finalement pas aux personnes âgées, en situation de handicap sévère ou atteintes de maladies chroniques, des mesures de confinement particulières après le 11 mai. Il en appelle à la "responsabilité individuelle" des premiers concernés.

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Les personnes "vulnérables" s'interrogent sur leur sortie du confinement, au-delà du 11 mai 2020. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

En mai, tous ne feront pas ce qui leur plaît. Après quatre semaines de limitation des sorties et déplacements pour faire face à l'épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron a demandé lundi 13 avril aux "personnes âgées, en situation de handicap sévère" et aux "personnes atteintes de maladies chroniques", de poursuivre le confinement à compter du lundi 11 mai, date du début du déconfinement en France.

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Pas de contrainte légale ni de "discrimination" au programme, mais un appel à la "responsabilité individuelle" de chacun, a précisé le président, face à la polémique déclenchée par ses déclarations. Néanmoins, les autorités multiplieront les messages de prévention destinés au "public fragile", a indiqué dimanche 19 avril le ministre de la Santé, Olivier Véran. Et les mesures visant "à favoriser le maintien à domicile" de ces personnes seront maintenues, a-t-il aussi précisé.

Dans un appel à témoignages, franceinfo a demandé à ceux désignés comme les plus "vulnérables" de raconter comment ils vivaient cette annonce (encore incomplète) et se préparaient, ou non, à un confinement qui pourrait s'étirer. Voici sept de vos témoignages.

Françoise, 70 ans, sans problème de santé : "Je ne me comporterai pas différemment à cause de mon âge"

Si la prolongation du confinement avait concerné toutes les personnes dites "âgées", même sans maladie chronique, cela aurait été est la pire des situations. Une telle mesure aurait ressemblé à une sorte de ségrégation sociale anti-vieux et aurait été inacceptable. Certes, les personnes âgées sont plus nombreuses à décéder du coronavirus. Mais la solution est de trouver des traitements. Ou de faire en sorte qu'elles ne l'attrapent pas

Je suis sportive, dynamique, et je peux même avoir une activité professionnelle à mon âge !  Pour une personne comme moi, la sédentarité est une condamnation. Actuellement, ma santé n'est pas protégée, car on me prive d'activités physiques qui sont fondamentales pour moi : la musculation et le vélo. 

Etre en bonne santé ne se résume pas à ne pas attraper le coronavirus ! Si je dois rester dans une chambre stérile, je ne veux pas qu'on préserve ma vie.

Françoise, 70 ans

à franceinfo

Je suis satisfaite de voir qu'Emmanuel Macron est revenu sur cette stigmatisation qui me faisait me sentir vraiment mal dans ma peau. Je pense que c'est bien de dire aux gens : "Vous assumez votre santé et décidez si vous sortez ou non." Si on me donne un masque et qu'on me dit de respecter des gestes barrières, je sortirai. Je respecterai ce que tout le monde respecte, mais je ne me comporterai pas différemment à cause de mon âge.

Maryaline, 48 ans, atteinte de sclérose en plaques : "Je vais devoir vivre sans mon fils pendant deux mois et demi"

Je souhaite rester confinée après le 11 mai car j'ai une sclérose en plaques et on ne sait pas quelles conséquences le Covid-19 pourrait avoir sur moi. Il est un peu tôt pour savoir si le virus s'est vraiment calmé, ou si le fait de déconfiner va faire repartir l'épidémie en flèche. Quand je le saurai, j'aviserai, mais pour l'instant, même sous la torture je ne reprendrais pas ma vie d'avant !

Mon fils de 10 ans, Mathis, devra peut-être reprendre l'école. Même avec les gestes barrières, s'il rentre chez nous tous les soirs, le risque de contamination est trop important.

Maryaline,
atteinte de sclérose en plaques

à franceinfo

Si mon fils, dans un contexte de reprise de l'école, venait à me transmettre le virus et que ça se passait mal pour moi, les conséquences psychologiques pour lui seraient… Non, je ne veux pas prendre ce risque-là. D'autant plus que son papa est décédé, donc il n'a plus que moi. 

Si Mathis doit retourner en classe, j'envisage donc qu'il aille dormir chez ma sœur, qui n'habite pas loin de chez moi, mais dont les enfants sont dans une autre école. J'ai déjà contacté leur école, qui a accepté l'inscription de Mathis jusqu'à la fin de l'année scolaire. Je suis enseignante en collège et, compte tenu de ma maladie, je n'irai pas travailler face aux élèves, donc je pourrais très bien le garder et faire l'école à la maison. Mais il n'a pas à subir les conséquences de ma maladie.

J'en ai beaucoup discuté avec lui, il n'a pas sauté de joie. Heureusement, il s'entend bien avec ses cousins. Et puis la visioconférence permettra de se parler et de se voir tous les jours. Je sais qu'il sera bien là où il sera, mais c'est sûr que devoir vivre sans mon fils pendant deux mois et demi, c'est dur...

Clara, 71 ans, atteinte d'un cancer : "Sortir, mais pour aller où ?"

Je me bats contre le cancer depuis que j'ai 30 ans, donc en plus de faire partie des gens "vieux", je suis sans doute dans la catégorie des "vulnérables". Mais le cancer m'a loupée et je n'ai jamais attrapé une seule infection nosocomiale en 28 opérations, je ne vois pas pourquoi je devrais mourir du Covid ! En plus, je suis "madame eau de Javel" : j'ai pour habitude de tout désinfecter chez moi et j'utilise du gel hydroalcoolique depuis longtemps. 

Ce qui m'a tenue en vie malgré le cancer, c'est d'aller danser la salsa et le rock. A cause du confinement, je n'ai plus mon exutoire : danser avec des hommes jeunes. Et pendant ce temps-là, mes dernières années foutent le camp ! Alors quand j'ai entendu qu'il fallait que les vieux restent chez eux jusqu'à Noël… Ils vont voir, nous les vieux, on va faire la révolution ! Parce que là, autour de moi, les gens se laissent mourir. Même moi, qui suis suivie par une psychiatre à cause de mes cancers à répétition, j'ai dû renforcer ma dose d'antidépresseurs parce que je pense tout le temps à la maladie

Pour moi, le confinement, c'est la punition pour un truc que je n'ai pas fait.

Clara, atteinte d'un cancer

à franceinfo

J'étais prête à transgresser l'obligation de rester chez soi quand elle ne concernait que les personnes âgées, car une liberté ça ne se donne pas, ça se prend ! Mais là, je suis paralysée par l'injonction contradictoire : "Vous pouvez sortir, mais ne le faites pas car vous allez encombrer les hôpitaux..." C'est monstrueux ! J'obéirai à mes médecins, mais je pense sortir davantage. J'ai droit à une balade d'une heure par jour ? Eh bien je la ferai ! Même si parfois, je me dis : "Sortir, mais pour aller où ?" Les lieux que j'aime sont les bars, les restaurants et les salles de spectacle. Et ce n'est pas demain la veille qu'ils vont rouvrir...

Lisa, 25 ans, asthmatique : "Quand pourrai-je me remettre à chercher du travail ?"

Je suis asthmatique, donc je pense continuer à respecter les règles actuelles de manière stricte après le 11 mai et attendre de voir comment ça se déroule avant de changer mes habitudes. Mais étant au chômage depuis plusieurs mois, la perspective d'un confinement plus long m'interroge sur la date à laquelle je pourrai me remettre à chercher du travail efficacement, et s'il y aura encore des offres à ce moment-là. Pour l'instant, la plupart des entreprises sont fermées. Mais à partir du 11 mai, elles pourraient rouvrir et je devrai rester chez moi. Ça ne sera pas évident de devoir dire à un employeur potentiel : "Je suis à risque, je ne peux pas me présenter à un entretien et je ne sais pas quand je pourrai venir au travail."

Je suis très inquiète (...), je n'ai aucune vision d'une date de retour à la normale dans mon cas.

Lisa, asthmatique

à franceinfo

Alexandra, 39 ans, handicapée moteur : "L'allègement du confinement est une petite lumière au bout du tunnel"

Je suis handicapée moteur avec un taux d'invalidité évalué à 80%, et ma mère, avec qui je vis, est aussi atteinte de handicap physique et visuel. Jusqu'à présent, on vivait plutôt bien le confinement. Mais les déclarations des responsables politiques [sur l'éventualité d'un confinement plus long pour les personnes vulnérables] ont été une douche froide. Avec la dernière précision [sur le caractère non discriminant du confinement après le 11 mai], c'est mieux que prévu, mais il reste des "peut-être". Rien n'est certain.

Ma grand-mère maternelle a 97 ans, mon grand-oncle, 90 ans. Ils vivent seuls en Alsace chacun de leur côté alors que nous vivons près de Dunkerque (Nord). Fin juin, nous avions prévu d'aller leur rendre visite – la seule de l'année. Avec toute la logistique que m'impose un voyage (location d'un logement accessible, de matériel médical, etc.) et le coût financier que cela représente quand on n'a pas d'autres ressources que l'allocation adulte handicapé, il est difficile de passer plus de temps avec eux. Ma grand-mère et mon grand-oncle ont eu de graves soucis de santé ces derniers mois et cette visite, aussi brève soit-elle, serait peut-être la dernière. 

On espère être autorisées à faire ce voyage. Je pense que c'est à chacun de prendre ses responsabilités et de continuer à respecter tous les gestes barrières. Pour ma maman, l'annonce qu'elle ne pourrait peut-être pas embrasser sa mère et son oncle (...) a été un traumatisme.

Valérie, 55 ans, atteinte de deux maladies auto-immunes : "On me demande de rester confinée, mais je n'ai plus accès aux soins"

La situation est très paradoxale : on demande à certaines personnes de rester confinées plus longtemps, et en même temps celles-ci n'ont plus accès aux soins ! Je suis atteinte de deux maladies auto-immunes : la maladie de Basedow, qui touche la thyroïde, et la myélite, qui est une inflammation de la moelle épinière. Je devais avoir des examens complémentaires pour cette dernière, afin de pouvoir obtenir un traitement qui me soulage. Mais à Bordeaux, où j'habite, la clinique a annulé début mars mes soins et la suite des examens nécessaires, qui étaient pourtant considérés comme urgents ! 

On ne m'a proposé aucune date de remplacement et à compter du 11 mai, beaucoup de malades non Covid, eux aussi abandonnés, vont tenter d'obtenir un retour de soins et d'examens.

Je ne sais pas quand je pourrai avoir de nouveaux rendez-vous. Je me sens abandonnée par les équipes médicales.

Valérie, atteinte de deux maladies auto-immunes

à franceinfo

J'ai l'impression que la manière dont les malades non Covid vont retrouver les soins est très peu abordée dans les perspectives de déconfinement. On donne l'impression que ce sont les malades qui ne vont plus consulter. Alors que dans mon cas, et celui de beaucoup d'autres que je connais, le problème est qu'on ne reçoit plus les malades et qu'on a décommandé nos rendez-vous !  Si je n'ai pas accès aux soins, ou que je mets six mois pour avoir un rendez-vous, je vais tomber dans une dépression absolue...  En attendant, je suis sous anti-douleurs qui abrutissent mes journées. 

Laura*, 31 ans, enceinte de sept mois et asthmatique : "Je vais continuer à faire attention"

On entend à la fois des choses rassurantes sur les femmes enceintes et des retours de nos médecins et des sages-femmes qui sont plus anxiogènes, et par ailleurs toujours très peu d'éléments sur l'après-11 mai de la part du gouvernement. Les questions sont nombreuses : quand pourrons-nous sortir si ce n'est pas mi-mai ? Si mon mari reprend le travail, dois-je m'isoler de lui avec mon enfant de 2 ans ? Mon accouchement est prévu mi-juin, vais-je rester confinée jusque-là ?

Donc que ce soit de manière contrainte ou plus rationnelle, je vais continuer à faire attention. Les sorties seront extrêmement limitées – c'est du bon sens que de ne pas aller faire les magasins ou boire un coup dans un bar [ils resteront de toute manière fermés] le 12 mai !

Le manque de perspectives nous rend davantage anxieux que le confinement en lui-même.

Laura, enceinte de sept mois

à franceinfo

Pour arriver à supporter ce confinement prolongé, on aimerait voir, dans mon neuvième mois de grossesse, quelques personnes de la famille ou de notre entourage qui ont aussi été très strictes dans leur démarche de déconfinement. On pourrait se retrouver sur notre terrasse en respectant les distances de sécurité et en faisant en sorte que chacun apporte son repas. Mais on n'a pas envie de faire de bêtises et de culpabiliser.

* Le prénom a été modifié à la demande de la personne interviewée.

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