Reprise des cérémonies religieuses : "Il s'agit d'être très responsables et en même temps de pouvoir vivre la liberté de culte", estime l'évêque de Nanterre

Alors que les cérémonies religieuses, suspendues pour cause de confinement, pourront bientôt reprendre, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, revient s'exprime sur franceinfo sur la forme que pourraient prendre ces dernières dans le contexte particulier de l'épidémie.

L\'église de Saint-Germain-l\'Auxerrois, à Paris, le 5 avril 2020.
L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, le 5 avril 2020. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Le Conseil d'État ordonne au gouvernement de lever l'interdiction de réunion dans les lieux de culte au motif de la situation sanitaire liée au coronavirus Covid-19, les cérémonies religieuses pourront donc bientôt reprendre légalement. "Il s'agit d'être très responsables et en même temps de pouvoir vivre la liberté de culte", estime Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, sur franceinfo mardi 19 mai.

franceinfo : Est ce que c'est un soulagement ?

Mgr Matthieu Rougé : En tout cas, c'est une bonne nouvelle parce que le Conseil d'État rappelle que la liberté de se rassembler pour prier fait partie de la liberté de culte qui est une liberté fondamentale de notre République. Depuis le début du confinement, nous sommes vraiment partie prenante de la lutte collective contre l'épidémie. Donc, nous sommes vraiment favorables à mettre en œuvre des mesures extrêmement responsables d'accueil des fidèles dans les meilleures conditions sanitaires. Mais c'est important que nous puissions avancer. On se prépare à la réouverture de nos églises depuis des semaines. Même si on a vécu de très belles choses avec beaucoup de créativité depuis le début du confinement, comme les nombreuses messes qui ont été rediffusées sur les réseaux sociaux, la distribution de nourriture aux plus pauvres, l'attention aux personnes isolées. Il y a eu énormément de choses magnifiques mais maintenant, on a hâte de se retrouver pour prier. Pour aussi mieux être en relation avec les personnes isolées. Toutes les paroisses seront prêtes, dès qu'on aura précisé les mesures sanitaires requises mais qui seront sans doute : un rang sur deux, une place sur trois, gels hydro alcooliques, masques, entrées et sorties régulées. Je sais que les paroisses de mon diocèse ont déjà commencé à mettre du rubalise sur les bancs, disposés du gel hydroalcoolique à l'entrée des églises. Il s'agit donc d'être très responsables et en même temps de pouvoir vivre la liberté de culte.

Il faudra donc limiter le nombre de fidèles à l'entrée de la messe ?

Bien sûr, il faudra limiter le nombre de fidèles selon une proportion qu'il faut encore vérifier avec le gouvernement et les autorités sanitaires. Quitte à multiplier les messes là où les fidèles seraient trop nombreux. Je pense que les choses vont redémarrer progressivement, mais il est possible de le faire dans des conditions de sérénité et de sécurité satisfaisantes pour tous. S'il est nécessaire d'être masqué pour participer à la messe, cela ne posera pas de problème. Je serai prêt à célébrer une messe avec un masque, si cela est nécessaire. Mais quand le prêtre célèbre, il est quand même assez loin des fidèles. On peut donc imaginer que le prêtre célèbre sans masque, mais mette un masque au moment où il va s'approcher des fidèles pour distribuer la communion. Après s'être lavé les mains à la dernière minute avec du gel hydroalcoolique.

Comment donner une hostie en période d'épidémie ?

On passe notre temps les uns les autres à aller acheter du pain dans les boulangeries, où les boulangers nous donnent du pain que nous prenons en main. Donc, le pain de vie, le pain spirituel de l'eucharistie et le pain de notre table quotidienne, finalement, c'est un peu la même chose. De ce point de vue là, je pense que la bonne solution, c'est que le prêtre se purifie les mains au gel hydroalcoolique juste avant la communion, quitte à le refaire plusieurs fois s'il y a un nombre significatif de personnes qui communient. Et puis, peut être se protéger d'un masque quand il dira le corps du Christ. La question d'utiliser une pince a été posée aussi. Si c'est une nécessité, on pourra y recourir. L'important pour nous, c'est qu'on puisse à la fois se réunir pour prier, pour se retrouver, pour s'entraider et en même temps le faire dans des conditions de sécurité sanitaire maximale.

Par quels mots ou par quel texte de la Bible vous ouvrirez la première messe que vous pourrez célébrer dans les jours qui viennent avec vos fidèles devant vous ?

Quand on est évêque, la première parole qu'on dit au début de la messe, c'est la salutation du Christ ressuscité : "La paix soit avec vous". C'est vraiment la paix du Seigneur que je souhaite à tous parce que, retrouver la pratique liturgique, ce n'est pas une victoire sur qui que ce soit, mais simplement la joie d'être réunie pour prier, pour accueillir la parole de Dieu et aussi pour vivre cette grâce de solidarité, en particulier avec les plus pauvres, qui est constitutive de la vie chrétienne.