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Ouverture des commerces le dimanche : "Il faut que les rouages de l'économie se dégrippent" sinon "il y aura un krach social", prévient Eric Woerth

Le député Les Républicains de l’Oise et président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale suggère de laisser à chaque magasin la liberté d'ouvrir ou non le dimanche pendant les prochains mois.

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Radio France
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Eric Woerth, député LR de l'Oise, le 18 février 2020. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Il faut que les rouages de l'économie se dégrippent. Il faut que la reprise soit accélérée, que la relance économique soit accélérée", a affirmé mercredi 13 mai sur franceinfo Eric Woerth, député Les Républicains de l’Oise et président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, alors que les Républicains planchent sur un "plan de relance" pour faire face au "choc économique" qui se profile après la crise du coronavirus. Eric Woerth suggère notamment de permettre plus largement l'ouverture des magasins le dimanche en laissant "la liberté à chacun de décider s'il veut ouvrir ou pas". Si on ne le fait pas, le député estime qu'il y aura "un krach social".
 
 
franceinfo : L'ouverture des magasins le dimanche est la solution pour faire face à la crise ?
 
Eric Woerth Évidemment, la relance de l'économie ne va pas passer uniquement par l'ouverture des commerces le dimanche. Je propose une trentaine de propositions, notamment sur le plan industriel. Mais je pense que c'est important de laisser la liberté à chacun de décider s'il veut ouvrir ou pas le dimanche pendant deux mois, ou les trois mois ou les quatre mois qui viennent. Les Français ont terriblement épargné pendant ces jours. C'est 50 à 60 milliards d'épargne de précaution supplémentaire. Il faut bien que cette épargne, on la retrouve à un moment donné dans la consommation. Ou alors on décide qu'il y a un million ou un million et demi de chômeurs de plus dans les quatre mois qui viennent. Si on veut que la consommation reprenne, il faut aussi que les commerces soient ouverts. Pour ceux qui ne veulent pas, qui considèrent qu'ils n'y ont pas intérêt, ils ne font pas. Mais pour ceux qui veulent rattraper le travail qu'ils n'ont pas fait pendant deux mois parce qu'ils ont été interdits de le faire, parce qu'ils ont été fermés, et bien qu'ils ouvrent le plus possible, qu'ils travaillent le plus possible, qu'ils offrent leurs produits le plus longtemps possible et que les clients, au fur et à mesure du temps, sortent de chez eux et fassent leurs courses. Si on ne le fait pas, si on met des barrières à tout, l'économie va reprendre à la vitesse de l'escargot.
 
Il y a certains clients qui souhaitent une journée dans la semaine, le dimanche, où les commerces ne sont pas ouverts. Et il y a certains employés qui n'ont pas forcément le choix de venir travailler.
 
Changez d'époque deux minutes. Nous avons changé. On est à 10% de récession dans notre pays. Vous avez 450 000 chômeurs de plus au premier trimestre de cette année. On veut une économie du chômage ? On veut que les gamins qui rentrent sur le marché du travail avec des diplômes, on veut qu'ils trouvent portes totalement closes ? Non. Il faut que rouages de l'économie se dégrippent, c'est extraordinairement important. Et ils ne peuvent pas le faire uniquement en suivant un rythme naturel. Il faut que la reprise soit accélérée, que la relance économique soit accélérée, que nos concitoyens repartent au travail, non plus la peur au ventre, mais repartent au travail parce qu'ils ont envie de s'affirmer dans leur travail. Ensuite, parce que c'est la vie de la nation. Si on ne produit plus aucune richesse, il y aura un krach social. Il y aura un moment donné quelque chose d'insupportable pour la société française, et tout aussi insupportable que le virus lui-même. C'est pour ça qu'il faut deux minutes changer de logiciel et pendant un certain temps, mettre de côté toutes nos polémiques habituelles. Et laisser la liberté à chacun de faire comme il le souhaite. Si certains commerçants souhaitent ouvrir le dimanche, et bien qu'ils le fassent, et s'ils ne veulent pas, qu'ils ne le fassent. pas.
 
Vous proposez également un report des soldes d'été ? C'est essentiel ?
 
Les commerçants ont beaucoup de stocks. Certains n'en ont pas, certains en ont beaucoup. Dans le domaine de l'habillement, ils avaient commencé à acheter leurs collections printemps-été. Mais en fait, on voit qu'il y a beaucoup de stocks. Il faut absolument faire en sorte qu'ils puissent vendre et réaliser les marges nécessaires pour absorber les deux mois de confinement. Donc la période des soldes, soit on considère que c'est une période où les achats se développent parce que c'est plus intéressant et les consommateurs y vont. Et à ce moment-là, il faudrait les avancer. Soit on considère que les consommateurs n'ayant pas consommé vont avoir envie d'aller dans les magasins et payer le prix sans qu'il y ait besoin de réduire ce prix, et à ce moment-là il faut repousser cette période de soldes. Moi, j'aurais tendance à dire, laissons la liberté aux uns et aux autres. Les commerçants sont des entrepreneurs, ils connaissent parfaitement bien leur tissu local. Ils sauront parfaitement bien trouver la meilleure façon de présenter leurs produits.
 
Vous présidez la commission des finances de l'Assemblée nationale. Plus de 12 millions de salariés sont aujourd'hui au chômage partiel. Est-ce que cette situation va pouvoir durer ?
 
Elle ne peut pas durer. C'était une très bonne mesure de pouvoir garder le lien contractuel entre l'employeur et l'employé au travers du chômage partiel. Maintenant, cela peut être aussi la pire des mesures si cela retient l'employeur de reprendre ses salariés le plus vite possible en attendant que son chiffre d'affaires progresse, et si les salariés eux-mêmes ne veulent pas sortir de chez eux ou retourner au travail parce qu'ils considèrent qu'ils ne peuvent y retourner que s'il y existe un risque zéro sur le plan pandémique. Des deux côtés, ça peut figer une situation. Donc, on voit bien qu'il faut en sortir. Je propose, par exemple, que l'on passe une partie des crédits gigantesques qui sont consacrés aujourd'hui à avoir nationalisé plus de la moitié des salaires dans le secteur marchand. Il faut que l'on passe une partie de ces crédits en diminuant le chômage partiel, en allant plus loin dans la baisse des charges patronales pour les entreprises. Cela permettrait aux entreprises de reprendre plus rapidement leurs propres collaborateurs, plus vite que l'augmentation de leur propre chiffre d'affaires. Dans cette affaire, il faut qu'on aille au moins aussi vite que les autres pays. On ne peut pas reprendre l'économie moins vite que les autres pays. Parce que sinon, on risque réellement de décrocher durablement.

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