"On a l'impression de ne rien valoir" : des étudiants infirmiers payés 50 euros la semaine dans des unités Covid dénoncent leurs conditions de travail

Considérés comme stagiaires, les étudiants infirmiers travaillent comme les autres dans les unités Covid-19 des hôpitaux français mais sont indemnisés à hauteur de 50 euros maximum par semaine.

Article rédigé par
Margaux Stive - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une infirmière en train de mettre des gants de protection dans l'unité Covid-19 de la clinique Floréal de Bagnolet (Seine-Saint-Denis)/ (LUDOVIC MARIN / AFP)

À 23 ans, Mathieu, étudiant infirmier de troisième année, est mobilisé depuis trois semaines dans l’unité Covid-19 d’un hôpital du nord de la région parisienne. Il enchaîne les gardes de 12 heures, payées 1,42 euros de l’heure. "On a l’impression de ne rien valoir", témoigne Mathieu (le prénom a été changé) sur franceinfo, le 14 avril. Pour les étudiants de première et deuxième année, c’est encore moins (respectivement 0,80 et 1,08 euros de l’heure). Car dans les faits, ils sont pour l’instant considérés comme stagiaires.

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Dans un décret daté du 28 mars dernier, le gouvernement a prévu des rémunérations plus élevées en cas de réquisition des étudiants, mais ce n’est pas encore le cas. En attendant, les élèves infirmiers sont indemnisés, comme en temps normal. Sauf que les conditions dans lesquelles ils travaillent actuellement n’ont rien à voir avec des stages. "En temps normal, en stage, on est ajoutés à l’équipe, si on n’est pas là, cela ne doit rien changer au fonctionnement du service. On n’est pas du tout dans des conditions de stage normales qui nous permettraient d’apprendre notre travail correctement", explique Mathieu.

Une charge de travail de professionnel, une rémunération de stagiaire

Dans les faits, Mathieu fait un travail d’aide-soignant (pour lequel il est déjà diplômé, comme tous les étudiants infirmiers de deuxième et troisième année). Pour lui, être payé comme un stagiaire dans ces conditions, "c’est un sentiment d’humiliation". "On est envoyés en première ligne et on nous méprise. On a l’impression de ne rien valoir. C’est gentil de nous remercier, de nous dire que l’on est des héros, mais ce n’est pas cela qui nous fait vivre", dénonce Mathieu. Pour lui "cela exacerbe le sentiment que notre passion est exploitée contre nous". "On nous dit : t’as envie d’aider, ben tu le fais gratuitement, ou pour 50 euros par semaine".

Inégalité selon les régions

Face à cette situation plusieurs régions, comme les Hauts-de-France, le Grand Est, la Bourgogne-Franche Comté ou l’Ile-de-France ont annoncé des revalorisations des indemnisations à hauteur de 1 400 euros en moyenne. Mais pour l’instant les étudiants infirmiers n’en ont pas vu la couleur. Selon la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), contactée par franceinfo, les premiers versements devraient intervenir courant mai. Mais la FNESI regrette un "manque d’uniformisation de ces mesures", et donc une inégalité entre les étudiants, selon les régions.

La FNESI dénonce aussi les conditions sanitaires dans lesquels les étudiants exercent. La plupart, par exemple, sont contraints de laver leurs tenues professionnelles chez eux, et pas à l’hôpital, avec le risque de contaminer leurs proches.

Des étudiants infirmiers dénoncent leurs conditions de rémunération - Reportage de Margaux Stive
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