Pass sanitaire : quand les élus de la majorité tentent de défendre la fin du port du masque dans les lieux qui y sont soumis

Face à la virulence du variant Delta, les scientifiques estiment qu'il est prématuré de ne plus porter de masque à l'intérieur. D'autant que le système est faillible.

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France Télévisions
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Un homme enlève son masque au parc animalier du Branfere (Morbihan), le 13 septembre 2020. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

"C'est une mesure qui permet d'envoyer un message positif", se félicite Sylvain Maillard, député LREM de Paris. Les scientifiques, eux, n'ont pas accueilli la nouvelle avec un large sourire. Alors que la France est entrée dans une quatrième vague de Covid-19 avec un variant Delta extrêmement contagieux, épidémiologistes et médecins ont appris "avec stupeur" la levée du port du masque dans les zones soumises au pass sanitaire. "Il faudrait avoir ceinture et bretelles pour essayer de combattre cette épidémie, et pas lever certaines mesures quand on en met d'autres en place", a ainsi réagi l'épidémiologiste Dominique Costagliola sur France Inter. 

Car le pass sanitaire bénéficie aux personnes vaccinées mais aussi à celles présentant un test PCR de moins de 48 heures et à celles infectées par le Covid-19 il y a moins de six mois. Or, pour ces deux dernières catégories, les inconnues restent nombreuses. Concernant les tests PCR, "il y a des faux négatifs", note Jérôme Marty, président de l'Union française pour une médecine libre. "Vous ne pouvez pas exclure le fait de faire entrer danc ces lieux une personne infectée qui en infectera d'autres", explique ce généralité interrogé par franceinfo.

Sur l'immunité induite par la contamination au virus, l'incertitude est grande là aussi. "Il y a beaucoup d'incertitudes dessus, le variant Delta pourrait peut-être échapper à une immunité préalablement acquise. En clair, une personne infectée par le variant Alpha pourrait être infectée par le Delta", explique également le chercheur Samuel Alizon.

Aux professionels et aux préfets de trancher

"Oui, tout cela est vrai, on peut se faire infecter trois heures avant de rentrer dans un restaurant mais la probabilité est faible", soutient Jean-François Eliaou, député LREM de l'Hérault. "Ce risque sera d'autant plus faible que les gens seront de plus en plus vaccinés", ajoute celui qui est aussi professeur d'immunologie. Après quelques minutes de discussion, ce dernier admet toutefois :

"Le seul hiatus, c'est le PCR qui date de moins de 48 heures. C'est le seul maillon faible, on est d'accord."

Jean-François Eliaou, député LREM de l'Hérault

à franceinfo

Mais, pour ce médecin, ce "maillon faible" pourrait "tendre à disparaitre si on pousse à la vaccination". "Les gestes barrières restent obligatoires", rappelle de son côté Sylvain Maillard. Pourtant, ces derniers se relâchent largement. Dès le 6 juillet, le Conseil scientifique sur le Covid-19 mettait en garde : "On doit malheureusement constater un relâchement massif des gestes barrières depuis 2 semaines, ceci va accélérer la diffusion du virus."

Le nombre de contaminations explosent depuis quelques jours : 18 000 mardi, 24 000 mercredi... Face à cela, la levée du port du masque interroge. Mais, les députés de la majorité tiennent aussi mentionner les gardes-fous qui accompagnent cette mesure. Les exploitants des lieux soumis au pass sanitaire peuvent l'imposer tandis que les préfets ont la possibilité de le rétablir si la situation épidémique se dégrade localement. "C'est donc une levée du masque sous réserve que le préfet ne la remette pas en vigueur, cela correspond à notre stratégie de territorialisation", explicite Thomas Mesnier, député LREM de Charente et médecin urgentiste. 

Une faveur pour faire accepter la vaccination ?

Malgré cette possibilité offerte aux préfets, les risques de contamination dans les lieux soumis au pass sanitaire sans masque ne sont pas nuls. Mais les arguments scientifiques ne sont pas les seuls à rentrer en ligne de compte, soulignent les parlementaires. La majorité surveille comme le lait sur le feu le niveau d'acceptabilité des Français. 

Les arguments scientifiques me touchent au premier chef mais il y a un autre vrai sujet : comment fait-on en sorte que les Français acceptent ces mesures ?

Thomas Mesnier, député LREM de Charente

à franceinfo

"On peut faire ceinture et bretelles", explique Jean-François Eliaou, en référence aux propos de Dominique Costagliola, "mais ça veut dire 'tout le monde chez soi'". "On est dans un pays où l'on incite à la vaccination, vous ne pouvez pas dire si vous êtes vacciné, vous serez libéré mais vous continuerez à porter le masque", poursuit-il. Un message entendu par Jérôme Marty mais face à la virulence du variant Delta, ce dernier pense que cette mesure pourrait être réversible. "Je comprends le gouvernement, il faut bien qu'il y ait des soupapes, mais je pense qu'ils corrigeront", conclut-il. 

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