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Covid-19 : les cantines scolaires vont-elles devenir des foyers épidémiques en puissance ?

Certains parents s'inquiètent du brassage des élèves dans les réfectoires lors de la pause-déjeuner, malgré le protocole sanitaire mis en place par l'Education nationale.

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France Télévisions
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Un élève masqué portant son plateau repas dans la cantine d'un collège de Vincennes (Val-de-Marne), le 1er septembre 2020.  (MARTIN BUREAU / AFP)

Se laver les mains à l'entrée et à la sortie, porter un masque quand on se déplace, suivre le sens de circulation, respecter la distanciation physique, aérer les locaux... Pour ne pas "sacrifier la cantine", comme l'affirmait Jean-Michel Blanquer lors d'une conférence de presse le 27 août, le ministère de l'Education nationale a publié un protocole sanitaire avant la rentrée sur les modalités d'organisation de la restauration scolaire en temps de Covid-19. Objectif : éviter toute circulation active du virus lors de la pause-déjeuner.

Malgré cela, le brassage des élèves de différentes classes dans ces lieux clos inquiètent les parents. Quelques jours après la rentrée des classes, les cantines deviendront-elles des nids à Covid-19 ? Michèle Legeas, enseignante à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), confie sa crainte à franceinfo : "Ce n'est pas tellement le fait de prendre un repas en même temps que d'autres qui favorise la circulation du virus, mais plutôt cette ambiance où les enfants sont rapprochés et où il n'y a pas de ventilation." Pour Michèle Legeas, l'autre facteur à prendre en compte est "le niveau sonore".

Certaines cantines sont extrêmement bruyantes et surpeuplées. On va donc parler plus fort et émettre un niveau de gouttelettes plus important. Cela peut donc favoriser la circulation du virus.

Michèle Legeas

à franceinfo

D'autant plus qu'il est "difficile de ne pas se tourner vers les autres lorsqu'on s'adresse à eux", même si l'on est éloigné ou disposé en quinconce à la cantine, observe la spécialiste.

Des gestes barrières au menu

"Même si les enfants peuvent être contaminés, ils ne manifestent pas de formes graves de Covid-19 [de rares cas graves chez l'enfant ont bien été observées sous la forme d'un syndrome d'inflammation multisystémique lié au Sars-CoV-2], poursuit Michèle Legeas. Donc si une circulation virale existe, ce ne sera pas forcément très important en termes de dégâts sur la santé." D'autant plus que, pour les moins de dix ans, "la transmission observée à l'école ne s'effectue pas des enfants vers les parents et les enseignants, mais plutôt des parents et enseignants vers les enfants", affirmait le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, au micro de franceinfo le 24 août.

"Le risque des cantines va essentiellement se poser pour les collégiens et lycéens" et non pour les élèves de maternelle ou de primaire, explique Véronique Hentgen, pédiatre et infectiologue spécialiste des maladies rares à l'hôpital de Versailles, "car ils sont aussi contagieux que les adultes". Mais elle assure que si les règles de distanciation physique sont respectées et que les élèves n'enlèvent leur masque qu'au moment de manger, les cantines ne vont pas devenir des clusters privilégiés. Elle prend d'ailleurs l'exemple de la cantine de l'hôpital où elle travaille : "Depuis le début de l'épidémie, on mange en quinconce, on respecte la distanciation physique. Même s'il y a des brassages, il n'y a pas eu de cluster."

C'est sûr qu'il est plus difficile de discipliner des collégiens et lycéens. Il faut faire beaucoup de pédagogie pour qu'ils comprennent que changer ses habitudes n'est pas si terrible que ça. Et si on change nos habitudes, on va pouvoir continuer à vivre.

Véronique Hentgen

à franceinfo

Dans les cantines, les premiers concernés confirment. "C'est vraiment une grosse pression", indique à France 3 Hervé Maurin, chef de cuisine dans un collège de la Loire. Là, environ 600 élèves déjeunent à la cantine tous les jours. Les tables sont nettoyées entre chaque service et les classes appelées séparément. "Ça demande vraiment de revoir la chose de A à Z, réorganiser la circulation, c'est une grande remise en question", ajoute-t-il. "Il va y avoir une période d'une semaine ou deux où on va devoir leur répéter les gestes barrières pour que ça devienne un automatisme."

Assistante d'éducation dans un collège du Nord, Morgane se veut pourtant rassurante. Elle surveille souvent la cantine et assure à franceinfo que les règles en vigueur sont "bien respectées jusqu'à présentTous les élèves portent des masques et se lavent les mains au savon avant de rentrer dans la cantine". Et si certains récalcitrants portent le masque sous leur nez, les surveillants sont là pour les rappeler à l'ordre.

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