"Les élections municipales auraient dû être annulées" : ils ont été contaminés au coronavirus après avoir tenu des bureaux de vote

Plusieurs assesseurs et présidents de bureaux de vote lors du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, ont développé des symptômes du Covid-19. Certains regrettent aujourd'hui que ce scrutin ait été maintenu.

Une personne émarge après avoir voté, à Toulouse (Haute-Garonne), le 15 mars 2020.
Une personne émarge après avoir voté, à Toulouse (Haute-Garonne), le 15 mars 2020. (ADRIEN NOWAK / HANS LUCAS)

"Je suis incapable de bouger, je rampe chez moi." A l'autre bout du fil, Olivier, la quarantaine, est à bout de souffle. Depuis quelques jours, il a développé de nombreux symptômes liés au coronavirus. "Des maux de tête, la perte du goût, puis une oppression de la cage thoracique", détaille-t-il. Ces douleurs sont d'autant plus insupportables qu'elles auraient pu être évitées, selon lui, en annulant le premier tour des élections municipales. Car dimanche 15 mars, Olivier était président d'un bureau de vote à Lyon. "Je n'étais pas sorti les jours précédents, pas non plus après, donc je l'ai attrapé soit au bureau de vote, soit à la mairie quand je suis allé déposer le procès-verbal", estime-t-il, lundi 23 mars.

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Une semaine après ce scrutin, plusieurs assesseurs ou présidents de bureaux de vote ont fait part de symptômes correspondant au coronavirus. C'est le cas notamment à Montmagny (Val-d'Oise). Contactée par franceinfo, la mairie indique qu'un homme et une femme, tous les deux assesseurs dans deux bureaux de vote de la commune, ont présenté des symptômes du Covid-19 quelques jours après l'élection. Même chose à Franconville (Val-d'Oise), où une personne semble avoir été contaminée, confirme le maire à franceinfo. La situation est plus grave à Billom, dans le Puy-de-Dôme. Là-bas, une assesseure a dû être hospitalisée après avoir été infectée par le coronavirus.

"On avait seulement une poignée de gants"

Il faut dire que le 15 mars, ils étaient des milliers, partout en France, à tenir ces bureaux de vote, du matin jusqu'au soir, au contact de la population. "Je suis arrivé à 7h30 et je suis resté jusqu'à 21h30 dans un espace de 40 mètres carrés", raconte Olivier. Et certaines communes n'avaient pas eu le temps de prendre toutes les mesures nécessaires. "On n'avait pas les équipements adaptés : pas de masques mis à disposition, ni par la mairie ni par la préfecture. On avait seulement une poignée de gants et un flacon de gel hydroalcoolique", explique-t-il.

Lorsque je suis allé remettre le procès-verbal à la mairie, nous étions 250 entassés à quelques centimètres les uns des autres.Olivier, président d'un bureau de vote à Lyonà franceinfo

Même lorsque les consignes ministérielles ont bien été respectées, certains s'interrogent sur l'intérêt du maintien de ce premier tour des élections municipales, alors que des médecins avaient appelé à les reporter pour des raisons sanitaires. "J'étais à la position où il fallait faire signer les électeurs, donc forcément proche d'eux", regrette ainsi Elodie Polaszyk, auprès de CNews. Cette assesseure à Lyon a été en contact avec 300 à 400 électeurs lors du vote et présente aujourd'hui des symptômes de la maladie.

"Pourquoi nous a-t-on fait voter ?"

Face à cette situation, certains ont décidé de lancer "un cri d'alarme". C'est le cas de Paul Hatte, président d'un bureau de vote, dimanche dernier, à Paris. Lui aussi a depuis été diagnostiqué positif au coronavirus. "Pourquoi nous a-t-on fait voter ? Combien de présidents de bureau sont dans mon cas ? Quel responsable nous a fait foncer tête baissée vers le virus ?", écrit-il sur Twitter. Contacté par franceinfo, il déclare toujours être fatigué et se consacrer à son rétablissement.

Comme lui, ils sont nombreux à s'interroger et à regretter la tenue de ce scrutin. "Au début, nous voulions que ce premier tour se tienne. On avait trop travaillé pour que ce soit annulé. Mais avec le recul, les élections municipales auraient dû être annulées", reconnaît le maire de Billom, Jean-Michel Charlat, auprès de France 3. D'autant que le second tour, lui, a bien été reporté de plusieurs mois.

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