Infographies Voici à quoi ressemble la quatrième vague de Covid-19 en France, plus rapide et plus imprévisible

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Depuis le début du mois de juillet, tous les indicateurs de l'épidémie sont repartis à la hausse. Cette quatrième vague a été plus soudaine, mais engendre pour l'instant moins de formes graves. Elle semble aussi ralentir ces derniers jours.

Le 10 mai dernier, le Premier ministre était optimiste. "Nous sommes enfin en train de sortir durablement de cette crise sanitaire", déclarait Jean Castex au Parisien. Difficile de deviner, à l'époque, qu'un mois et demi plus tard, une nouvelle vague épidémique de Covid-19 allait se dessiner. Ironie de l'histoire, le lendemain de cette déclaration, un premier cas de variant Delta était détecté dans les Hauts-de-France.

Cette quatrième vague ne fait maintenant plus de doute : ce variant identifié initialement en Inde est devenu majoritaire en France et tous les indicateurs, qui avaient atteint des niveaux particulièrement bas en juin, sont repartis à la hausse. Dès le 28 juin pour le nombre de cas, le 8 juillet pour les hospitalisations, le 14 juillet pour les admissions en réanimation, et six jours plus tard pour les décès. Avec plus de 20 000 cas par jour en moyenne, cette vague plus abrupte que celle de l'automne présente plusieurs singularités.

Une augmentation inédite des nouveaux cas

Le 26 juin, le taux d'incidence frôlait le plancher qu'il avait connu à l'été 2020, avec 18 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Mais il lui a fallu à peine plus d'un mois pour remonter au niveau inquiétant de 224 nouveaux cas quotidiens, le 30 juillet. De quoi alarmer Olivier Véran à l'Assemblée nationale. "Nous avons une augmentation de la circulation du virus de l'ordre de 150% sur une semaine : nous n'avons jamais connu cela, ni avec le Covid [la souche historique du virus], ni avec le variant anglais, ni avec le sud-africain ni avec le brésilien", déclarait le ministre de la Santé aux députés, le 20 juillet.

De fait, quand on la compare avec celle de l'automne 2020, la vague actuelle semble plus soudaine : elle commence plus bas, mais atteint un rythme de croissance plus rapidement qu'en octobre 2020, où l'incidence avait commencé par croître plus lentement. Néanmoins, depuis plusieurs jours, l'incidence a augmenté plus lentement, et semble maintenant se stabiliser autour de 250 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Bien en-deçà du maximum de la vague d'octobre 2020, situé autour de 500.

Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le confirme : un des éléments essentiels expliquant cette hausse rapide est l'arrivée du variant Delta. "On est passé d'un virus qui était moyennement contagieux à un virus qui fait partie des virus les plus contagieux que l'on connaisse. Cela lui permet de se transmettre dans des conditions où il se transmettait peu avant", juge-t-il. Pour lui, le contexte a aussi eu un rôle prépondérant dans cette hausse des cas, plus marquée chez les jeunes : la levée des gestes barrières, la réouverture de lieux publics et l'effet vacances ont eu pour conséquence une "transmission de type festive beaucoup plus marquée que l'année dernière".

Autre point soulevé par l'épidémiologiste : la répartition géographique des nouveaux cas, très hétérogène, n'a rien à voir avec celle des première ou deuxième vagues. Alors qu'à l'automne dernier, l'incidence était plus élevée en Auvergne-Rhône-Alpes, en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France, les nouveaux cas actuels se concentrent sur la moitié sud du pays, plus précisément dans les départements qui bordent la Méditerranée et la côte atlantique.

De plus en plus d'hospitalisations, mais moins qu'à l'automne dernier

A l'hôpital aussi, les indicateurs sont à la hausse. Les nouvelles hospitalisations sont passées de 110 par jour début juillet à 522 par jour en moyenne au 2 août. Les nouvelles entrées en soins critiques, elles, s'établissaient à 23 par jour le 8 juillet, mais atteignent désormais 114 par jour. Et cette hausse devrait se poursuivre encore quelques jours : même si le nombre de nouveaux cas augmente moins vite, on observe généralement un décalage d'une semaine entre la courbe des cas et celle des hospitalisations. Les décès, eux, sont repartis à la hausse le 20 juillet, passant de 17 par jour à 38 en moyenne en ce début août.

Comparé à l'automne dernier, les hôpitaux sont moins touchés par la vague épidémique qui frappe actuellement la France. Du moins pour le moment. D'après nos calculs réalisés à partir des données de Santé publique France, pour 1 000 nouvelles contaminations, on compte actuellement 23 nouvelles hospitalisations et 5 admissions en réanimation. A la mi-octobre, pour 1 000 nouveaux cas, on dénombrait 48,5 entrées à l'hôpital et 8,5 nouveaux patients en soins critiques. On observe donc deux fois moins d'hospitalisations.

Pour Renaud Piarroux, c'est bien l'effet positif de la vaccination. Au 2 août, 53% des Français étaient totalement vaccinés, et 63,4% d'entre eux avaient reçu au moins une dose. Un point rassurant, selon lui. "Dans certaines zones très touristiques, on peut avoir des hôpitaux où la situation peut devenir compliquée. Mais ailleurs, cela ne devrait pas monter aussi haut que lors des autres vagues", estime-t-il.

De nombreuses incertitudes pour les prochaines semaines

Pour autant, la situation est hautement imprévisible. "On ne peut pas faire de prévisions à deux mois", prévient Renaud Piarroux. Comme c'est le cas depuis le début de cette crise sanitaire, de multiples incertitudes planent : celles liées au variant Delta, à la poursuite de la campagne de vaccination, aux mesures qui seront prises localement ou nationalement... 

Au Royaume-Uni – comme dans d'autres pays touchés par des hausses de cas similaires, mais survenues plus tôt qu'en France – les courbes ont commencé à s'inverser, contredisant bon nombre des projections. De quoi plonger certains observateurs dans une relative incompréhension. Même en France, certains départements ont entamé une décrue du nombre de cas depuis quelques jours. Comme le montre notre tableau de bord de l'épidémie, les Pyrénées-Orientales, la Charente-Maritime ou encore la Somme présentent un taux d'incidence en baisse. Une bascule récente, qui semble s'étendre à d'autres départements, mais à observer avec précaution.

Peut-on l'expliquer ? Interrogé sur ce point, Renaud Piarroux laisse planer un silence, avant d'avancer quelques pistes : "Des mesures ont été prises dans certaines zones, les gens font davantage attention, et sont de plus en plus vaccinés." Une chose est sûre : d'après une étude de la Drees (le service statistique du ministère de la Santé), menée début juillet, les personnes non-vaccinées représentaient 85% des nouvelles hospitalisations.


* Méthodologie : pour définir les dates des deux vagues et le 'j zéro' indiqué dans les graphiques, nous avons analysé le taux de croissance de l'incidence entre un jour J et un jour J-7. Le taux de croissance correspond à la vitesse d'augmentation de la courbe. S'il est de 100%, l'indicateur double ; s'il est à 0%, il stagne, et s'il est négatif, l'indicateur diminue. Nous avons défini le 'J zéro' de nos graphiques au moment où le taux de croissance de l'incidence dépassait les 50% : c'est le moment où la courbe commence à augmenter davantage, correspondant ainsi à l'idée d'une vague épidémique. Le J0 est ainsi fixé au 10 octobre 2020 pour la vague de l'automne et au 8 juillet 2021 pour la vague actuelle.

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