Infographies Covid-19 : ces chiffres qui montrent que Paris a dépassé le seuil d'alerte maximale depuis le 25 septembre

Alors que le sort de la capitale doit être scellé dimanche soir par le ministre de la Santé, le passage au crible des indicateurs révèle que Paris a dépassé le seuil d’alerte maximale depuis une semaine.

Article rédigé par
Mathieu Lehot - Brice Le Borgne
France Télévisions
Publié Mis à jour
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Fallait-il vraiment attendre pour placer Paris en alerte maximale ? C'est la question qui s'est posée le soir du 1er octobre, à l'issue de la conférence de presse du ministre de la Santé. Une semaine après les réactions très vives à Marseille, placée en alerte maximale le 23 septembre, Olivier Véran s'est montré prudent quant à la situation parisienne.

Faisant le constat d'une "dégradation" des indicateurs, il a notamment estimé que "les patients atteints du Covid en réanimation oscillent entre 30% et jusqu'à 35% par endroits". Le seuil des 30% aurait donc été franchi "depuis quelques heures", a précisé le ministre, et "devra être confirmé dans les tout prochains jours". "Si la dynamique ne s'est pas infléchie, nous prendrons dès lundi les mesures qui s'imposent". Pourtant, les données publiques semblent montrer que Paris a dépassé les critères du seuil d'alerte maximale bien plus tôt qu'annoncé : dès le 25 septembre, d'après nos calculs. 

Pour atteindre ce seuil, un département doit remplir trois critères : un taux d'incidence au-delà de 250 ; un taux d'incidence chez les personnes âgées au-dessus de 100 ; et une part de patients Covid-19 dans les services de réanimation de la région supérieure à 30%. Pour comprendre la situation, franceinfo a étudié dans le détail ces trois indicateurs, pour Paris et les départements de la petite couronne. 

Plus de 30% de patients Covid-19 en réanimation dès le 25 septembre

Premier des trois critères : la part de patients touchés par le Covid-19 dans les services de réanimation de la région Ile-de-France. Dans un document daté du 25 septembre, l'ARS d'Ile-de-France écrivait que "317 malades du Covid sont en réanimation (...), ce qui représente un taux d'occupation de 28,3% des lits de réanimation". Pour calculer ce taux de remplissage, l'ARS se base sur la capacité normale en lits de réanimation des hôpitaux de la région. Celle-ci compterait donc aujourd'hui une capacité normale de 1 120 lits en réanimation. En confrontant ce chiffre au nombre de malades du Covid-19 en réanimation, publié chaque jour par Santé publique France, il apparaît que le seuil de 30% a été dépassé dès le vendredi 25 septembre. Interrogée, l'ARS, qui ne réalise pas de points épidémiologiques le week-end, estime que les 30% ont été dépassés le lundi 28 septembre.

Sera-t-il possible d'augmenter le nombre de places disponibles ? Dans les services de réanimation, les médecins craignent d'être vite saturés et préviennent qu'ils n'ont pas les mêmes capacités d'extension que pendant le confinement. C'est le cas de Jean-Michel Constantin, anesthésiste et réanimateur à la Pitié-Salpêtrière. "Au printemps, nous avions pu augmenter le nombre de lits de réanimation en transformant les unités de soins intensifs. Mais cela n'est plus possible aujourd'hui. Les unités de soins intensifs sont pleines de patients qui ont autre chose que le Covid-19. La seule solution sera de diminuer le flux de patients qui nécessitent une hospitalisation en soins continus, c'est-à-dire diminuer l'activité programmée", alerte-t-il. Au pic de la première vague, l'Ile-de-France a compté 2 600 patients Covid en réanimation.

Un taux d'incidence supérieur à 250 dès le 20 septembre

Autre indicateur utilisé : le taux d'incidence. C'est le nombre de cas confirmés sur les sept derniers jours, divisé par la population du département, puis calculé pour 100 000 personnes. 

D'après les données mises en ligne par Santé publique France, le taux d'incidence à Paris a dépassé les 250 pour 100 000 habitants dès le 20 septembre. Les départements de la petite couronne sont en dessous, avec un taux d'incidence entre 158 et 195, ce qui a conduit les autorités santiaires à les maintenir en alerte renforcée.

La situation moins alarmante dans les départements de la petite couronne est d'ailleurs une raison avancée par Olivier Véran pour ne pas placer Paris en zone d'alerte maximale. Le ministre a expliqué raisonner en associant Paris et ses départements voisins, évoquant par exemple les milliers de personnes qui transitent entre ces zones. "Nous ne pouvons pas dissocier les mesures", a-t-il indiqué.

Un taux d'incidence élevé chez les personnes âgées

En revanche, le taux d'incidence chez les personnes de plus de 60 ans dépasse, dans chacun des quatre départements, le seuil d'alerte maximale, qui est de 100 pour 100 000 habitants. D'après nos calculs, la Seine-Saint-Denis l'a dépassé dès le 16 septembre, Paris le 20 septembre, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine plus récemment.

Précisons que le ministère de la Santé ne classe pas les personnes comme âgées à partir de 60 ans mais 65 ans. Les données mises à disposition par Santé publique France n'utilisant pas le même seuil d'âge, il nous est impossible d'utiliser la même méthodologie que le ministère.

Contacté vendredi après-midi, le ministère de la Santé n'a à ce jour pas répondu à nos questions. Il arrive par ailleurs que les autorités sanitaires fondent leurs décisions politiques sur des indicateurs qui ne sont pas strictement les mêmes que ceux qui sont mis à disposition du grand public par Santé publique France, comme le mentionne Libération.

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