"Il ne faut pas que le remède soit pire que le mal" : un directeur d'Ehpad s'inquiète des effets du confinement sur les résidents

Il y a une semaine, Olivier Véran, ministre de la santé, demandait aux Ehpad d'instaurer "un confinement individuel des pensionnaires", en chambre. Ce durcissement s'avère difficile à tenir et lourd de conséquences.

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édité par Théo Hetsch - Benjamin Illy
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
L'intérieur d'une maison de retraite à Vigy (Moselle), le 13 janvier 2020. (CÉCILE SOULÉ / RADIO FRANCE)

Comme dans tous les Ehpad de France, les familles des résidents de cette maison de retraite de Bozouls, dans l'Aveyron, sont tenues à distance. Les visites sont interdites et les activités ont toutes été annulées en raison de l'épidémie de coronavirus. Malgré tout cela, Marie-Thérèse, 92 ans, garde le moral : "Qu'est-ce que vous voulez, je ne vais pas pleurer ! Je viens de me promener autour de la maison de retraite", lance-t-elle, en précisant rapidement pour rassurer l'aide-soignante à côté d'elle : "Toute seule et avec le masque sur la figure."

Elle profite donc des rares sorties autorisées car, pour le reste, l'essentiel de la journée rime avec confinée : "Chacun chez soi. Quand on se croise, on se dit bonjour de loin, en gardant une distance", explique-t-elle. Quant aux repas, ils sont désormais servis en chambre, ce qui pour le moment n'est pas pour déplaire à Marie-Thérèse : "Je suis servie comme une reine", s'exclame-t-elle. En revanche, l'absence de visite de ses proches est le plus dur à supporter pour la nonagénaire :

Ce qui est difficile, c'est de ne pas voir ses enfants, alors qu'ils sont à côté. Mais bon, on n'est pas les plus malheureux, quand même...

Marie-Thérèse, résidente d'Ehpad de 92 ans

à franceinfo

Malgré l'éloignement, Elsa Rouquette, la coordinatrice des activités, fait tout ce qu'elle peut pour soulager le manque : "Ma mission première désormais est de maintenir le lien social avec les familles, par des coups de fil réguliers, par des appels en visio, par des mails que je lis aux résidents, par des réception de photographies qu'on imprime et qu'on leur amène."

Le confinement, "délétère pour l'état de santé des résidents"

Les plus fragiles parmi les pensionnaires peuvent aussi faire appel à une psychologue présente dans les murs. Mais parfois ça ne suffit pas : "Ces personnes-là ne peuvent pas rester deux mois dans leur chambre, ce n'est humainement pas possible", alerte ainsi Pierre Roux, le directeur de l'Ehpad de Bozouls, qui gère également quatre autres établissements dans l'Aveyron, au total 380 résidents. Ses établissements n'ont pas été épargnés par le coronavirus et il déplore un décès dû à l'épidémie.

Mais le directeur d'Ehpad s'inquiète presque autant de l'impact du confinement sur les résidents que du virus lui-même : "C'est une mesure qui est délétère pour l'état de santé des résidents", estime même Pierre Roux, citant les risques de détérioration des capacités physiques et mnésiques (le maintien de la mémoire).

Chez certains résidents, ne plus être en lien avec les familles, ne plus avoir d'activités sociales ou physiques, cela peut entraîner un 'syndrôme de glissement'. C'est-à-dire perdre le goût de vivre !

Pierre Roux, directeur d'Ehpad dans l'Aveyron

à franceinfo

Pierre Roux dit réfléchir en ce moment avec ses confrères aux possibilités de faire évoluer les mesures actuelles : "Il faut un assouplissement du confinement. Il ne faut pas que le remède soit pire que le mal", alerte-t-il. Un assouplissement qu'il souhaite concilier, bien sûr, avec un strict respect des consignes sanitaires.

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