Mise en examen d'Agnès Buzyn : dans quels autres pays des dirigeants politiques sont-ils poursuivis pour leur gestion de la crise sanitaire ?

La France n'est pas le seul pays a avoir ouvert des enquêtes concernant la responsabilité de certains membres de l'exécutif dans la réponse politique à l'épidémie.

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Le président brésilien, Jair Bolsonaro, le 7 septembre 2021 à Sao Paulo. (PAULO LOPES / AFP)

L'annonce a fait l'effet d'une bombe politique. L'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a été mise en examen, vendredi 10 septembre, pour "mise en danger de la vie d'autrui" à l'issue de son audition par des magistrats de la Cour de justice de la République (CJR), qui enquête sur la gestion de l'épidémie de Covid-19. En France, il s'agit de la première personnalité à être mise en cause dans ce vaste dossier. Mais dans d'autres pays, des dirigeants ont déjà été inquiétés par la justice à ce sujet. Tour d'horizon.

Au Royaume-Uni, Johnson accepte une enquête indépendante... en 2022

Face à la pression, Boris Johnson a finalement plié. Pendant plusieurs mois, des partis d'opposition, des associations de proches de victimes et même l'Eglise d'Angleterre ont réclamé une enquête sur la gestion de la crise du Covid-19 par les autorités britanniques. Il faut dire que le pays est celui qui compte le plus de morts liés à la pandémie en Europe et que certaines décisions du gouvernement ont été très décriées. Même l'ancien conseiller du Premier ministre, Dominic Cummings, a étrillé sa gestion de la pandémie, l'accusant d'avoir initialement visé une "immunité collective".

Le 12 mai 2021, le Premier ministre britannique a donc accepté, depuis la Chambre des communes, "le principe d’une enquête indépendante", mais pas avant "le printemps 2022", relate Le Monde. "Nous devons être conscients de la quantité de ressources et de temps qu’une telle enquête va requérir", a-t-il également prévenu.

D'autres enquêtes pourraient aussi voir le jour au Royaume-Uni alors que les accusations de favoritisme dans plusieurs contrats publics, dans la foulée de la pandémie, se multiplient. L'ONG Good Law Project a ainsi lancé des poursuites contre l'exécutif concernant plusieurs contrats polémiques. C'est le cas, par exemple, d'Ayanda Capital (en anglais), une société "avec des connexions avec Liz Truss", la ministre du Commerce, qui a bénéficié d'un contrat de 252 millions de livres pour des masques de protection pour les hôpitaux qui se sont révélés inutilisables.

Au Brésil, Bolsonaro est visé par plusieurs enquêtes

Les poursuites se multiplient contre Jair Bolsonaro. Le parquet brésilien a ouvert une enquête, vendredi 2 juillet, sur des accusations portées contre le président du pays pour avoir omis de signaler une tentative de corruption dans l'achat de vaccins contre le Covid-19. Le chef d'Etat est ainsi soupçonné d'avoir fermé les yeux sur des soupçons de corruption rapportés par un fonctionnaire du ministère de la Santé. Réponse immédiate du président brésilien : "Je chie sur la CPI [commission d'enquête]. Je ne répondrai à rien", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse, le 8 juillet.

Ce n'est pas la seule menace judiciaire qui plane sur le président brésilien concernant la pandémie. Une autre enquête lancée il y a plusieurs mois porte sur la façon dont son gouvernement a géré la crise sanitaire et ses plus d'un demi-million de morts. Trois sénateurs ont également saisi la Cour suprême pour "prévarication" (grave manquement d'un fonctionnaire) du chef de l'Etat. Enfin, une "super demande de destitution" a aussi été déposée par plusieurs partis d'opposition à la Chambre des députés du Brésil. "Là où il s'enfonce, c'est qu'il devient le seul chef d'Etat à ne pas reconnaître la gravité de la situation", explique l'ancien ministre de la santé brésilien, Luiz Henrique Mandetta.

En Italie, Conte a été entendu par le parquet de Bergame

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, doit rendre des comptes à la justice. Le parquet de Bergame, une ville particulièrement touchée par l'épidémie de Covid-19, a entendu le responsable politique en juin 2020. L'institution mène plusieurs enquêtes distinctes liées à la pandémie, notamment concernant les retards dans l'instauration d'une "zone rouge" comprenant deux communes de la province de Bergame, Nembro et Alzano Lombardo, où l'épidémie a été très violente.

En décembre 2020, environ 500 familles de victimes de la pandémie ont également déposé plainte au civil et réclament cent millions d’euros à l’Etat italien qu'elles accusent "de graves omissions dans la gestion de la crise". De nombreuses plaintes pénales ont aussi été déposées.

En Afrique du Sud, plusieurs responsables politiques visés

La gestion de la pandémie de Covid-19, et plus particulièrement des contrats publics liés à celle-ci, continue de faire trembler la vie politique sud-africaine. Début août, l'ancien ministre de la Santé du pays, Zweli Mkhize, a été remplacé à la suite de l'ouverture d'une enquête pour corruption visant deux de ses proches au ministère, dans le cadre d'un contrat public pour lutter contre la pandémie.

Fin août, l'ex-porte-parole du président sud-africain a également été mutée sur un autre poste. Khusela Diko faisait l'objet d'une enquête après des révélations dans la presse selon lesquelles une société appartenant à son défunt mari avait obtenu de manière irrégulière un contrat pour la fourniture d'équipements de protection aux hôpitaux, en pleine pandémie de Covid-19.

Au total, près de 820 millions d'euros de contrats liés à la lutte contre le coronavirus font à ce jour l'objet d'enquêtes pour corruption en Afrique du Sud. Les cas de 63 fonctionnaires ont été transmis au procureur national et 87 entreprises ont été inscrites sur une liste noire et ne pourront plus décrocher de contrats publics.

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