Pertes de la SNCF dues à la crise sanitaire : "La question est qui doit payer cette facture ?'", selon Eric Meyer, secrétaire fédéral Sud-Rail

Le patron du syndicat Sud-Rail affirme que les 2,4 milliards d'euros perdus par la compagnie sont aussi pour une "petite partie" dus aux "effets de la réforme de 2019". 

Eric Meyer en mars 2018. 
Eric Meyer en mars 2018.  (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

"La question est : 'qui doit payer cette facture ?'", a réagi jeudi 30 juillet sur franceinfo Eric Meyer, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail, alors que la SNCF a annoncé avoir subi une lourde perte au premier semestre, due aux grèves contre la réforme des retraites et à la crise du coronavirus. La compagnie affiche une perte nette de 2,4 milliards d'euros, contre un modeste bénéfice net de 20 millions d'euros sur les six premiers mois de 2019.

Les effets du confinement et de la réforme de 2019

"Pendant le confinement, c'est bien l'État qui était à la manœuvre du plan de transport, notamment des TGV", rappelle Eric Meyer. "C'est l'État qui fixait, de manière hebdomadaire ou bi hebdomadaire, le nombre de trains à faire circuler. Et tout le monde était alors conscient que ces trains-là circulaient à perte", poursuit le syndicaliste. La crise sanitaire et le confinement n'ont pas permis selon Eric Meyer "de remplir les trains ou de faire rouler l'ensemble des trains".

Le patron du syndicat Sud-Rail, souligne que la perte annoncée par la SNCF est "importante", et que pour une "petite partie", elle est la conséquence des "effets de la réforme de 2019, qui vont plutôt dans le sens d'alourdir la facture avec des coûts de structure et d'interface qui explosent".

La productivité des cheminots en hausse

Selon Eric Meyer, il y aura des "économies faites sur les investissements". Mais son syndicat "s'oppose au fait qu'il y ait des économies qui soient faites sur le personnel, notamment sur le personnel de production". Selon le secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail, "quand on retranche les périodes de chômage partiel, on s'aperçoit que la productivité du cheminot continue de croître".

Si la SNCF prévoit "un plan social sur les cheminots de production", les conséquences se feront sentir directement sur "le niveau de service fourni aux usagers. Aujourd'hui, dans de nombreuses régions, vous n'avez déjà plus de contrôleurs dans les trains, plus personne dans les gares."

Si on veut continuer à fermer complètement les guichets, vous aurez bientôt des gares mortes où le seul cheminot qui restera, ce sera le conducteur du train.Eric Meyer, secrétaire fédéral de SUD-Railà franceinfo

Alors que le gouvernement a annoncé la semaine dernière vouloir relancer le fret et les trains de nuit, Eric Meyer se montre circonspect. "Le train de nuit, c'est Guillaume Pepy (ancien PDG de la SNCF) qui y a mis fin sur ordre de l'État en 2009 pour pouvoir lancer les cars Macron", rappelle le secrétaire général de Sud-Rail. "Et aujourd'hui les cars Macron c'est un fiasco total. Il n'y a plus qu'un seul opérateur. Eurolines vient de déposer le bilan. Et du coup, on relance des trains de nuit qui existaient il y a quelques années en arrière." 

Un plan à long terme pour le fret ferroviaire

Eric Meyer se montre aussi sceptique sur la relance du fret. "Les 65 millions d'euros annoncés pour les six derniers mois de l'année ne suffiront pas à relancer ou à sauver le fret ferroviaire, pour relancer ou pour sauver le fret ferroviaire,  estime le syndicaliste. Il faut vraiment un plan à long terme sur plusieurs années, voire sur une dizaine d'années."

Eric Meyer attend donc que "l'État se donne les moyens de ses ambitions, de la politique écologique". Il plaide pour un investissement "pour créer du report modal, mettre du camion sur des trains, et faire du vrai fret ferroviaire."

Comme aujourd'hui, le fret ferroviaire a été le parent pauvre depuis 20 ans, la part modale du fret ferroviaire n'a jamais été aussi basse que maintenant.Eric Meyerà franceinfo

Le syndicaliste demande "un plan de plusieurs années, avec des mesures législatives fortes, comme cela peut exister dans d'autres pays d'Europe, en Autriche, en Allemagne et en Suisse, pour mettre des camions sur les trains de façon quasiment obligatoire".