"Pas d'examen, pas de formation" : face aux embouteillages pour passer le permis, élèves comme auto-écoles sont perdants sur toute la ligne

Depuis le déconfinement, il faut patienter 70 jours en moyenne pour pouvoir repasser son permis de conduire après un échec. Les candidats comme les auto-écoles paient cette attente au prix fort. 

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Une femme s'apprête à prendre le volant d'un véhicule d'auto-école, début juin, à Mamoudzou (Mayotte). (ALI AL-DAHER / AFP)

A l'examen du permis de conduire, la moindre erreur coûte cher, très cher. A plus forte raison en ce moment : 350 000 passages de permis ont été annulés pendant le confinement, engendrant un embouteillage massif dans les auto-écoles.

Lucas, 19 ans, en a fait les frais. Il a choisi en février une formation accélérée dans la région lilloise mais, après un mois d'attente, l'examen du permis a été annulé mi-mars en raison de l'épidémie : "Après la fin du confinement, j'ai reçu une convocation pour deux mois plus tard", soupire-t-il. Malheureusement, il a échoué à l'examen. "Je n'avais pas conduit depuis quatre mois. J'ai repris cinq leçons. A 50 euros l'heure, je ne pouvais pas en payer plus. J'avais totalement perdu la main", explique Lucas. Le jeune militaire doit donc renoncer au poste qu'il convoite dans la cavalerie de l'armée de terre, faute de permis de conduire. Il devra attendre trois mois supplémentaires pour pouvoir retenter le coup… si, par chance, la date tombe pendant une permission.

Gouffre financier d'un côté, manque à gagner de l'autre

Dans de nombreux départements, les auto-écoles sont saturées. Les candidats des Yvelines, par exemple, doivent attendre en moyenne 76 jours pour être convoqués après un premier échec à l'examen, d'après Christophe Colombani, président de l'Union nationale des indépendants de la conduite (Unic). "Il n'y a pas suffisamment de places d'examen. Le retard pris pendant le confinement a empiré les choses", déplore le syndicaliste. Les candidats s'impatientent. Après deux échecs, Benoît, 25 ans, n'est pas sûr d'obtenir une autre date d'ici la fin de l'année. "Les conséquences sont énormes. Je suis restreint dans ma recherche d'emploi parce que je ne peux pas repasser le permis", regrette le jeune homme, qui vit dans la région grenobloise. La pression monte et Benoît tombe dans un cercle vicieux. "Lorsque l'on ne conduit pas depuis longtemps, on perd des automatismes", s'inquiète-t-il. Il continue donc à prendre des cours et comptabilise déjà 33 leçons de conduite, à 50 euros l'heure.

Une perte d'argent pour les élèves, mais aussi pour les auto-écoles : "C'est toujours difficile d'annoncer à un élève qu'il ne peut pas présenter l'examen qu'il prépare et de lui demander de repayer des leçons. Résultat : je prends moins d'élèves. Pas d'examen, pas de formation." Le manque à gagner vient s'ajouter aux difficultés financières rencontrées par les auto-écoles, qui doivent compenser la suspension de leur activité pendant le confinement et l'achat de matériel exigé par le protocole sanitaire, comme des vitres en Plexiglas ou du gel hydroalcoolique.

Alertées par plusieurs députés, les autorités ont débloqué 90 000 places d'examen supplémentaires d'ici la fin de l'année, et augmenté les effectifs d'inspecteurs. "Dix inspecteurs à la retraite ont été rappelés", assure Christophe Nauwelaers, président de l'Unsa-Saneer, un syndicat d'examinateurs. "L'épreuve des questions a été supprimée lors de l'examen du permis, ce qui permet d'accélérer la cadence et de faire passer plus de candidats", affirme l'inspecteur. Insuffisant, selon Philippe Colombani, pour qui il s'agit d'un effet d'annonce : "Si on divise ces 90 000 examens supplémentaires par le nombre de départements, cela correspond à une place de plus par auto-école… d'ici la fin de l'année !"

Revoir les modalités de l'examen ?

Et ce n'est pas terminé. Une nouvelle vague de candidats est attendue cet automne. "Le nombre de candidats au Code de la route a doublé cet été. De nombreux jeunes ont profité du confinement pour réviser les épreuves", observe Christophe Nauwelaers. L'inspecteur rappelle cependant que les délais sont plus courts dans certaines régions. En Occitanie notamment, plus de 200 places d'examen sont restées vacantes cet été sur une plateforme d'inscription en ligne expérimentée dans la région. Certains candidats se résignent ainsi à passer leur permis loin de chez eux. Noëlle Bourdois, monitrice d'auto-école à Saint-Ouen-des-Alleux, près de Fougères (Ille-et-Vilaine), reçoit chaque jour de nombreux appels de jeunes Parisiens qui cherchent à passer leur permis. "Mon téléphone ne cesse de sonner. Les élèves sont très tendus, ils ne veulent pas se rater", raconte la monitrice.

Une angoisse évitable ? Face à l'embouteillage, Noëlle Bourdois a lancé une pétition pour appeler à revoir les modalités de l'examen. "Un contrôle continu serait plus efficace et moins aléatoire que l'examen qui plonge l'élève dans un cercle vicieux de stress", affirme-t-elle. "Je connais mes élèves. Je les vois évoluer, je sais qui sait conduire, qui présente un danger." Les inspecteurs devraient alors contrôler la formation dans les auto-écoles. En attendant, ces derniers ne feront aucun cadeau aux candidats. "L'indulgence, c'est le laxisme. Nous sommes les garants de l'équité nationale face à l'apprentissage de la conduite", tranche Christophe Nauwelaers. "S'ils n'ont pas conduit depuis longtemps, les élèves doivent reprendre des leçons, ou passer en conduite supervisée", qui permet aux candidats de prendre le volant au côté d'un conducteur expérimenté.

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