Laboratoires pris d'assaut pour les tests Covid-19 : "La priorité doit être d'abord vers les patients plutôt que vers les voyageurs" estime Bruno Lina

Face aux signaux de reprise de la circulation du coronavirus, Bruno Lina estime que les laboratoires sont prêts à faire face à la demande de tests PCR. Mais l'infectiologue appelle à donner la priorité aux patients qui présentent déjà des symptômes. 

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Radio France
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Bruno Lina, professeur au CHU de Lyon, appelle à un dévellopement des centres de prélèvements pour accélérer les tests de dépistage du coronavirus.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Alors que les laboratoires sont de plus de plus en sollicités pour réaliser des tests PCR pour détecter le Covid-19, interrogé jeudi 16 juillet sur franceinfo, Bruno Lina, virologue, professeur au CHU de Lyon, chercheur au Centre international de recherche en infectiologie et membre du Conseil scientifique estime qu'"il est clair que la priorité doit être d'abord vers les patients plutôt que vers les voyageurs", qui ont aussi besoin de ce test pour voyager et partir en vacances. Pour lui, "il faut aussi que l'on ait des ressources humaines pour pouvoir faire ces prélèvements dans le bon timing, vous ne pouvez pas avoir quelqu'un qui peut se faire dépister et à qui on donne un rendez-vous dans trois jours, surtout s'il présente des symptômes", explique Bruno Lina.

franceinfo : Les laboratoires aujourd'hui sont-ils prêts à recevoir encore plus de patients alors qu'ils sont déjà très sollicités ?

Bruno Lina : Il faut voir qu'il y a deux éléments à prendre en compte par rapport à cette prise en charge des patients. Premièrement, est-ce que les labos sont en capacité de faire des tests pour un nombre plus important de patients ? La réponse est oui, parce qu'on a mis en place à la fois des structures privées et publiques qui sont capables d'absorber, comme vous le savez, jusqu'à 700 000 tests par semaine.

La deuxième chose, c'est que pour faire un test, il faut qu'il y ait un prélèvement. Et on sait qu'aujourd'hui, on a un goulet d'étranglement sur le prélèvement pour plusieurs raisons, parfois des raisons purement logistiques, et donc la simplification de l'accès est une très bonne chose pour cela, il n'y a plus forcément besoin d'avoir une prescription médicale.

Et la troisième chose, c'est qu'il faut aussi qu'on ait des ressources humaines pour pouvoir faire ces prélèvements dans le bon timing, vous ne pouvez pas avoir quelqu'un qui peut se faire dépister et à qui on donne un rendez-vous dans trois jours, surtout s'il présente des symptômes. Et là, je crois qu'il y a besoin de développer des centres de prélèvement et de la ressource humaine pour pouvoir faire ces prélèvements de façon beaucoup plus courte par rapport au début des symptômes lorsqu'il y a des cas qui sont symptomatiques.

Justement, les techniciens de laboratoire en plus des biologistes et des infirmiers vont être habilités à réaliser les tests. Une formation express pour faire ça, ça suffit ?

En fait, il faut bien comprendre que la réalisation d'un prélèvement naso-pharyngé, c'est quelque chose qu'on peut apprendre en moins d'une demi-journée.

Ce n'est pas très compliqué. Il y a en plus des modèles de simulation qui permettent de faire cet apprentissage, on a des mannequins qui permettent de le faire.

Bruno Lina

à franceinfo

Et je peux vous dire, par exemple à Lyon, deux mannequins aident à faire de la formation de ces techniciens. Donc, on voit qu'on peut faire cet apprentissage extrêmement rapidement. C'est un geste qui n'est pas si invasif que ça. Même s'il faut qu'on connaisse la technique pour pouvoir le faire. Et c'est une bonne chose que les techniciens soient en capacité de le faire de la même façon qu'ils sont capables de faire des prélèvements sanguins.

Est-ce qu'il faut donner la priorité à ceux qui ont des symptômes pour éviter que ceux-là n'attendent une ou deux semaines avant de faire le test ?

En fait, on est aujourd'hui dans une espèce de contrainte qui fait que l'on a besoin d'avoir un diagnostic extrêmement rapide par rapport aux gens qui ont des symptômes, de façon à pouvoir faire à la fois l'identification des cas et l'identification des contacts. C'est comme cela qu'on arrivera à juguler le début de circulation du virus.

La deuxième chose, c'est qu'on avait besoin parfois d'avoir une documentation virologique permettant de dire que l'on n'est pas porteur du virus pour pouvoir voyager, on voit que quand ces deux demandes se télescopent on a parfois de la difficulté à gérer des priorités. Il est clair que la priorité doit être d'abord vers les patients plutôt que vers les voyageurs.

Et dans ces conditions, est-ce que les tests salivaires peuvent faire partie de la solution ?

On est encore dans le domaine de la recherche, mais c'est un sujet qui avance assez vite. Il faut bien comprendre que ces tests salivaires, c'est vraiment un dispositif de prélèvement différent du naso-pharyngé. Et ce qui signifie que les procédures que l'on utilise pour faire la PCR sur un prélèvement naso-pharyngé ne peuvent pas être appliquées stricto sensu sur un test salivaire. Ce n'est pas le même matériel, ce n'est pas le même type de prélèvement et il faut qu'on adapte les techniques d'extraction pour qu'on puisse ensuite faire une amplification.

Les tests salivaires sont une adaptation technologique qu'il est possible de faire, mais qui va demander encore un peu de temps.

Bruno Lina

à franceinfo

Il existe maintenant des dispositifs un peu clés en main qui sont en cours d'évaluation, qui permettent, avec de la salive prélevée sous la langue, d'avoir un résultat PCR rapide, ce n'est pas tout à fait une PCR, c'est un autre système d'amplification, mais on voit bien que ce sont des dispositifs fermés avec des procédures particulières. Il semble qu'ils aient une sensibilité presque aussi bonne que celle de la PCR, une spécificité qui est un peu moins bonne, mais qui n'est pas mal. Ce qui pourrait permettre de faire un dépistage un peu plus rapide. Mais là, on n'est pas encore en capacité de le faire à grande échelle.

On sait que le virus circule. Est-ce que les derniers signaux vous inquiètent ?

Les signaux montrent que la situation confortable que l'on avait il y a trois semaines n'existe plus. Clairement. On a un certain nombre de marqueurs qui nous indiquent que le virus circule de façon plus importante.

Il est donc temps aujourd'hui d'appliquer vraiment les recommandations qu'on porte depuis plusieurs semaines, c'est de renforcer le port du masque, notamment à l'intérieur, de renforcer les mesures d'hygiène et les mesures barrières.

Bruno Lina

à franceinfo

Il va y avoir une mesure, je dirais très légale, qui va être prise en compte et mise en œuvre à partir du début de la semaine prochaine. Mais on peut commencer dès à présent s'astreindre à porter un masque. On n'a pas forcément besoin d'attendre que la loi arrive.

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