Coronavirus : "On a constaté une petite reprise d'activité avec des Covid-19 aigus", alerte un médecin de l'hôpital Bichat à Paris

Xavier Lescure insiste sur la part "non négligeable", dit-il, de personnes asymptomatiques qui sont transmettrices du virus. Plus que le port du masque il appelle à conserver les distances et le lavage très régulier des mains.

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Radio France
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Un patient atteind de la Covid-19 pris en charge par des infirmières du CHU de Nantes. (LOIC VENANCE / AFP)

Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé a affirmé qu’il fallait se préparer à une reprise de l’épidémie à partir de cet automne. Xavier Lescure, médecin spécialiste en maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, à Paris, a indiqué, mercredi 8 juillet sur franceinfo, que les services hospitaliers en France ont constaté "une petite reprise d'activité avec des Covid-19 aigus". Il appelle à ne pas se relâcher et à appliquer les mesures barrières : "Il n'y aurait rien de pire que d'avoir une recrudescence de Covid-19 avec une éventuelle canicule, un personnel soignant en vacances et des gens qui ne pourraient plus partir en vacances", a-t-il estimé.

franceinfo : L'avertissement de Jérôme Salomon doit-il nous inquiéter ?

Xavier Lescure : Je suis peut-être un peu anxieux, mais j'ai toujours considéré que la menace était toujours là. Aujourd'hui, on a 500 nouveaux cas par jour en France. Il ne faut pas oublier qu'en Outre-mer, la Guyane et Mayotte, sont aujourd’hui extrêmement préoccupées et concernées. Et puis, il faut toujours regarder la courbe épidémique. C'est vrai qu'on a une inflexion très forte, mais que notre courbe en France n'est pas plate et qu'à partir du moment où il y a une circulation, même à bas débit, on n’est jamais à l'abri d'une augmentation. Et cette augmentation, elle va être extrêmement liée à nos comportements à tous.

S'il y a un relâchement dans les mesures barrières, dans le port du masque, dans le lavage des mains, dans les distances physiques, le virus ne demande qu’à repartir.

Xavier Lescure, médecin à l'hôpital Bichat

à franceinfo

Franchement, ce n'est pas derrière nous. On sait ce qu'il y a derrière. On ne sait pas ce qui est devant. Je n’ai pas du tout envie que les gens ne puissent pas partir en vacances, si certaines zones françaises se retrouvent à nouveau confinées pendant l'été.

Que faut-il maintenir à tout prix comme gestes barrières ?

Les bonnes distances. Ce n'est pas facile. C'est-à-dire quand on est à l'extérieur un voire deux mètres, quand on est à l'intérieur au minimum deux mètres. Quand on se retrouve entre amis ou dans une famille élargie, c'est important de garder des distances suffisantes, de ne pas se faire la bise. Ce n'est pas facile, mais il faut le faire. Et puis, se laver les mains très régulièrement.

La transmission par les mains est un vecteur clair et donc il ne faut pas tout braquer sur le masque.

Xavier Lescure

à franceinfo

Il y a le comportement et le lavage des mains régulier.

Les unités Covid de l’hôpital Bichat enregistrent-elles une augmentation des cas ?

Pendant plusieurs semaines, on a reçu au fil de l'eau des patients en très faible quantité qui venaient essentiellement des Ehpad, avec des suspicions de Covid-19 qui n'étaient pas confirmés, en tout cas, dans leur caractère aigu, c'est-à-dire que c'était des infections anciennes. Depuis quelques jours, et on n'est pas le seul service en Île-de-France et même en France, on a constaté une petite reprise d'activité avec des Covid-19 aigus, des Covid-19 tout récents, soit des contaminations sur le sol français, soit des retours de voyage. Par exemple, pour les patients de Bichat, les gens reviennent d'Algérie, du Mali, du Bangladesh, etc. Et les médecins généralistes nous disent qu'ils ont une petite réaugmentation du nombre de suspicions.

Quels sont les autres indices qui doivent nous alerter ?

Je rappellerai juste un élément majeur que l'on sait depuis quelques mois et qui se confirme clairement avec l'accumulation des données de la recherche. C'est la proportion importante, en tout cas non négligeable, de personnes asymptomatiques qui sont transmettrices du virus. Et c'est aussi la certitude aujourd'hui que l'on est transmetteur avant d'être symptomatique avant de déclencher la maladie. Et ces deux éléments qui sont qu'on a 20 à 30% des personnes qui n'ont pas de symptômes et qui sont porteuses du virus et qu'on est porteuses du virus et transmettrices avant d'avoir des symptômes, en général 2 à 3 jours avant d'être symptomatique, doivent faire penser à tous qu'il faut rester très vigilant, même quand on n'a pas de symptômes.

Des pays voisins en Europe, comme l’Allemagne ou l’Espagne, reconfinent. C’est un avertissement sérieux pour les Français ?

Oui. C’est un avertissement aussi sur le côté un peu rassurant qui a été évoqué par certains, notamment le côté saisonnier du Covid-19. Israël, par exemple, où il fait aujourd'hui extrêmement chaud, subit une réelle deuxième vague.

Il y a plein de pays chauds qui sont aujourd'hui sous l'épidémie.

Xavier Lescure, médecin à l'hôpital Bichat

à franceinfo

Ce n'est pas un élément qui doit nous rassurer pour les prochaines semaines. Il n'y aurait rien de pire que d'avoir une recrudescence de Covid-19 avec une éventuelle canicule, un personnel soignant en vacances et des gens qui ne pourraient plus partir en vacances avec certaines zones confinées.

Un reconfinement dans certaines régions, c’est une option ?

Ça nous pend au nez si le virus circule de façon importante, il ne faut pas oublier qu'en février, le virus circulait alors que pourtant on était aux aguets et on ne l’a pas vu. Et là, peut-être qu'on est dans la même situation. Potentiellement, même si on est beaucoup plus outillés et beaucoup plus vigilants, il n'est pas impossible qu'on ait une sous-estimation de la circulation du virus en population générale.

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