Covid-19: Restaurants, universités, Ehpad... Les réactions aux nouvelles restrictions sanitaires en Île-de-France

Un protocole plus strict dans les restaurants, des amphis vidés de moitié à l'université et des visites limitées en Ehpad : de nouvelles mesures pour lutter contre l'épidémie de coronavirus entrent en vigueur en région parisienne. 

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Un bar ferme à Paris le 28 septembre 2020 (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Placée en zone d'alerte maximale, la région francilienne doit appliquer une nouvelle batterie de mesures restrictives pour endiguer la progression du Covid. Salles de sport, piscines et bars ferment à Paris pour quinze jours au moins. Les restaurateurs, responsables d'universités ou encore d' Ehpad réagissent aux nouvelles règles qui les concernent.

Les restaurateurs entre soulagement et incertitude

Stéphane Manigold le co-fondateur et porte-parole du collectif "Restons ouverts", à la tête de quatre restaurants gastronomiques à Paris, a salué sur franceinfo la "victoire" des restaurateurs"Au départ, il ne faut pas l'oublier, on était les boucs émissaires, on était montrés du doigt. Et aujourd'hui, on le voit bien, c'est une victoire, c'est le bon sens qui reprend. La réalité, c’est que les restaurants sont des lieux sûrs quand les protocoles sanitaires sont respectés. Il vaut mieux aller au restaurant que de faire des événements chez soi", estime Stéphane Manigold.

Ce qu'on gère, c'est l'incertitude

Thierry Grégoire

à franceinfo

Thierry Grégoire, le président des saisonniers de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH), est lui plus négatif. "On fait porter une responsabilité à tout un secteur, alors que scientifiquement rien ne démontre qu'on attrape le Covid-19 dans un bar ou un restaurant plus que dans des lieux de proximité que peuvent être les transports en commun ou des rassemblements familiaux", estime-t-il.

Ce responsable de l'UMIH exprime les craintes de son secteur : "Non seulement on gère l'incertitude après trois mois de confinement, qui ont été une épreuve psychologique pour beaucoup de mes collègues, mais on gère une incertitude qui fait qu'on ne sait pas si, dans 48 heures, un territoire qui passe en zone rouge fermera. C'est une navigation à vue qui commence à exaspérer beaucoup." 
 
Thierry Grégoire alerte sur "l'épée de Damoclès" des fermetures. "Les fermetures sont juste catastrophiques parce que cela replonge dans l'incertitude beaucoup de mes collègues". Selon lui, "d'ici la fin de l'année, si on ne trouve pas de solution sur les loyers, [si on] n'arrive pas à prolonger la protection judiciaire ou on ne trouve pas de solution avec les bailleurs, si on ne met pas en place l'activité partielle de longue durée dans notre secteur d'activité, c'est un tiers des entreprises" qui pourraient fermer.  Le président des saisonniers UMIH représente "250 000 entreprises, 750 000 emplois", et il fait les comptes : "c'est à peu près 150 000 à 200 000 emplois qui pourraient disparaître".

Les universités s'adaptent

De nouvelles mesures pour lutter contre l'épidémie de COVID-19 en Île-de-France ont aussi été annoncées dans les universités. Le recteur de la région académique d'Île-de-France Christophe Kerrero a décidé la réduction de la jauge d'accueil des salles de cours : elle est désormais limitée à 50%.

"On faisait partie des universités qui le faisaient déjà depuis la rentrée", explique à franceinfo le président de l'université de Cergy-Pontoise François Germinet. Son établissement a instauré "un système de semaine A et de semaine B" pour éviter la présence simultanée et trop nombreuse d'étudiants. Selon le président de l'université, "les élèves commencent à s'y retrouver". Il constate de manière générale que ces consignes ainsi que les gestes barrière sont "bien respectés" dans son université. François Germinet déclare même que les amphis sont "finalement les lieux les plus sûrs pour les étudiants".
 
D'après lui, les contaminations dans le milieu académique se produiraient surtout "dans les couloirs", lorsque les étudiants "ont envie de discuter", où l'on "sort fumer et discuter". Il rappelle également que des mesures de protection ont été prises par le Crous dans les restaurants universitaires. La jauge a également été divisée par deux. Pour autant, François Germinet s'inquiète des "queues, des files d'attente", de "tout ce qui se passe entre ces moments où les étudiants sont bien à bonne distance les uns des autres". "Comment peut-on gérer ça ?", s'interroge-t-il finalement. 

Pas de "bouleversement" en Ehpad

Le directeur général de l’ARS Île-de-France a annoncé la suspension des sorties collectives pour les résidents des Ehpad, et la limitation des sorties individuelles, vers la famille notamment. Les visites restent autorisées, mais seulement sur rendez-vous, avec deux personnes maximum.  "Les mesures qui ont été prises ce matin ne sont pas bouleversantes. Il y a déjà plusieurs ARS qui avaient déjà pris  ce type de mesures. C'est vrai que le virus circule toujours. Les Ehpad n'ont jamais réellement, sauf un petit peu au cœur de l'été, rouverts intégralement leurs portes", a expliqué Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat National des Établissements et Résidences privés pour Personnes Agées (SYNERPA).

Mais en revanche elle a rappelé l’urgence d'un accès aux tests pour les Ehpad : "Ce qu'il faut, c'est encore réduire l'accès et le délai d'accès aux tests. Il nous faut des tests avec un résultat en 48 heures, de manière à pouvoir calibrer le soin que l'on apporte aux personnes. C'est vraiment un impératif pour nous", a-t-elle insisté.

Nous avons été entendus. Le seul point noir qui demeure, c'est à domicile

Pascal Champvert

à franceinfo

De son côté, Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), trouve que l'ARS a retenu la leçon de la première vague épidémique. "On a appris de la première vague. Le directeur de l'ARS Île-de-France est en conformité avec ce que le ministère a indiqué comme préconisations à suivre, qui sont conformes à ce qu'avait suggéré le comité national d'éthique", juge-t-il sur franceinfo.

Pour Pascal Champvert : "Ces mesures sont contraignantes, mais comme le sont toutes les mesures adoptées dans les régions écarlates, notamment Paris et la petite couronne. Évidemment, c'est désagréable pour tout le monde, mais on n'est plus dans la situation où on demande aux personnes âgées qui vivent en établissement des efforts supérieurs au reste des Français."

Le président des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) indique de plus que :"Le seul point noir qui demeure, c'est à domicile : nous n'avons toujours pas de renfort en personnel ni de soutien psychologique et cela devient urgent", rappelle-t-il. "La promesse du président de la République sur le "quoi qu'il en coûte" n'est toujours pas tenue envers les services à domicile. Les revalorisations salariales, ainsi que le temps d'écoute, le temps de psychologue qui sont possibles en établissements, ne sont pas possibles à domicile. Il faut absolument que le gouvernement ne gâche pas, en ne s'occupant pas correctement de l'aide à domicile, tous les efforts que par ailleurs il a accepté de consentir pour les établissements", estime Pascal Champvert.

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