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Covid-19 : pourquoi les patients en réanimation sont-ils plus jeunes lors de cette poussée épidémique ?

Un peu partout en France, de nombreux médecins, responsables de service de réanimation, constatent que les patients sont un peu moins âgés que lors des précédentes vagues.

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France Télévisions
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Des soignantes autour d'un patient atteint du Covid-19, dans le service de soins intensifs de l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 8 février 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)

Les patients qui entrent en réanimation en raison du Covid-19 sont plus jeunes qu'auparavant. C'est ce qu'a affirmé auprès de franceinfo, mardi 2 mars, Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation médicale de l'hôpital Lariboisière, à Paris. Il s'agit, selon lui, d'une "particularité qui est notée dans l'ensemble des hôpitaux de l'Assistance publique".

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En effet, il n'est pas le seul à faire ce constat. "Nous accueillons de plus en plus de cas jeunes en réanimation", a déclaré à Actu.fr Béatrice Riu-Poulenc, responsable de l'unité sur le site de Purpan, au CHU de Toulouse (Haute-Garonne), fin février. Depuis plusieurs semaines, les patients admis en réanimation Covid-19 à l'Hôpital-Nord de Marseille sont de plus en plus jeunes, rapportait France 3 Provence Alpes-Côte d'Azur, début février. Un relatif rajeunissement des patients attesté par les chiffres, comme le montre Guillaume Rozier, fondateur du site CovidTracker.

Un effet de la vaccination des personnes âgées ?

Difficile, pour l'instant, d'établir clairement les raisons de ce constat. Il est encore "trop tôt" pour se prononcer, indique Santé publique France à franceinfo. Mais plusieurs hypothèses émergent. Certains évoquent un effet de la vaccination des personnes les plus âgées et les plus vulnérables. "Les trois quarts des personnes de plus de 80 ans habitant dans les Ehpad, mais également une certaine proportion de personnes plus âgées sont vaccinées donc protégées", suggère Bruno Mégarbane.

En lien avec la campagne de vaccination, certains avancent l'idée d'une plus grande prudence des personnes âgées de 65 à 75 ans qui n'ont pas encore été vaccinées et qui se confinent donc davantage. C'est le cas de Benjamin Clouzeau, médecin réanimateur à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux (Gironde). "Cette population, qui attend son vaccin, se dit : 'Ça serait trop bête de l'attraper maintenant', résume-t-il auprès de franceinfo. Alors il y a eu une sorte d'autoconfinement." Lui privilégie l'hypothèse d'un certain "relâchement", "avec tous les guillemets possibles", insiste-t-il, non pas des plus jeunes mais des personnes qui ont entre 30 et 65 ans.

"La population active, c'est la tranche d'âge qui doit aller travailler, qui fait peut-être un peu moins attention, et s'expose de façon plus importante."

Benjamin Clouzeau, médecin réanimateur à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux

à franceinfo

Selon lui, cela est lié au fait que "dans l'esprit d'un grand nombre de personnes, le Covid est une maladie grave pour les personnes âgées". Or, rappelle-t-il, les facteurs qui favorisent les formes graves de Covid sont "un peu de surpoids, un peu d'hypertension, un peu de diabète". Et de conclure : "Ce sont des gens de cet âge-là : c'est la petite brioche du quadragénaire." 

Une plus grande virulence des variants ?

D'autres pointent un potentiel effet des différents variants du Sars-CoV-2 présents en France, notamment le variant identifié outre-Manche (B117). "L'hypothèse qui est formulée est que ce soit en lien avec l'arrivée de ce nouveau variant, car c'est assez synchrone avec les chiffres de surveillance que l'on a. On voit bien que le 'variant anglais' prend la place de la souche européenne, c'est concomitant de l'accélération des entrées à l'hôpital et d'un rajeunissement des patients hospitalisés", a commenté auprès de BFMTV Michel Carles, chef du service infectiologie du CHU de Nice. 

Les variants occasionnent-ils vraiment des formes plus graves de Covid-19 même chez les sujets plus jeunes ? "Pour l'instant, il n'y a pas de preuve dans la littérature [scientifique] pour asseoir cela", relève Benjamin Clouzeau. Comme l'a déjà expliqué franceinfo à la fin du mois de février, l'analyse des tests PCR suggère une plus forte circulation de ces variants dans les catégories d'âge plus jeunes. Toutefois, la communauté scientifique ne sait toujours pas si ce point est lié à des dynamiques spécifiques de la circulation du variant ou à des propriétés biologiques qui lui sont propres. 

"Est-ce que c'est dû à un effet du variant, est-ce que c'est dû à la vaccination, moi, je ne peux pas répondre le nez dans le guidon", a résumé sur France 2 Mathias Wargon, chef des urgences de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis.

"Entrer à 40 ans en réanimation, c'est grave"

Quand sera-t-il possible d'y voir plus clair ? "Soit on regarde à froid, a posteriori, mais nous aurons la réponse après, explique Benjamin Clouzeau. Soit on regarde ce qui se passe dans les autres pays, mais la problématique qui interfère à chaque fois, c'est que l'on ne sait pas comparer les effets des différentes mesures d'isolement prises dans les autres pays, leur application réelle, et les standards de soins à l'étranger." Et de trancher : "Malheureusement, je pense que nous aurons la réponse une fois que tout cela sera derrière nous."

En attendant, pour le réanimateur, le principal est de "casser cette image" selon laquelle le Covid n'est une maladie grave que pour les personnes âgées. "C'est vrai pour la mortalité. Mais entrer à 40 ans en réanimation, c'est grave, c'est lourd, souligne-t-il. Il peut y avoir des séquelles, ce n'est pas anodin." 

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