Covid-19 : les jeunes "ont un sentiment d'injustice" et "l'impression d'être désignés comme des coupables", assure une psychologue

Si elle concède qu'il est difficile d'être jeune en 2020, elle rappelle que les autres générations n'ont pas été épargnées non plus par le passé. La grande différence c'est que les jeunes d'aujourd'hui ont malheureusement appris "à ne pas se projeter" vers l'avenir lointain.

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Radio France
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Des jeunes dans un bar à Paris, le 5 octobre 2020. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

"C'est dur d'avoir 20 ans en 2020", a reconnu Emmanuel Macron mercredi soir, lors de son interview. Le chef de l'État a annoncé un couvre-feu, en île-de-France et dans huit métropoles, entre 21 heures et 6 heures du matin. Souvent ciblés comme responsables de la propagation de l'épidémie, les jeunes "ont un sentiment d'injustice", estime Nadège Larcher, psychologue et psychothérapeute de l’enfance et de l’adolescence, installée à Tours.

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franceinfo : Emmanuel Macron a-t-il raison de dire que "c'est dur d'avoir 20 ans en 2020" ?

Nadège Larcher : Oui c'est difficile d'avoir 20 ans en 2020, mais c'est difficile pour nous aussi. C'était difficile d'avoir 20 ans aussi dans les années 1970, avec le choc pétrolier, dans les années 1990, avec le sida. Chaque génération a quand même ses difficultés. C'est vrai que cette génération des 20 ans, elle fait face à de multiples crises depuis longtemps : crise économique, crise écologique, et puis aujourd'hui, une crise sanitaire. C'est vrai qu'ils ont un grand nombre de défis à relever.

Est-ce-que la manière dont le gouvernement parle aux jeunes est la bonne méthode ?

Les jeunes aujourd'hui ont un peu l'impression d'être désignés comme des coupables, en tout cas, comme des responsables. Et pourtant ils ne sont pas les seuls à aller dans les restaurants, pas les seuls à aller dans les bars. Quand j'en parle avec cette génération, ils ont un sentiment d'injustice.

Certains jeunes ne font pas attention, mais certains quinquagénaires ne font pas attention non plus. Toutes les tranches d'âges de la population peuvent avoir des comportements qui ne sont pas adaptés. 

Nadège Larcher, psychologue et psychothérapeute de l’enfance et de l’adolescence

à franceinfo

Ils sont beaucoup aussi à respecter les gestes barrières, à porter des masques, à faire attention quand ils vont voir leurs parents et leurs grands-parents. Je crois qu'il y a aussi beaucoup de jeunes responsables aujourd'hui et qui font comme les adultes au mieux avec cette situation très complexe.

Cette situation angoisse vos jeunes patients ?

Pour certains d'entre eux, c'est une pression supplémentaire. Ils ont déjà l'impression de vivre dans un monde incertain, avec beaucoup de pression, beaucoup d'attentes, et c'est vrai que cette crise supplémentaire les met en difficulté. C'est aussi une période où ils ont particulièrement besoin de contacts, un besoin d'appartenance qui est quand même très fort. Ils se retrouvent isolés, à devoir suivre leurs cours derrière des ordinateurs, à ne pas pouvoir se retrouver à la bibliothèque, à ne pas pouvoir travailler ensemble autant qu'ils aimeraient. Il y a aussi le problème de se projeter dans le temps, mais en même temps, c'est déjà une génération qui, à la différence d'autres, avait déjà appris à ne pas se projeter sur trop longtemps.

Comment expliquer qu'ils étaient déjà dans cet état d'esprit ?

Depuis 20 ou 30 ans, il y a beaucoup d'incertitudes. Ils n'étaient peut-être déjà plus capables de se projeter autant que notre génération. L'incertitude du monde, l'incertitude écologique, l'incertitude économique font que déja ils étaient en train de se dire "On va se projeter de 20 à 30 ans, puis de 30 à 40, puis de 40 à 50", ce que notre génération ne faisait pas.

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