Covid-19 : la "détresse morale" des étudiants "tuera plus, à terme, que le virus", alerte le président de l'université de Strasbourg

Michel Deneken a signé avec neuf autres présidents d'universités une tribune pour réclamer un déconfinement plus rapide dans leurs établissements. 

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Michel Deneken en février 2020.  (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

Alors que le confinement se poursuit contre l'épidémie de Covid-19, la "détresse morale" des étudiants "tuera plus, à terme, que le virus", alerte le président de l'université de Strasbourg, Michel Deneken, jeudi 26 novembre sur franceinfo. Avec neuf autres présidents d'universités françaises, il signe une tribune, publiée mercredi 25 novembre, dénonçant "une véritable bombe à retardement sociale et humaine", dans les facs. "Nous en appelons à l'intelligence de nos dirigeants, qui, eux ou leurs successeurs, auront à payer une très lourde addition morale, psychologique et économique", souligne Michel Deneken.

franceinfo : Qu'est-ce qui vous fait dire que nous sommes face à "une bombe à retardement sociale et humaine" ?

Michel Deneken : Si on ne déconfine [les facs] qu'à la mi-février, cela fera un an qu'un certain nombre d'étudiants n'auront connu qu'une université qui enseigne dans des conditions dégradées. Parce que quoi qu'on en dise, le télé-enseignement, si c'est une bonne roue de secours, cela ne remplacera jamais le présentiel. Et dans la période de déconfinement, les universités, qui acceptent la critique, ont été exemplaires dans le respect des mesures sanitaires. Donc, nous n'avons jamais compris pourquoi un certain nombre d'hommes politiques, sur leurs comptes Twitter, avaient dit que les universités étaient les foyers de contamination alors que le virus rentre dans les universités mais il en sort peut-être moins.

Vous êtes prêts à mettre en place un protocole sanitaire plus strict pour éviter les images d'amphis bondés qu'on a pu voir il y a quelques mois ?

Ce sont des images qui ont été utilisées dans les médias par malveillance, parce que dans 99% des cas, je peux en témoigner pour en avoir fait le tour, on respectait de manière drastique les mesures. Et d'ailleurs, je salue les étudiants qui, malgré l'insouciance de la jeunesse, ont été extrêmement sérieux. Ils en ont marre de ne pas avoir de profs. Leur grande crainte était justement de revenir dans une chambre d'étudiant, dans la solitude et la détresse morale. Et ce qui nous inquiète beaucoup aussi et qu'on sous-estime complètement, c'est la détresse morale de beaucoup d'étudiants et pas forcément des petits nouveaux. Même des étudiants aguerris sont fatigués. Et nous manquons de psys. Tous les indicateurs au niveau national et international sont au rouge pour la santé mentale. Je crois qu'à terme, ça tuera plus que le virus.

Vous demandez à ce qu'on aligne les universités sur les lycées qui, eux, pourront accueillir à nouveau tout le monde autour du 20 janvier, si la situation sanitaire le permet ?

Oui, nous n'avons jamais compris pourquoi les CPGE, les classes préparatoires aux grandes écoles, ou les BTS, avaient le droit d'être [en présentiel], comme par hasard, dans des lycées où souvent les mesures ne sont pas plus drastiques que chez nous, et où même parfois les salles de classes sont plus petites. On n'a jamais compris cette différence. Je n'ose pas croire que la République considère que les jeunes de prépas valent plus que nos étudiants. Encore une fois, nous en appelons à l'intelligence de nos dirigeants, qui, eux ou leurs successeurs, auront à payer une très lourde addition morale, psychologique et économique.

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