Covid-19 : fermer les frontières, comme l'a décidé l'Allemagne, est-ce vraiment efficace ?

L'Allemagne a fermé dimanche certaines de ses frontières, avec la République tchèque et la région du Tyrol en Autriche. Une mesure qui suscite des critiques de l'Union européenne.

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Des véhicules à la frontière entre la France et l'Allemagne, à Breisach (Allemagne), le 22 décembre 2020. (PHILIPP VON DITFURTH / DPA / AFP)

Pour faire face aux différents variants du Sars-CoV-2, l'Allemagne a fermé certaines de ses frontières dimanche 14 février. Sont concernées celles avec la République tchèque et le Tyrol autrichien. Si Berlin est favorable à une Europe sans frontières, "il y a un moment lors d'une pandémie où il faut prendre de telles décisions pour préserver la santé publique", a fait valoir le ministre de la Santé allemand, Jens Spahn, dans le quotidien Sueddeutsche Zeitung (article payant, en allemand). La mesure a aussitôt été vivement critiquée au sein de l'Union européenne.

"La Commission européenne est préoccupée par les récentes décision unilatérales" en matière de frontières, a ainsi réagi le commissaire à la justice Didier Reynders. "Le virus ne se laissera pas arrêter par des frontières fermées", a de son côté estimé la commissaire européenne à la santé Stella Kyriakides dans le quotidien allemand Augsburger Allgemeine. Dans quelle mesure, la fermeture des frontières est-elle efficace pour endiguer la pandémie ?

Une mesure contre-productive ?

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, de nombreux pays ont pris cette décision temporaire pour tenter de contrôler la circulation du virus sur leur territoire. En France, le gouvernement a d'abord écarté cette hypothèse, avant de fermer une partie de ses frontières au mois de mars 2020. Pourtant, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait indiqué, dès le début de l'année 2020, qu'elle considérait ce type de mesure inefficace. 

"Il a été dit et réitéré très clairement que les restrictions aux voyages et au commerce ne sont pas recommandées par l'Organisation mondiale de la santé", tranchait, dès le 31 janvier 2020, Christian Lindmeier, porte-parole de l'OMS. 

"La seule façon de contrôler qui passe par les frontières et de surveiller s'ils présentent des signes d'infection, c'est en les faisant passer par des points de passage officiels."

Christian Lindmeier

Selon le porte-parole de l'OMS, il est "important" de laisser les frontières ouvertes car tout franchissement illégal pourrait augmenter le risque de propagation du virus.

Une décision trop tardive

Mais si les frontières ne bloquent pas les virus, des scientifiques ont démontré que leurs fermetures n'étaient pas totalement sans effet. "Les modèles épidémiologiques estiment que les restrictions de voyage fonctionnent au début d'une pandémie, mais deviennent de moins en moins efficaces au fil du temps", ont ainsi estimé les auteurs d'un article publié dans la revue Nature (en anglais), le 22 janvier, repéré par Le Figaro (article payant). Les restrictions aux frontières seraient même la mesure la plus efficace après l'interdiction des rassemblements et la fermeture des structures éducatives, d'après une autre étude publiée, le 4 décembre, dans la même revue (PDF, en anglais).

En février 2021, nous ne sommes plus au début de la pandémie de Covid-19. Mais l'émergence des variants dits britannique, sud-africain et brésilien rebat les cartes, remettant sur la table l'éventuelle pertinence de la fermeture des frontières pour les freiner. L'épidémiologiste Pascal Crépey estime auprès de France Télévisions qu'il n'est peut-être pas trop tard : "Il y a déjà deux variants qui circulent sur le territoire, le variant britannique et certainement sud-africain. (...) Donc il est peut-être encore temps d'empêcher ou ralentir son arrivée sur notre territoire." Néanmoins, la fermeture des frontières se confronte à de nombreuses limites.

"Si le virus circule déjà, ça ne sert plus à rien de fermer les frontières. Ce qui va contrôler la dynamique de l'épidémie, c'est le comportement des gens sur le territoire et pas les arrivées de personnes."

Pascal Crépey

Par ailleurs, "là, les travailleurs frontaliers continuent à passer largement. Donc, quelque part, c'est presque plus psychologique qu'autre chose en particulier si cela s'appliquait chez nous [en France] où les variants sont déjà présents sur le territoire", a relevé sur franceinfo, lundi, l'infectiologue Christian Rabaud. Ainsi, la fermeture des frontières avec le Royaume-Uni n'a pas empêché l'arrivée du variant dit britannique sur le territoire français.

>> Covid-19 : ce que l'on sait de la situation à Dunkerque, où la circulation du virus et du variant identifié en Angleterre s'accélère

"Sur le plan sanitaire, [la fermeture des frontières] ne pourrait avoir un impact que si c'était une mesure parfaitement étanche, or c'est impossible et donc forcément inefficace", déclarait déjà à franceinfo, en février 2020, Anne-Claude Crémieux, médecin infectiologue à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. Or l'étanchéité stricte, avec l'Allemagne, a déjà été écartée par le gouvernement français. Clément Beaune, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, a indiqué sur franceinfo, lundi, qu'il souhaitait "une concertation" avec Berlin et "éviter une fermeture de frontières""Si l'Allemagne devait restreindre encore la circulation, je souhaiterais que l'on définisse ensemble les exceptions les plus larges possible, a-t-il déclaré. Nous avons deux préoccupations majeures : le transport routier et les travailleurs frontaliers. Pour ces personnes-là, c'est une question de capacité à travailler et à mener leur vie."

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