Coronavirus : Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède… Comment les pays du nord de l'Europe font-ils face à l'épidémie ?

Si certains Etats ont adopté des mesures de confinement similaires à la France, d'autres appliquent des doctrines plus souples.

Au sol, un large autocollant indique la distance minimale d\'1,5 m à respecter avec les autres pour se protéger du coronavirus, dans la gare principale d\'Amsterdam (Pays-Bas), le 29 mars 2020.
Au sol, un large autocollant indique la distance minimale d'1,5 m à respecter avec les autres pour se protéger du coronavirus, dans la gare principale d'Amsterdam (Pays-Bas), le 29 mars 2020. (EVERT ELZINGA / AFP)

Les pays du Nord sont-ils des modèles à suivre en matière de lutte contre l'épidémie de coronavirus ? A l'exception notable de la Suède, beaucoup ont adopté des mesures de confinement, plus ou moins strictes.

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Même les Pays-Bas pourraient prendre leurs distances avec sa stratégie de "l'immunité collective" (qui consiste à attendre que la population soit majoritairement contaminée et donc immunisée), si le nombre de cas croît trop fortement. Quant au Royaume-Uni, il a entamé un spectaculaire revirement sur le sujet. Passage en revue des stratégies adoptées par nos voisins septentrionaux.

Aux Pays-Bas : les écoles, bars et restaurants sont fermés

Le cap des 10 000 cas recensés a été franchi aux Pays-Bas. Le pays compte 11 750 personnes testées positives et 864 morts enregistrés, selon l'Institut néerlandais pour la santé publique et l'environnement (en anglais). La ligne officielle du pays a d'abord été, comme expliqué dans ce reportage de France 2, de favoriser le développement d'une immunité collective, plutôt que de confiner la population.

Pour l'instant, aucune interdiction de circuler n'a été décidée, mais les écoles, bars, restaurants, maisons closes et coffee shops sont fermés depuis le 16 mars. Depuis le 24 mars, les casinos ont fermé à leur tour. Les examens centraux de fin d'études, équivalent des épreuves du baccalauréat français, ont été annulés. Les lieux accueillant du public sont également fermés.

Tous les rassemblements publics et événements qui nécessitent une permission des autorités sont interdits jusqu'au 1er juin, à l'exception des mariages et funérailles à l'église. Enfin, les magasins et les services de transport public ont dû prendre des mesures pour que les usagers et clients respectent une distance de 1,5 mètre, sous peine d'amende. Si ce n'est pas suffisant, le Premier ministre Mark Rutte a averti qu'un confinement total de la population serait la prochaine étape. De nouvelles annonces sont attendues mardi 31 mars.

En Belgique : les déplacements limités à "l'essentiel"

En Belgique, le bilan de la pandémie a franchi le cap des 500 morts (513, lundi 30 mars, selon l'université Johns-Hopkins), pour près de 12 000 cas confirmés, selon les autorités sanitaires. En vigueur depuis le 18 mars, le confinement a été prolongé de deux semaines, jusqu'au dimanche 19 avril, avec un possible renouvellement jusqu'au 3 mai. La Première ministre Sophie Wilmès a confirmé, vendredi, que le télétravail devait être la norme dans le pays, et que tout déplacement "non essentiel" était proscrit, à l'intérieur du territoire comme au-delà des frontières. 

Depuis le 14 mars, écoles, cafés, restaurants et discothèques étaient déjà contraints de garder portes closes. Seules les crèches ont pu rester ouvertes. Outre les courses alimentaires ou à la pharmacie, restent autorisées les activités sportives et promenades en plein air, mais en groupe restreint, avec un ami ou avec les membres de sa famille vivant sous le même toit.

Marque de l'humour belge ? Pour inciter la population à se calfeutrer à Bruxelles dans une (relative) bonne humeur, la police diffusait une chanson de Claude François en patrouillant dans les rues : "Reste à la maison, même s'il y a le printemps qui chante…"

Allemagne : "les rassemblements de plus de deux personnes interdits"

Le pays a pris des mesures de confinement strictes. Angela Merkel a annoncé le 22 mars que "les rassemblements de plus de deux personnes dans l'espace public" seraient interdits en Allemagne pendant "au moins deux semaines". "Une distance minimale d'un mètre et demi devra être respectée en public", a ajouté la chancelière. Berlin a aussi décidé de fermer les écoles et les magasins, à l'exception des supermarchés et des restaurants fournissant des plats à emporter.

Le pays y joint une stratégie de dépistages massifs, similaire à celle de la Corée du Sud. Il multiplie les tests – entre 300 000 et 500 000 par semaine – et il place les malades en quarantaine pour empêcher une saturation de ses hôpitaux, où le personnel manque. Le gouvernement allemand étudie aussi la possibilité de suivre les endroits où se trouvent des personnes testées positives en employant la géolocalisation, comme en Corée du Sud. Avec 545 morts pour 63 079 cas recensés de contamination, selon l'université Johns-Hopkins, l'Allemagne affichait toujours, lundi 30 mars, un des taux de létalité du Covid-19 les plus bas en Europe

Le Royaume-Uni : la stratégie de l'"immunité collective" mise de côté

Un tournant remarqué. Il y a une semaine, Londres a rompu avec la théorie de "l'immunité collective" prônée au début de l'épidémie par le Premier ministre Boris Johnson, qui a, depuis, été contaminé. Le gouvernement a décrété, lundi 23 mars, un confinement général de la population pour au moins trois semaines, afin de tenter de freiner la propagation de l'épidémie. Celle-ci a déjà fait 1 228 morts et officiellement contaminé 19 522 personnes au Royaume-Uni, selon le bilan de l'université Johns-Hopkins.

Seuls les commerces de biens essentiels sont ouverts, et les Britanniques ne sont autorisés à sortir que pour faire leurs courses, se faire soigner ou faire de l'exercice une fois par jour. Dans une vidéo postée dimanche soir sur son compte Twitter, le Premier ministre Boris Johnson a remercié la population de se conformer à ces directives, en constatant que la fréquentation des trains et des bus avait chuté. Le Royaume-Uni veut aussi fortement augmenter la cadence des dépistages et tester jusqu'à 25 000 personnes par jour dans les prochaines semaines. L'épidémiologiste de l'Imperial College London Neil Ferguson, qui conseille le gouvernement, juge que le confinement devrait rester en place "probablement jusqu'à la fin mai, peut-être même début juin". 

Le Danemark : un confinement jusqu'au 13 avril

Le Danemark a prolongé jusqu'au 13 avril les mesures de confinement imposées le 11 mars sur le tout le territoire afin de lutter contre la diffusion du coronavirus. Ecoles, universités et crèches ont été fermées, tout comme les frontières, la plupart des commerces, les cafés et les restaurants. Les rassemblements de plus de dix personnes sont interdits. Le royaume scandinave de 5,8 millions d'habitants comptait 2 733 cas officiellement identifiés et 77 personnes mortes depuis le début de la pandémie.

La Suède : tout reste ouvert ou presque

Contraste saisissant avec le voisin danois : en Suède, tout reste ouvert ou presque. Ecoles, cafés et restaurants sont ouverts et les enfants encouragés à poursuivre leurs activités sportives. Stockholm a toutefois interdit, vendredi 27 mars, les rassemblements de plus de 50 personnes, après avoir interdit ceux de plus de 500.

Pour le reste, le gouvernement suédois se contente surtout de recommandations. Il appelle les citoyens à "prendre leurs responsabilités", à télétravailler si c'est possible, rester à la maison quand on est malade, pratiquer la distanciation sociale et ne pas sortir si on appartient à un groupe à risque ou qu'on a plus de 70 ans. A en croire les interviews diffusées par la BBC (en anglais), la mesure serait plutôt approuvée par la population. "Je pense que nous sortirons aussi longtemps que nous le pourrons", dit une jeune femme interrogée par la télévision publique britannique. En attendant, le pays compte 4 028 cas identifiés et 146 morts liées au Covid-19, lundi 30 mars, selon l'université Johns-Hopkins.

La Norvège : écoles fermées et interdiction de rejoindre sa résidence secondaire

La Norvège a annoncé, mardi 24 mars, l'extension jusqu'au 13 avril au moins des mesures, présentées par le gouvernement comme étant "les plus vigoureuses et les plus intrusives que nous ayons eues en Norvège en temps de paix". Les crèches, écoles et universités resteront fermées, de même que les bars et les restaurants. Les événements sportifs et culturels demeurent interdits.

Restent aussi en vigueur les contrôles frontaliers, l'interdiction d'entrée sur le territoire pour les personnes dépourvues d'un titre de séjour, celle de se rendre dans sa résidence secondaire, ainsi que la fermeture de lieux comme les piscines publiques, salles de gym et salons de coiffure. De nouvelles consignes ont été émises : limiter à cinq personnes les regroupements en plein air et respecter une distance minimale de deux mètres entre individus dans les espaces confinés (sauf membres d'une même famille ou d'un même foyer).

Le pays a mis en place un système de confinement assez souple, dans lequel les cas suspects ou positifs ne requérant pas d'hospitalisation doivent rester chez eux, mais le reste de la population peut encore sortir assez librement, les autorités invitant toutefois à limiter les contacts sociaux. Toute violation des règles relatives à l'isolement ou à la quarantaine est passible d'une amende de 20 000 couronnes (1 650 euros). Le pays compte actuellement 4 393 personnes testées positives au Covid-19 et 31 morts, selon les données de l'université Johns-Hopkins disponibles lundi 30 mars.