Coronavirus : pourquoi le bilan de l'épidémie de Covid-19 au Royaume-Uni ne cesse d'augmenter

Le coronavirus a fait près de 10 000 morts outre-Manche, selon le dernier bilan rendu public samedi. Et la situation pourrait s'aggraver dans les prochaines semaines.

Une soignante prend en charge un patient à l\'intérieur de l\'hôpital Saint Thomas à Londres, au Royaume-Uni, le 1er avril 2020.
Une soignante prend en charge un patient à l'intérieur de l'hôpital Saint Thomas à Londres, au Royaume-Uni, le 1er avril 2020. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

De sombres perspectives. Le Royaume-Uni a de nouveau enregistré en 24 heures plus de 900 décès (917) liés au coronavirus, selon les chiffres dévoilés samedi 11 avril, portant le bilan de l'épidémie dans les hôpitaux du pays à près de 10 000 morts (9 875). Les autorités dénombrent par ailleurs près de 80 000 cas avérés de Covid-19. Manque de lits d'hôpitaux et de matériel, confinement mis en place tardivement... Franceinfo liste les facteurs expliquant que la crise sanitaire ne cesse de s'aggraver outre-Manche.

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Parce que le gouvernement a mis en place le confinement tardivement

Jusqu'à la mi-mars, la stratégie de Boris Johnson pour lutter contre le coronavirus reposait sur le principe de l'immunité collective. Selon ce principe, on peut enrayer la propagation d'une maladie contagieuse dans une population, à partir du moment où la majorité de cette population est immunisée. "On va laisser circuler l'agent infectieux jusqu'à ce qu'un certain pourcentage de la population tombe malade, et développe ensuite des anticorps", précise à franceinfo Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue au service de maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Patrick Vallance, conseiller scientifique du gouvernement, avait assuré à la mi-mars qu'il faudrait que 60% de la population britannique soit atteinte par le Covid-19 pour développer une telle immunité. Contrairement à la plupart des dirigeants européens, Boris Johnson n'a donc pas immédiatement mis en place de restrictions de déplacement ou d'ouverture des lieux publics. Il n'a donné que deux conseils le 15 mars dernier : se laver les mains régulièrement et s'isoler pendant sept jours en cas de symptômes.

Mais une étude de l'Imperial College de Londres a bouleversé sa stratégie, comme l'explique Le Parisien. Selon les chercheurs, la politique basée sur le principe de l'immunité collective se traduirait par 250 000 morts dus au coronavirus. Avec des mesures de distanciation sociale, le bilan de l'épidémie serait ramené sous la barre des 20 000 décès.

Face à ces chiffres inquiétants, l'exécutif a finalement décidé de mettre en place un confinement généralisé au Royaume-Uni, à partir du 23 mars. Une décision trop tardive, selon Richard Horton, rédacteur en chef de la revue scientifique The Lancet. "Les meilleurs scientifiques britanniques savaient dès les premiers signalements en Chine que le Covid-19 était une maladie mortelle. Et pourtant, [les autorités] ont pris des mesures insuffisantes et trop tard, assure-t-il au Guardian*Nous avons perdu un temps précieux. Il y aura des morts que l'on aurait pu éviter. Le système a échoué."

Parce que que les hôpitaux ne disposent pas d'assez de lits

Alors que Boris Johnson amorçait son changement de stratégie, les hôpitaux britanniques commençaient à être submergés par le nombre de patients atteints de Covid-19. Le service de soins intensifs d'un établissement du nord de Londres s'est ainsi retrouvé au maximum de ses capacités d'accueil pendant près de 24 heures, fin mars, rapporte le Financial Times*. Et les hôpitaux britanniques pourraient manquer de lits en réanimation d'ici la mi-avril, si le nombre de cas augmente au même rythme qu'en Italie ou en Espagne, indique le Guardian*.

Selon une étude de l'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l'université de Washington, aux Etats-Unis, le manque de lits pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le nombre de morts au Royaume-Uni. Si l'on se fie à cette modélisation, la demande totale de lits d'hôpitaux dans le pays approcherait les 103 000, contre 17 765 lits actuellement disponibles, rapporte CNN*. Les scientifiques concluent également que le bilan de l'épidémie au Royaume-Uni pourrait dépasser la barre des 60 000 morts.

Plusieurs scientifiques britanniques ont contesté ces chiffres, bien supérieurs à ceux de l'Imperial College de Londres, note CNN. Mais la question du nombre de lits reste préoccupante. Le New York Times* rappelle que le Royaume-Uni a le deuxième plus bas taux de lit d'hôpital par habitant en Europe, derrière la Suède, comme le montre ce graphique de franceinfo. Des années de restrictions budgétaires ont réduit drastiquement les capacités d'accueil des hôpitaux, qui doivent désormais faire face à un important afflux de patients dans un état grave.

Les autorités ont toutefois déployé d'importants efforts pour répondre à cette problématique. "Londres bénéficiera bientôt de 7 500 lits pour soins intensifs, contre seulement 275 au début du mois de mars", rapporte La CroixLe NHS compte par ailleurs libérer 30 000 lits supplémentaires en annulant les opérations non essentielles et en transférant les patients âgés guéris. Un hôpital de campagne de 4 000 lits a par ailleurs été installé dans la capitale, alors que 700 militaires et 7 500 anciens employés du NHS ont été mobilisés pour aider les soignants.

Parce que les soignants manquent de matériel de protection et de tests

Les hôpitaux britanniques ne doivent pas uniquement faire face à un manque de lits. Masques, lunettes, blouses... De nombreux soignants britanniques se sont inquiétés du manque de matériel de protection alors qu'ils prennent en charge les patients atteints de coronavirus. "Des médecins ont dû se rendre dans des magasins de bricolage pour acheter eux-mêmes des masques", pointe ainsi la revue The Lancet*, qui reproche au NHS de n'avoir été "absolument pas préparée pour cette pandémie".

Le Guardianpointe également un manque de kits de diagnostic pour tester patients et soignants. Le Royaume-Uni tente d'augmenter ses stocks, mais il est loin d'être le seul : la demande mondiale a explosé au fil des dernières semaines. Le pays "peine désormais à accroître le nombre de 25 000 tests quotidiens pour les patients et les soignants, et d'autant plus à atteindre son objectif de 100 000 par jour", souligne le quotidien britannique.

Mardi 31 mars, l'Association des médecins britanniques a encore averti que les soignants "se mettaient en danger" du fait du manque de matériel de protection, rapporte le Financial Times*. Selon des chiffres du Royal College of Physicians*, un médecin britannique sur quatre ne travaillait pas fin mars, parce qu'il était malade ou en quarantaine.

Les autorités sanitaires, sous le feu des critiques, assurent pourtant avoir "suffisamment de matériel de protection". "Nous reconnaissons qu'il y a eu des problèmes de distribution au départ, alors que nous répondions à la nouvelle demande causée par l'épidémie", a assuré une porte-parole du NHS au Financial Times. Mais, selon cette responsable, l'exécutif fait tout le nécessaire pour que les soignants aient "le matériel dont ils ont besoin". Ils ont également passé une commande de respirateurs, pour répondre à la demande croissante des services de réanimation.

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