Coronavirus : pourquoi l'Insee ne comptabilise-t-il pas les décès dans les Bouches-du-Rhône ?

Depuis le début de l'épidémie, l'Insee a pris la décision de publier de façon exceptionnelle et de manière hebdomadaire le nombre de décès par départements. L'un d'entre eux manque à l'appel : les Bouches-du-Rhône. 

Un pompier procure des soins à un homme suspecté d\'avoir le coronavirus, le 6 avril 2020, à Marseille. 
Un pompier procure des soins à un homme suspecté d'avoir le coronavirus, le 6 avril 2020, à Marseille.  (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

"L'Insee a décidé de diffuser temporairement à un rythme hebdomadaire, le nombre de décès enregistrés dans chaque département, afin de contribuer en toute transparence à la mise à disposition de données pendant la pandémie de Covid-19", a annoncé, vendredi 27 mars, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Le principe : comparer l'évolution de la mortalité entre 2019 et 2020 et mesurer l'impact de l'épidémie de coronavirus. Les statistiques sont basées sur le Répertoire national d'identification des personnes physiques (RNIPP) qui recense tous les actes d'état civil, mais ne précise pas les causes de décès.

Tous les départements sont renseignés sauf un : les Bouches-du-Rhône. Là où précisément est implanté l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, du professeur Didier Raoult qui prône l'usage de l'hydroxychloroquine dès l'apparition des premiers symptômes du coronavirus. Il n'en fallait pas plus pour que sur les réseaux sociaux, on crie au complot jusque sur certaines antennes nationales. 

Une cyberattaque d'ampleur

La réalité est plus basique : le 14 mars, les sites de la mairie de Marseille, de la métropole et de la commune de Martigues ont été la cible d'une cyberattaque d'envergure. Une enquête a d'ailleurs été ouverte par le parquet de Paris. Cette attaque informatique a eu pour conséquence de paralyser les services de la ville en ligne, mais aussi la communication entre les agents. Surtout, la tenue des registres de l'état civil s'est brutalement arrêtée. Les agents n'ont pas d'autre choix : il faut rentrer ces données à la main. "Le comptage a été fait, le registre des décès a été tenu à jour via un registre papier", explique-t-on à la mairie. 

Par conséquent, la mortalité (mais aussi la natalité) est bien suivie quotidiennement mais manuellement. Elle n'est plus transmise aux partenaires de la mairie de Marseille, comme la préfecture ou l'Insee. C'est pourquoi l'Insee a décidé de ne pas communiquer les chiffres des Bouches-du-Rhône, puisque la cité phocéenne représente environ la moitié des cas des décès du département. Les publier reviendrait à présenter une version tronquée de la réalité. 

Un retour progressif à la normale

Plus de trois semaines après cette cyberattaque, la ville de Marseille a pu récupérer certains de ses services, notamment en "rétablissant le contact avec les Marseillais" via le service "Allô Mairie". Depuis plusieurs jours, la mairie envoie de nouveau certaines données à l'Insee. "Ils reçoivent petit à petit les informations enregistrées sur les registres papiers", explique-t-on.

Une information confirmée par l'antenne de l'Insee dans les Bouches-du-Rhône. "Depuis la semaine dernière, les données recommencent à arriver au service démographie, mais il faut du temps pour tout réintégrer", assure l'institut. Impossible d'obtenir une date précise sur la communication de la mortalité dans les Bouches-du-Rhône. "Dès que ce sera possible, on diffusera ces données", promet-on à l'Insee. La restauration totale du système informatique de la mairie de Marseille, qui se fait en collaboration avec L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), est elle aussi prévue "prochainement".

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