Coronavirus : où en est la course au vaccin ?

Franceinfo fait le tour des principaux candidats, déjà évalués dans des essais cliniques sur l'homme.

Un technicien de laboratoire prépare des réservoirs en acier inoxydable pour accueillir les préparations vaccinales, au centre mondial de distribution de Sanofi à Val-de-Reuil (Eure), le 10 juillet 2020.
Un technicien de laboratoire prépare des réservoirs en acier inoxydable pour accueillir les préparations vaccinales, au centre mondial de distribution de Sanofi à Val-de-Reuil (Eure), le 10 juillet 2020. (JOEL SAGET / AFP)

Prudence est mère de sûreté. L'Organisation mondiale de la santé a plaidé, mardi 4 août, pour le respect des protocoles et réglementations en vigueur dans le développement d'un vaccin contre le Covid-19, après que la Russie eut promis des "millions" de vaccins dès début 2021"Tout vaccin et tout médicament à cette fin doivent, bien sûr, être soumis à tous les différents essais et tests avant d'être homologués pour leur déploiement", a souligné le porte-parole de l'institution.

Dans cette course, quels sont aujourd'hui les concurrents majeurs ? Franceinfo fait le point sur les laboratoires en lice et les principaux candidats vaccins, déjà évalués dans des essais cliniques sur l'homme.

Moderna

En quoi consiste ce vaccin ? Baptisé mRNA-1273, le vaccin développé par la société américaine est particulièrement novateur. Là où un vaccin traditionnel utilise un virus inactivé pour faire réagir le système immunitaire et lui faire produire des anticorps, le vaccin de Moderna injecte une fraction du code génétique du Sars-CoV-2. Cette molécule, appelée ARN messager, est chargée de faire produire au corps une protéine du virus, puis des anticorps qui permettent à la personne vaccinée d'être protégée une fois confrontée au nouveau coronavirus.

Où en est son développement ? mRNA-1273 est l'un des deux vaccins occidentaux, avec celui de l'université d'Oxford/AstraZeneca, à avoir commencé des essais à grande échelle, sur des milliers de participants humains, dits de phase 3. Des résultats publiés le 28 juillet dans The New England Journal of Medicine sont encourageants : le vaccin a déclenché une réponse immunitaire "robuste" et empêché le virus de se répliquer dans les poumons et le nez des singes, rapporte le New York Times (article en anglais).

De quels soutiens bénéficie-t-il ? Le vaccin de Moderna est développé en partenariat avec les Instituts nationaux de santé (NIH) et a bénéficié d'un soutien direct du gouvernement américain, à hauteur de près d'un milliard de dollars.

Biontech et Pfizer/Fosun Pharma

En quoi consistent ces vaccins ? Attention, il y a un piège. Le groupe allemand Biontech s'est associé d'un côté avec le Chinois Fosun Pharma et, de l'autre, avec le géant américain Pfizer pour développer deux vaccins similaires, baptisés respectivement BNT162b1 et BNT162b2. Dans les deux cas, il s'agit, comme pour Moderna, de vaccins dits à ARN messager.

Où en est leur développement ? L'alliance germano-chinoise a annoncé mercredi 5 août le début d'une phase d'essais cliniques pour tester BNT162b1 contre le Covid-19 sur une centaine de personnes en Chine. Biontech et Pfizer ont de leur côté fait état de premiers essais concluants début juillet, après des tests sur 45 personnes. Ce projet est désormais entré, fin juillet, dans une phase d'essais cliniques à grande échelle, dite phase 3, avec 30 000 volontaires de 18 à 35 ans. Le but des laboratoires est de "fabriquer 100 millions de doses avant la fin de l'année 2020" et "potentiellement plus de 1,3 milliard de doses avant la fin de 2021".

De quels soutiens bénéficient-ils ? Ce projet suscite la convoitise de nombreux gouvernements. Fin juillet, Tokyo a annoncé avoir conclu un accord avec les laboratoires pour s'assurer 120 millions de doses de ce vaccin "dès la première moitié de 2021", sous condition "d'une approbation réglementaire" et "d'essais cliniques concluants". Le Japon imite ainsi le gouvernement américain, qui a conclu un accord de 1,95 milliard de dollars pour 100 millions de doses. Londres a de son côté précommandé 30 millions de doses auprès de l'alliance germano-américaine.

Université d'Oxford/AstraZeneca

En quoi consiste ce vaccin ? Répondant au nom d'AZD1222/ChAdOx1 nCoV-19, le vaccin élaboré par la société anglo-suédoise AstraZeneca et l'université d'Oxford est dit "à vecteur viral". Il utilise comme support un autre virus, en l'occurrence un adénovirus (famille de virus très courants) de chimpanzé, qui a été génétiquement modifié pour produire la protéine de pointe (ou "spike") du coronavirus Sars-CoV-2. L'idée étant que le système immunitaire du patient puisse par la suite "reconnaître" le véritable coronavirus s'il est réellement infecté. L'avantage de cette technique réside dans le fait que le virus ainsi modifié ne se réplique pas dans l'organisme, ce qui le rend plus sûr, notamment pour les patients fragiles.

Où en est son développement ? Le vaccin a produit une réponse immunitaire importante et démontré sa sûreté pour les patients lors d'essais cliniques de phases préliminaires. Son efficacité doit maintenant être établie dans un essai de phase 3, sur un nombre de participants plus important, avant d'envisager une commercialisation à grande échelle. Invité de la radio RTL le 21 juillet, le patron d'AstraZeneca a déclaré espérer livrer son vaccin d'ici à "la fin de l'année" si les tests étaient concluants.

De quels soutiens bénéficie-t-il ? AstraZeneca a signé un contrat à 1,2 milliard de dollars avec l'autorité pour la recherche-développement avancée dans le domaine biomédical (Barda) du gouvernement américain, qui prévoit notamment la livraison de 300 millions de doses à prix coûtant. L'Union européenne a signé un contrat similaire en juin.

Sinopharm et Sinovac

En quoi consistent ces vaccins ? Il s'agit de deux candidats vaccins développés par les entreprises chinoises Sinopharm et Sinovac. La première est une compagnie pharmaceutique étatique et l'autre est privée. Les deux misent sur un type de vaccin plus traditionnel que ceux présentés ci-dessus : le vaccin inactivé. La technique repose sur l'injection du virus inerte, qui a perdu tout son pouvoir infectant après un procédé physico-chimique. Les vaccins contre la rougeole et la rubéole ont par exemple été développés avec cette technique.

Où en est leur développement ? Les deux candidats vaccins chinois sont entrés dans la phase 3 des essais cliniques depuis la mi-juillet. Après avoir constaté que le vaccin était sûr et provoquait une réponse immunitaire, le laboratoire Sinopharm a lancé une campagne de test aux Emirats arabes unis, avec pour objectif d'enrôler 15 000 personnes dans cet essai. La société négocie actuellement avec le Brésil pour lancer une autre campagne de tests dans l'Etat du Parana, dans le sud du pays. Elle espère une mise sur le marché fin 2020-début 2021.

Sinovac a annoncé en juin que la phase I/II de l'essai clinique de son candidat vaccin, réalisée sur 743 volontaires, révélait le développement d'une réponse immunitaire sans effets indésirables graves. La société a depuis signé un partenariat avec l'institut de recherche brésilien Butantan afin de poursuivre ses essais sur 9 000 professionnels de santé au Brésil. La société investit en parallèle dans des infrastructures lui permettant de fabriquer jusqu'à 100 millions de doses de vaccin par an.

De quels soutiens bénéficient-ils ? En plus du pouvoir central de Pékin, Sinopharm est soutenue par les Emirats arabes unis. Lors du lancement de la phase 3 à Abou Dabi, le ministre de la Santé émirati a été le premier volontaire à recevoir une injection. Il a par ailleurs annoncé qu'il assurerait la protection des équipes en charge des tests. Via son accord signé avec l'institut Butantan, Sinovac s'assure, elle, un financement par l'Etat de Sao Paulo de 16 millions de dollars. L'Etat brésilien recevra en échange des doses pour vacciner 60 millions de personnes.

 Pas de candidat vaccin français ?

Plusieurs candidats vaccins sont développés en France, mais aucun n'a encore passé le cap de la phase 3 des essais cliniques. Le laboratoire français Sanofi planche sur deux vaccins : l'un à ARN messager développé en partenariat avec la société américaine Translate Bio et le second à base de protéine recombinante, élaboré avec le laboratoire britannique GSK. Les deux vaccins sont encore en phase pré-clinique et les essais de phase I devraient débuter dans les prochains mois.

La biotech nantaise Valneva travaille, elle, sur un vaccin candidat à virus inactivé nommé VLA2001, qui devrait entrer en phase clinique à la fin de l'année, pour une mise à disposition d'ici à mi-2021.