Coronavirus : la téléconsultation est une "consultation dégradée" qui nécessite que le médecin connaisse son patient

Le docteur Jean-Christophe Calmes, vice-président de la Fédération française des médecins généralistes, considère que la téléconsultation peut être utile pour "apprécier si le malade a besoin, ou non, d'une intervention".

Téléconsultation (illustration).
Téléconsultation (illustration). (ARIEL SKELLEY / DIGITAL VISION)

Le docteur Jean-Christophe Calmes, médecin à Frontignan (Hérault) et vice-président du syndicat MG France, Fédération française des médecins généralistes, critique mercredi 11 mars sur franceinfo le recours à la téléconsultation prônée par le ministre de la Santé, Olivier Véran, en raison de l'épidémie de coronavirus. C'est une "consultation dégradée", dit-il car "ça sous-entend qu'on connaît le patient" Il dénonce par ailleurs "un vrai problème d'organisation" dans la gestion de stocks de masques et de gels hydroalcooliques en France. "Ces stocks partent très très vite, alors on essaie de rationner, de les donner aux gens qui en ont le plus besoin".

franceinfo : Pour protéger les patients, le gouvernement propose de mettre l'accent sur le télétravail et le favorise, d'ailleurs. C'est un bon outil ?

Jean-Christophe Calmes : C'est un outil potentiellement utile, pour faire de la régulation, c'est-à-dire apprécier si le malade a besoin, ou non, d'une intervention. C'est important aussi pour protéger les patients, moi je m'en sers surtout pour ça. Je ne m'en sers pas tellement pour l'épidémie de Covid, où les gens m'appellent directement, restent fidèles à leur téléphone. Je m'en sers avec mes patients chroniques, les patients qui ont des cancers, qui sont en chimiothérapie, les patients immunodéprimés, c'est-à-dire avec des défenses immunitaires faibles. Lorsque je peux le faire et que leur état le permet, je les consulte en téléconsultation. Mais la téléconsultation reste une consultation dégradée. Ça sous-entend qu'on connaît le patient, c'est pour ça qu'on insiste sur le rôle du médecin traitant.

Pourquoi consulter son médecin traitant seulement ?

Une téléconsultation avec un médecin traitant, c'est avec un médecin qui connaît bien son patient et qui va être à même de déceler très rapidement, dans sa façon de parler, dans son aspect, que ça ne va pas. Ça me paraît beaucoup plus difficile avec un patient qui ne connaît pas du tout le médecin. Je ne vois pas comment je pourrais faire la différence chez un patient tousseur avec une toux banale très simple et une pneumonie en cours de constitution. Il n'y a pas d'outil suffisant pour répondre à cette épidémie, il y a une multitude d'outils. La téléconsultation fait probablement partie de ces outils, mais dans un cadre assez restreint finalement, qui est celui d'une éventuelle régulation, et surtout celui de la prise en charge des patients qui posent problème à domicile, qui ne sont pas forcément atteints de coronavirus.

Tous les patients, tous les médecins, pourront-ils s'adapter à la téléconsultation ?

C'est un outil technique, qui sous-entend qu'on a un accès Internet et un ordinateur, et qu'on sait s'en servir. Évidemment, la téléconsultation va être mission impossible pour beaucoup de patients, le rôle du médecin ça va être de s'adapter à cela, d'aller voir tous ses patients qui ne peuvent pas se déplacer et ne se sentent pas bien.

La téléconsultation, pour des patients de plus de 85 ans, va rester à mon avis anecdotique.Jean-Christophe Calmes, médecin à Frontignanà franceinfo

C'est un outil qui est essentiellement diffusé chez les gens entre 20 et 60 ans. Ce n'est pas très utilisé au-delà.

Où en sont vos stocks de masques et de gels hydroalcooliques ?

On a les mêmes problèmes que tous les médecins de France : nous avions des stocks personnels avant que l'épidémie débute, ces stocks sont aujourd'hui épuisés. Nous avons été ravitaillés par les stocks gouvernementaux qui nous ont été distribués, mais en quantités très insuffisantes. Sur la ville, on s'est organisés, on les a répartis entre tous les soignants, puisqu'il n'y a pas que les médecins qui sont concernés. Aujourd'hui, on a une dizaine de masques par personne, ce qui est très largement insuffisant. Il y a un vrai problème d'organisation. Ces stocks partent très très vite, alors on essaie de rationner, de les donner aux gens qui en ont le plus besoin. Ces gens sont essentiellement les médecins traitants, mais aussi les laboratoires d'analyses médicales qui font les prélèvements, et qui sont donc des gens particulièrement à risque. Il y a aussi des patients fragiles qu'il faut protéger, des patients immunodéprimés qui se déplacent, qui nous demandent des masques. On les réserve évidemment aux patients les plus graves, mais ça pose un vrai problème sur le territoire.