Coronavirus : comment le ministère de la Santé comptabilise-t-il les morts liées à l'épidémie ?

A l'heure actuelle, seuls les patients testés positifs au Covid-19 et décédés à l'hôpital sont recensés.

Le chemin d\'un \"reposoir\" indiqué à l\'hôpital de Grasse (Alpes-Maritimes), le 23 mars 2020. 
Le chemin d'un "reposoir" indiqué à l'hôpital de Grasse (Alpes-Maritimes), le 23 mars 2020.  (FREDERIC DIDES / HANS LUCAS)

Des chiffres sinistres, attendus chaque soir. Selon le dernier bilan établi par le ministère de la Santé, mardi 24 mars, l'épidémie de coronavirus a déjà tué 1 100 personnes en France. Mais comment ce nombre officiel est-il établi ? 

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"Les morts sont uniquement comptabilisés depuis les centres hospitaliers", explique à franceinfo la direction générale de la santé (DGS), qui dépend du ministère. Depuis vendredi dernier, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, précise d'ailleurs qu'il donne le nombre de morts "en milieu hospitalier", comme il l'a donc fait mardi pour annoncer que la France avait dépassé le seuil des 1 000 morts.

"Des tests post mortem, à discrétion du médecin" 

Comment ce nombre de morts est-il recensé ? "Il y a un test systématique sur les personnes pour lesquelles il y a suspicion", assure la direction générale de la santé. Avant de préciser que ce test peut avoir lieu après la mort du patient, dans certaines circonstances : "Il peut y avoir une urgence hospitalière qui est prise en charge immédiatement, mais où le test n'a pas pu être réalisé auparavant. Dans ce cas-là, le test a lieu post mortem, mais à l'initiative du médecin".

En milieu hospitalier, la consigne est de tester tous les patients présentant les symptômes du Covid-19. Les hôpitaux disposent-ils d'assez de tests ? "On n'a pas de remontées de tension sur ce sujet à l'hôpital, affirme la DGS. Elle précise que "plus de 5 000 tests par jour sont pratiqués [Jérôme Salomon a même parlé d'une capacité de 9 000 tests mardi soir]", mais qu'elle "n'a pas la ventilation" entre le milieu hospitalier, la médecine de ville et les autres établissements médico-sociaux.

Pas de décompte officiel dans les Ehpad

En revanche, il n'y a pas, pour l'instant, de décompte officiel des morts liées au coronavirus dans les Ehpad. "Il y aura sans doute bientôt une information sur le sujet", affirme la direction générale de la santé. Car les témoignages alarmants se multiplient ces derniers jours. A Cornimont, dans les Vosges, au moins 20 résidents de l'Ehpad du Couaroge sont morts des suites de l'épidémie, comme cela a été confirmé dimanche. D'autres résidents seraient également contaminés. L'AFP faisait état, dès samedi, de 12 morts dans un Ehpad du Doubs, de plusieurs dans l'Hérault et de foyers infectieux dans la Vienne et à Paris, faisant redouter le pire aux professionnels du secteur. 

Impossible d'établir un bilan précis pour le moment : la consigne du ministère de la Santé est de tester les deux premiers malades avec symptômes dans un établissement, les autres étant ensuite présumés contaminés s'ils présentent les signes de la maladie. Au-delà "des deux premiers cas testés, et à partir du moment où la présence du Covid-19 est confirmée, on ne fait plus de tests", confirme à l'AFP Olivier Obrecht, directeur général adjoint de l'Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté. L'ARS d'Ile-de-France précise à franceinfo qu'"on ne peut pas dire si les personnes âgées décédées dans un Ehpad sont réellement mortes de la maladie, puisqu'elles n'ont pas été testées, hormis les deux premières". Mais "la méthode de comptage devrait évoluer d'ici 72 heures" pour être plus fidèle à la réalité, promet-on de même source.

La surmortalité comme véritable indicateur

Ce changement de méthode permettra d'établir des statistiques plus précises et plus exhaustives sur le nombre de personnes tuées par le coronavirus. Parmi les 400 Ehpad de Bourgogne-Franche-Comté, "un certain nombre constatent des personnes présentant des symptômes de type Covid-19", remarque le docteur Olivier Obrecht. Faute de tests généralisés pour l'instant, "le nombre de décès ne sera connu qu'une fois que l'épidémie sera derrière nous", poursuit-il.

Le véritable indicateur, ce sera la surmortalité. "Santé publique France a commencé une surveillance syndromique, comme on le fait pour la grippe, à partir d'un nombre de décès attendus dans une population donnée, sur un temps donné, expose Olivier Obrecht à L'Est républicain. C'est le surplus par rapport à ces estimations qui donnera la vérité sur le nombre de décès pendant la période d'épidémie Covid-19, dans quelques mois, une fois l'épidémie terminée." Le problème se pose également pour les morts à domicile, recensées par les services de l'état civil et qui ne sont pas non plus répertoriés comme étant liés à l'épidémie pour le moment.

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