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Coronavirus : après l'annonce de la suspension des plans hospitaliers, le syndicat national des professionnels infirmiers estime que ce sont "des mots" et attend "les faits"

Selon Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI-CFE-CGC, les personnels soignants "dès novembre-décembre, bien avant l'épidémie" avaient atteint, en terme de manque de moyens, "un point de rupture" .

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Radio France
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"On manque de masques, on manque de lits, on manque de tests, on manque de petit matériel comme des seringues électriques...", énumère Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"La totalité des plans hospitaliers sont évidemment suspendus", a assuré mardi 7 avril le ministre de la Santé. "Il y a eu un avant, il y aura un après pour l’hôpital", a estime Olivier Véran. Le ministre réagissait à la situation du CHRU de Nancy pour lequel le directeur de l'agence régionale de santé a affirmé qu'il n'y avait "pas de raison de remettre en cause" les suppressions de postes prévues.

"Pour l'instant ce sont des mots. On attend les faits", a réagi mardi 7 avril, sur franceinfo, Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC). Il a ajouté qu'il n'y avait pas "un centime pour l'hôpital" dans la plan d'urgence voté par l'Assemblée nationale. Thierry Amouroux tire la sonnette d'alarme sur le matériel, et notamment les masques. "Monsieur Véran est un spécialiste en bons de commande, mais sur le terrain, on est toujours en situation de manque." Thierry Amouroux dénonce également le fait que les premières commandes ont été passées "un mois après les premiers décès en France".

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franceinfo : Comment réagissez-vous à ce coup d'arrêt donné aux plans budgétaires qui étaient envisagés dans les hôpitaux ?

Thierry Amouroux : Pour l'instant ce sont des mots. On attend les faits. Nous avions eu la déclaration du président Macron disant qu'il allait donner des moyens à l'hôpital. Et puis, il y a huit jours, il y a eu le vote de la loi urgence à l'Assemblée nationale, où il n'y avait pas un centime pour l'hôpital, mais uniquement des moyens pour le tissu industriel.

Ce qui est incompréhensible pour vous, ce serait qu'il n'y ait pas des moyens supplémentaires qui soient accordés dans les prochains mois?

Oui, parce qu'il faut bien comprendre que, déjà avant l'épidémie, nous avions atteint un point de rupture. Dès novembre-décembre, bien avant l'épidémie, nous avions été obligés d'envoyer des enfants à 200 km de Paris, faute de lits de réanimation disponibles sur la région Ile-de-France. Et la même chose à Nice, où des enfants avaient été envoyés à Marseille. Donc, il y a un vrai manque de lits. Il faut comprendre qu'en 20 ans, on a supprimé 100 000 lits. On est passés de 500 000 à 400 000.

Vous avez mené une enquête auprès de plus de 30 000 infirmières et infirmiers ces derniers jours. Les résultats sont assez édifiants et inquiétants sur le manque de moyens de protection, notamment.

Nous avions déjà fait une enquête début mars et nous avons voulu la refaire en avril pour voir si, un mois après, les choses s'étaient améliorées. Et ce n'est pas du tout le cas. Monsieur Véran est un spécialiste en bons de commande, mais sur le terrain, on est toujours en situation de manque. Et là, quand on entend monsieur Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, nous annoncer qu'on aura deux milliards de masques fin juin, c'est un peu se moquer du monde.

Vous parliez du monde de l'après. Mais nous, on est dans le pendant. Et aujourd'hui, on manque de tout. On manque de masques, on manque de lits, on manque de tests, on manque de petit matériel comme des seringues électriques, on manque de surblouses. Là, c'est une nouveauté. Les surblouses, c'est ce que l'on met sur la blouse pour se protéger lorsqu'on fait des soins. Et nous avons le ministère qui vient de sortir une note le 3 avril pour nous indiquer comment laver et réutiliser du linge à usage unique. Et tout le monde a pu voir également le type de surblouses autodégradables délivrées à Marseille, où dès que vous les sortiez du sachet, elles tombaient en lambeaux. Voilà notre quotidien aujourd'hui.

On n'a pas simplement affaire à un problème d'épidémie. On doit, nous soignants, gérer au quotidien le manque de matériel. Et ce qui est terrible, c'est que lorsqu'on est nous-mêmes infectés, on devient contaminant pour nos patients qui, eux, s'ils sont hospitalisés, c'est qu'ils sont fragiles et risquent de développer la forme grave de la maladie. Clairement dans tous les hôpitaux, on guette l'arrivée du camion qui va nous permettre de tenir un jour de plus.

Le matériel qui arrive, est-ce que c'est du bas de gamme inutilisable ou est-ce qu'il vous est utile?

Il y a de tout. Il y a aussi bien du matériel neuf que des fonds de tiroir qu'on a pu récupérer un peu partout. Et il faut bien voir qu'il y a eu un retard à l'allumage dramatique. D'une part, il n'y avait pas de stocks stratégiques de masques FFP2, ni de masques chirurgicaux. Et ça, c'est un vrai problème. Mais d'autre part, le gouvernement français, alors que les premiers cas en France étaient le 24 janvier, les commandes de masques n'ont été faites que fin février, un mois après. Et les respirateurs qui sont indispensables - l'appareil de réanimation est indispensable dans un lit de réanimation - la commande n'a été faite que le 21 mars, il y a une dizaine de jours. Vous voyez le décalage entre nos besoins maintenant sur le terrain et les effets d'annonce sur le fait qu'ils lancent des commandes qui arriveront deux semaines après.

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