Covid-19 : "La santé mentale des Français s'est vraiment beaucoup dégradée dans ce deuxième confinement", alerte le psychiatre Serge Hefez

Le directeur général de la Santé a également alerté mardi sur la santé mentale des Français qui s'est dégradée entre fin septembre et début novembre.

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Radio France
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Dans une clinique psychiatrique de Saint-Victor-sur-Loire, le 17 novembre 2020 (photo d'illstration). (R?MY PERRIN / MAXPPP)

"La santé mentale des Français s'est vraiment beaucoup dégradé dans ce deuxième confinement", alerte le Dr Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste à Paris mercredi 18 novembre sur franceinfo. Le nombre de personnes concernées par des états dépressifs a doublé entre fin septembre et début novembre a indiqué mardi le directeur général de la Santé. "Cette épidémie est stressante, anxiogène et peut générer une souffrance psychologique pour nombre d'entre nous", a expliqué Jérôme Salomon.

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franceinfo : Vous confirmez les propos de Jérôme Salomon ?

Serge Hefez : Je suis content que ce soit enfin abordé. Cela fait des semaines que l'on s'époumone pour dire à quel point les Français vont mal, à quel point ils sont déprimés, anxieux, sidérés, en colère, parfois même paranos. La santé mentale des Français s'est vraiment beaucoup dégradée dans ce deuxième confinement. J'entends cette dépression tous les jours dans mon cabinet et à l'hôpital. C'est le bureau des pleurs. Les gens vont très très mal. Ils voient leur avenir bouché, ils ont beaucoup de mal à se projeter. Ils ont peur pour leurs enfants. Les étudiants que je reçois sont totalement déboussolés.

Est-ce que ça touche tout le monde ?

Ça touche absolument tout le monde, parce que c'est un traumatisme qui nous a tous pris de plein fouet. Ce qui me frappe c'est qu'effectivement la plupart des gens qui avaient développé de très bonnes défenses au premier confinement et qui voyaient les choses avec espoir, ont pris cette deuxième vague de plein fouet et ont beaucoup de mal à s'en remettre. Aujourd'hui, j'ai un sentiment de déchirement du tissu social. Les gens sont très montés les uns contre les autres. C'est les vieux contre les jeunes, ceux qui font attention contre ceux qui ne font pas attention, ceux qui ont du travail contre ceux qui l'ont perdu. Même au niveau des médecins et du monde politique on a l'impression que personne n'est d'accord. Tout ça laisse monter des théories du complot qui accentuent le repli sur soi.

Vous disiez qu'il était temps que le gouvernement en prenne compte. Que faut-il faire maintenant ?

Il faut déjà réaliser que, bien avant le confinement, la plupart des psychiatres tiraient la sonnette d'alarme pour dire : "On n'arrive pas à maintenir un système de soins de qualité." Aujourd'hui, dans un centre médico-psychique à Paris, quand quelqu'un téléphone parce qu'il va mal, on est obligé de lui dire qu'on ne peut pas lui donner de rendez-vous avant six à huit mois, parfois un an ! C'est un manque de moyens. Petit à petit on a déshabillé la psychiatrie publique, avec moins de personnels et des personnels qui ne sont pas renouvelés. De la même manière qu'on s'interroge sur le système de santé en général, il va falloir qu'on s'interroge sur le système de santé psychique. Mais dans l'immédiat la première chose est de lutter contre l'isolement.

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