Covid-19 : "Le stress est important depuis mars, avec tout un tas d'étapes qui mettent la pression sur la population", estime un psychiatre

Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a souligné mardi que "la santé mentale des Français s'est de nouveau dégradée entre fin septembre et début novembre".

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Dans une clinique psychatrique à Saint-Victor-sur-Loire, le 17 novembre 2020 (photo d'illustration). (REMY PERRIN / MAXPPP)

"Le stress est extrêmement important depuis le mois de mars, avec tout un tas d'étapes qui mettent la pression sur la population", a déclaré mardi 17 novembre sur franceinfo Nicolas Franck, psychiatre, chef de pôle au Centre hospitalier Le Vinatier à Bron (Rhône), auteur de l’ouvrage Covid-19 et détresse psychologique, aux éditions Odile Jacob. Il salue les propos du directeur général de la Santé Jérôme Salomon qui a souligné mardi que "la santé mentale des Français s'est de nouveau dégradée entre fin septembre et début novembre". Au-delà du bien-être en baisse, "les conséquences les plus graves" du confinement et de la crise sanitaire "ce sont des états dépressifs et des états anxieux caractérisés", et même un "stress post-traumatique" pour ceux qui ont été confrontés à la mort, explique Nicolas Franck.

franceinfo : La dimension psychologique de cette crise est-elle vraiment importante ?

Nicolas Franck : Je pense que la dimension psychologique touche tout le monde. Nous avons tous une santé mentale, comme nous avons une santé physique. Je me réjouis de ce qu'a dit Jérôme Salomon parce que c'est absolument indispensable de prendre en compte aussi cette dimension qui peut être altérée étant donné le stress qui est extrêmement important depuis le mois de mars, avec des hauts et des bas, un confinement, un déconfinement, un reconfinement, tout un tas d'étapes qui finalement, mettent la pression sur la population. Ce sont les plus fragiles qui en font les frais. Il est absolument indispensable de prendre en compte cette dimension-là, à la fois à travers de l'écoute et à la fois à travers du soutien à proposer à la population.

Est-ce que vous même, dans votre service, vous l'avez mesuré cette détresse psychologique, cette dépression liée à l'épidémie ?

Nous l'avons mesuré avec quelques collègues, bien au-delà du simple pôle dont je suis responsable. Nous l'avons mesuré en France avec une enquête en population générale que nous avons mise en place dès la deuxième semaine du confinement de mars et qui a montré que le bien-être mental était altéré à ce moment-là. Il n'a pas arrêté de se détériorer de la deuxième à la huitième semaine. Nous avons eu plusieurs dizaines de milliers de réponses et nous avons pu mesurer que les personnes les plus isolées, les personnes qui ne travaillaient pas, les personnes qui avaient la plus petite surface, les personnes qui avaient des difficultés étaient les plus atteintes.

Quelle proportion de la population est concernée, est-ce qu'on arrive à le mesurer ?

On va vraiment le mesurer dans la durée parce que les troubles se découvrent au fur et à mesure. On a déjà mesuré que le bien-être mental était détérioré chez une bonne partie des Français, dans une proportion non-négligeable. On a entendu parler d'un doublement du niveau de la dépression en France, de la prévalence de la dépression et des troubles anxieux. La dépression touche selon son intensité 5 à 10% de la population. Donc, cela veut dire qu'on est passé à 10 ou 20% de la population qui atteint les critères d'une dépression pathologique. Et quant à l'anxiété pathologique, au mois d'avril, elle était montée à 27% selon Santé publique France. Donc ce n'est pas négligeable, ça touche beaucoup de nos concitoyens.

Quelles sont les conséquences les plus graves ?

Les conséquences les plus graves, ce sont des états dépressifs et des états anxieux caractérisés. Le premier seuil, c'est de passer d'un état de bien-être satisfaisant à des manifestations spécifiques : des troubles du sommeil, une irritabilité, une tension mentale, une tension physique, une contrariété ou des ruminations. Après, il y a un second seuil, vous pouvez avoir des gens qui ont peur de conséquences pour eux ou pour leurs proches, cela entre dans le trouble anxieux. Vous avez également des personnes qui ont l'impression qu'elles ne vont pas s'en sortir, que leurs proches ne vont pas s'en sortir, qui ne peuvent pas se projeter dans l'avenir. Et ces personnes entrent dans le trouble dépressif. Quant à ceux qui sont confrontés directement à la mort parce qu'ils travaillent en réanimation, ou parce qu'ils ont perdu un proche et qu'ils ont vu mourir, eux risquent le stress post-traumatique.

Comment soigne-t'on ce type de pathologie ?

Cela se soigne par des méthodes non pharmacologiques en priorité. C'est à dire qu'on ne va pas se précipiter sur des médicaments anxiolytiques dont la consommation a explosé durant le printemps et l'été. Ce n'est pas la première solution, c'est un recours de seconde ligne. La première chose, c'est l'écoute. Ce sont des psychothérapies, donc ce sont des méthodes non médicamenteuses. Eventuellement pour des troubles anxieux ou dépressifs caractérisés, on a plutôt recours aux antidépresseurs qu'aux anxiolytiques qui donnent des addictions. On a entendu parler des addictions aux écrans, à l'alcool, au tabac qui se sont aggravés pendant la première phase du confinement.


Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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