Covid-19 : comment le report du "Black Friday" en France est devenu un sujet politique

Les petits commerçants ont fini par avoir gain de cause. Le gouvernement finalise avec la grande distribution le report d'une semaine, du 27 novembre au 4 décembre, du "Black Friday", ce jour où les enseignes proposent des offres promotionnelles.

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Une opération de protestation contre la fermeture des commerces, le 13 novembre 2020, dans le centre de Nantes. (ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS)

Les petits commerçants ont remporté leur bras de fer. En accord avec la grande distribution, le gouvernement a décidé de reporter le "Black Friday" en France. La pression était trop forte. En décrétant, pour juguler la pandémie de Covid-19, un confinement au moins jusqu'au 1er décembre, l'exécutif n'avait probablement pas songé à ce vendredi 27 novembre où marques et distributeurs avaient prévu, comme chaque année, des opérations de promotion pour lancer les courses de Noël. 

Mais les restrictions en cours ont cristallisé la colère des commerçants contraints, eux, de garder leurs boutiques fermées. Voici comment la pression est montée sur l'exécutif, jusqu'à ce qu'il décide de négocier avec la grande distribution le report du "Black Friday", qui devrait être acté vendredi, et avoir finalement lieu le 4 décembre.

1Les petits commerces demandent leur réouverture

Dès le vendredi 13 novembre, quatre fédérations de magasins de centre-ville et centres commerciaux (CDF, FFAC, FNCV, CNCC) demandent à rouvrir pour le 27 novembre. Ils évoquent "la mise en danger des commerces français" qui ne peuvent "se permettre de supporter un week-end de plus" de fermeture. A défaut, "le 'Black Friday' devrait être reporté à la date de réouverture effective des commerces [inconnue à ce jour]", voire "purement et simplement annulé cette année", estiment-ils.

2"Ouvrir ou nous faire mourir", la lettre à Emmanuel Macron

En début de semaine, l'association de fédérations de commerçants Conseil du commerce de France (CDCF) demande également, dans une lettre envoyée à Emmanuel Macron, de pouvoir rouvrir dès le vendredi 27 novembre, à l'occasion du "Black Friday". "Ouvrir ou nous faire mourir, nous vous demandons monsieur le président de choisir ! "Ce n'est pas une complainte de plus, ni une démarche à vocation institutionnelle, qui motivent aujourd'hui ce courrier, écrit le président du CDCF, William Koeberlé. C'est, ni plus, ni moins, la mort proche, certaine, de centaines de nos commerçants et de certaines filières, impactés de plein fouet par l'arrêt de leurs activités." 

3Une cinquantaine d'élus LREM se joignent à cette demande 

De nombreux élus volent alors au secours des commerçants, dont la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. Fait notable, 47 députés de La République en marche pointent à leur tour la distorsion de concurrence par rapport au commerce en ligne. Et envoient également une lettre à Emmanuel Macron pour demander la réouverture des commerces dits "non-essentiels" le 27 novembre. Le but est de permettre à ces commerces "de pouvoir être concurrentiels par rapport à ce commerce qui se fait par internet. C'est une date importante. Ensuite, ça leur permettra d'être au point par rapport à l'ouverture du début décembre, en vue des courses de Noël", écrivent-ils.

4Une pétition et une tribune s'en prennent à Amazon

Dans des textes différents, des élus s'en prennent au géant américain de la distribution en ligne Amazon, vu comme le grand gagnant du "Black Friday" contre le commerce de proximité. "Cher Père Noël, cette année, nous prenons l'engagement d'un #NoëlSansAmazon", avancent les signataires d'une pétition signée par plusieurs écologistes ou élus de gauche, dont l'ex-ministre de l'Environnement, Delphine Batho, l'ex-LREM Matthieu Orphelin, François Ruffin (LFI), les maires de Paris, Grenoble et Poitiers, Anne Hidalgo (PS), Eric Piolle (EELV) et Léonore Moncond'huy (EELV), ou encore le président de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard (EELV). "Ce n'est pas qu'un appel à ne pas commander sur Amazon, c'est aussi une pétition positive au bénéfice des commerçants de proximité et d'un e-commerce plus durable", explique Matthieu Orphelin.

Parallèlement, dans une tribune publiée sur franceinfo lundi 16 novembre, des responsables politiques, syndicaux, mais aussi des libraires et des éditeurs, ont appelé, eux, à imposer une taxe exceptionnelle sur les ventes d'Amazon, soulignant "l'urgence de stopper l'expansion du géant du e-commerce". Invité le 16 novembre de France Inter, le directeur général d’Amazon France, Frédéric Duval, ne se disait pas favorable à l'annulation du "Black Friday" réclamée par les commerçants. "On verra. On est encore à quinze jours de l'événement", mais "je pense que ce n’est pas forcément le moment où il faut s’arrêter", explique-t-il, "c’est important pour les consommateurs que la période de Noël batte son plein".

5Bruno Le Maire demande le report du "Black Friday"

De son côté, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a négocié avec la grande distribution un report de l'événement, auquel il est favorable. Après une première réunion jeudi 19 novembre au matin, Bercy a indiqué qu'un "nouvel échange" avec les acteurs concernés était prévu vendredi 20 novembre à 15 heures, "en vue de finaliser un accord". Carrefour s'est ainsi dit prêt à suspendre le "Black Friday", et le PDG du groupe, Alexandre Bompard, a donné son accord à Bruno Le Maire par téléphone jeudi matin, a indiqué le groupe à France Télévisions. 

"Je voudrais saluer l'esprit de responsabilité des distributeurs et du commerce en ligne qui ont accepté de considérer favorablement la proposition que j'ai faite", a commenté dans l'après-midi de jeudi le ministre, lors d'un déplacement à Dourdan (Essonne). "Nous avons bien avancé ce matin, nous poursuivons le travail. Il y a un gros travail technique, logistique, juridique à faire pour que cette décision soit effectivement prise", a-t-il précisé.

6Amazon France décale son opération promotionnelle au 4 décembre

Jeudi 19 novembre, l'annonce d'Amazon France intervient durant le journal de 20 heures de TF1, via son directeur général, Frédéric Duval. Réticente à tout report jusque-là, l'entreprise indique qu'elle accepte de décaler d'une semaine l'opération commerciale. "Nous avons décidé de reporter le 'Black Friday', si cela permet de rouvrir les commerces avant le 1er décembre. Cette année, le 'Black Friday' aura donc lieu le 4 décembre."

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