"Confiner les relations dans le privé en essayant de maintenir l'économie" : des professeurs de santé publique réclament un "confinement écocompatible"

Deux professeurs de santé publique appellent à mettre en place "un confinement nocturne beaucoup plus poussé" dès lundi 26 octobre. "L'idée, c'est vraiment d'essayer de maîtriser cette transmission dans la sphère privée et d'éviter d'abattre l'économie", explique sur franceinfo Philippe Amouyel.

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Une photographie prise le 24 octobre 2020 montre les rues vides du sud-ouest de la France à Toulouse, à l'heure du couvre-feu mis en place pour lutter contre la propagation du Covid-19. (FRED SCHEIBER / AFP)

Face à l'augmentation de cas de Covid-19 et la dégradation de la situation sanitaire en France, les professeurs de santé publique Philippe Amouyel et Luc Dauchet réclament un "confinement écocompatible" dès lundi 26 octobre, indiquent-ils dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche.

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L'idée est "de confiner encore au maximum les relations dans le système privé en essayant de maintenir l'économie", détaille sur franceinfo Philippe Amouyel, qui prône l'enchaînement "métro-boulot-dodo".

franceinfo : Vous proposez un confinement écocompatible, comme 'économiquement compatible', sans effets majeurs sur l'économie du pays, En quoi cela consisterait ?

Philippe Amouyel : L'idée c'est de se dire est-ce qu'il faut attendre la fin de la semaine pour voir si le confinement nocturne marche ou ne marche pas, c'est de démarrer un confinement qui serait localisé dans les zones les plus à risque, dans lequel on essaie de préserver le système économique et le travail des Français. C'est de maintenir d'abord l'accès aux écoles, aux collèges, dans un contexte de maintien extrêmement strict des gestes barrières. C'est par exemple, maintenir l'accès à l'enseignement supérieur, mais en mode distanciés, on ne met plus des étudiants dans des facs bondés. En matière de transports, les transmissions dans les transports peuvent être limitées. Il va falloir élargir les plages horaires de travail, mettre des rames supplémentaires, maintenir les entreprises ouvertes qui le peuvent et dans lesquelles on peut en particulier développer une extension du télétravail. En revanche, on ne maintient que les commerces de produits essentiels ouverts. On annule toutes les réunions publiques et privées. On demande aux gens de sortir avec des attestations de sortie de domicile systématiques et que tout le monde charge l'application TousAntiCovid. L'idée, c'est d'essayer de maintenir l'économie en essayant de casser la dynamique du virus, qui monte de manière massive et qui, étant donné le volume de nouveaux cas, entraîne des difficultés dans la stratégie qui consiste à tester tracer isoler, par exemple les plateformes sont débordées aujourd'hui.

En quoi ce que vous décrivez là est-il un confinement ?

C'est un confinement dans la mesure où on essaie de confiner encore au maximum les relations dans le système privé en essayant de maintenir l'économie, parce que c'est souvent dans les relations privées que se fait la dispersion du virus. Dans la vie quotidienne, dans la rue, au travail, les gens respectent les mesures, barrières puisqu'il y a une pression sociale et entrepreneuriale qui fait que ces gestes barrières sont respectés. Si les chefs d'entreprises mettent en œuvre tous les éléments qui permettent de protéger leur personnel, on peut réduire son niveau de contamination.

Une fois que vous êtes sorti de la séquence "métro-boulot", vous rentrez chez vous pour la séquence "dodo".

Philippe Amouyel

à franceinfo

Vous ne sortez pas et vous n'avez pas d'activité. Aujourd'hui, avec le couvre-feu, entre la sortie du travail et 21 heures vous pouvez encore avoir des relations sociales, des relations privées avec des extensions et après 21 heures. Vous pouvez également être chez quelqu'un et y rester. Donc l'idée, c'est vraiment d'essayer de maîtriser cette transmission dans la sphère privée, d'éviter d'abattre l'économie comme on l'a connu au mois de mars et avril, et de voir qui va se passer. C'est un confinement nocturne beaucoup plus poussé.

Avec cet écoconfinement, vous espérez pouvoir casser la dynamique de l'épidémie rapidement ?

Si on se base sur les résultats du confinement qu'on a appliqué au mois de mars et avril, on s'aperçoit au bout de la deuxième ou troisième semaine de juin, on a une baisse de près de 40 % de la progression des infections. Donc, ça veut dire qu'en 3 à 4 semaines, on devrait pouvoir commencer à voir la pente se casser de manière très significative, ce qui nous amène à peu près à la fin du mois de novembre. Or le mois de novembre va être difficile étant donné que les cas au mois de novembre sont ceux des infections qui ont précédé depuis une semaine à deux semaines déjà. Donc, on a toujours un décalage dans la mise en œuvre et les résultats des mesures. C'est pour cela qu'il ne faut pas perdre de temps et prendre le risque qu'une mesure ne marche pas, les enchaîner et faire en sorte qu'on maille complètement la progression de ce virus.

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