Confinement : fermer les librairies, c'est nous "priver du meilleur bataillon pour affronter l'obscurantisme", plaide François Busnel

Le critique littéraire lance une pétition pour que les librairies puissent rester ouvertes pendant le confinement. 

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Radio France
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François Busnel, le 11 janvier 2016.  (JOEL SAGET / AFP)

"Nous avons tous entendu le président de la République nous dire 'nous sommes en guerre'. Pourquoi nous priver du meilleur bataillon pour nous permettre d'affronter l'obscurantisme", s'est interrogé sur franceinfo vendredi 30 octobre le journaliste et critique littéraire François Busnel qui lance une pétition pour que les librairies soient autorisées à rester ouvertes malgré le confinement, qui démarre ce vendredi pour au moins un mois. Selon lui, "tout est lié y compris ce qu'il s'est passé de tragique hier à Nice".

franceinfo : Au moment où l'épidémie s'emballe, que tout un pan de l'économie est menacé, en quoi est-ce si grave de fermer une librairie ?

François Busnel : Pour plein de raisons, qui sont toutes liées les unes aux autres, c'est à dire au combat que tout le monde essaye de mener contre l'ignorance, contre l'obscurantisme, contre le fanatisme. Les librairies, c'est le seul endroit peut-être où vous pouvez faire disparaître, avec les bibliothèques, toute théorie du complot. Parce que vous avez des livres qui racontent des histoires, qui expliquent que les choses ne sont pas noir ou blanc, et que contre un livre unique, quel qu'il soit, il y a les livres. C'est aussi l'endroit où vous pouvez vous armer avec des armes efficaces contre le réel. C'est l'endroit où vous pouvez trouver de l'espoir, trouver de la consolation. Trouver également ce qui vous dérange, ce qui vous inquiète, ce qui vous fait progresser, ce qui vous fait penser par vous-même. Les librairies ont besoin d'être ouvertes et ce n'est pas simplement l'amoureux des librairies qui vous le dit, pas simplement pour préserver un commerce, mais parce qu'il y a des millions de personnes dans ce pays, et on l'a vu juste après le premier confinement, qui ont envie de lire, qui ont besoin de lire. Fermer les librairies, c'est condamner tout un pan de l'économie culturelle, sans doute à vaciller, pour certains à disparaître. C'est malheureusement se condamner dans quelques semaines, dans quelques mois ou dans quelques années, à voir des villes sans librairie, à trouver des zones blanches en France. Et vous faites un cadeau énorme à une entreprise qui commence par Ama et finit par Zon, dont on connait les pratiques fiscales.

Vous lancez une pétition et demandez à Emmanuel Macron de vous recevoir, il faut qu'il soit le "président des livres" ?

Il est le "président des livres", je crois. En tout cas, c'est comme ça que je l'ai entendu. Je ne parle pas de politique, mais j'ai entendu effectivement un candidat qui parlait de littérature. Cela fait longtemps que nous n'avions pas eu un président-lecteur. Je crois que c'est une formidable opportunité d'être en accord avec les actes.

Le gouvernement explique que si on le fait pour les librairies, il faudra le faire pour tout le monde.

Je suis en total soutien des théâtres et des cinémas. J'adore ces gens-là, j'adore ce milieu. Je crois que le livre n'a rien à voir avec cela. Il ne s'agit pas de cela. Le cinéma et le théâtre viennent du livre. Ça n'est pas une exception, c'est la prolongation de ce qu'est la France. N'éteignez pas les lumières s'il vous plaît. Tout part du livre. Ce n'est pas moi qui demande à Emmanuel Macron de me recevoir. Nous voudrions, et le nous, c'est le syndicat des libraires de France, c'est le syndicat national des éditeurs, ce sont tous les écrivains, ce sont aussi tous les gens qui vont en librairie. J'étais hier soir avant la fermeture dans ma librairie de quartier à Paris. Il y avait une queue comme on n'en a jamais vu. La libraire m'a dit qu'il y avait eu 700 personnes. Cela traduit un formidable appétit, un désir immense de continuer à se rendre dans ces librairies, dans ces endroits. Cela n'est pas faire une exception. Nous avons tous entendu le président de la République nous dire "nous sommes en guerre ?" Pourquoi priver du meilleur bataillon, celui qui va permettre à la connaissance d'affronter l'obscurantisme. Tout est lié y compris ce qu'il s'est passé de tragique hier à Nice.

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