"Ce qui m’a pesé, c’est l’angoisse des gens" : comment la crise sanitaire a épuisé physiquement les pharmaciens

Au plus fort de l'épidémie, un salarié de pharmacie sur dix a été au moins une fois en arrêt de travail, rapporte à franceinfo l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine. 

Sendra, pharmacienne depuis 35 ans, dans l\'officine où elle travaille à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), le 23 juillet 2020. 
Sendra, pharmacienne depuis 35 ans, dans l'officine où elle travaille à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), le 23 juillet 2020.  (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

"Cette nuit, il a eu de grosses crises de panique avec, vraiment, du mal à respirer." Aurélie s’adresse à un médecin qui ausculte Julien, son compagnon. Tous deux travaillent dans une pharmacie parisienne. Ces derniers mois, ils ont puisé dans leurs réserves. La fatigue s'accumule, et puis un jour, on craque. "On a beaucoup de soucis, beaucoup de stress et trop de choses qui s’accumulent, il n’en peut plus." Pour Julien, ça sera un arrêt de travail, et du repos. 

La crise du coronavirus a épuisé les pharmaciens et leurs salariés. Et si le travail des médecins, des infirmières, et plus globalement des soignants, a été salué pendant la crise du coronavirus, les pharmaciens, eux aussi mis à contribution, se sentent un peu oubliés. Aujourd'hui, ils en payent les pots cassés. Au plus fort de la crise du coronavirus, le nombre d'arrêts de travail a plus que doublé par rapport aux années précédentes chez les salariés des pharmacies, révèle à franceinfo l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). 

"À un moment donné le corps dit stop"

Dans ces arrêts de travail, des gardes d'enfants, des personnels affectés par le coronavirus mais aussi beaucoup de cas de burn-out, de surmenage, précise l'USPO. Autre illustration de cet épuisement, cette fois dans une officine à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis. Sendra compte 35 années d'expérience en pharmacie : "Je ne m’arrête jamais et je ne suis jamais malade", dit-elle. Pourtant, au plus fort de l'épidémie, Sendra a craqué, elle aussi. "Même si le psychique était là, le corps à un moment donné dit stop. C’était très fatigant parce qu’on a des horaires particuliers, on travaille du lundi au samedi, et surtout ce qui m’a pesé c’est l’angoisse des gens", affirme cette pharmacienne.

Les gens étaient stressés parce qu’un coup on leur disait que le masque ne servait à rien, après on leur disait qu’il fallait le mettre. On ne savait plus quoi faire et les gens venaient chercher réponse chez le pharmacien.Sendra, pharmacienneà franceinfo

Durant ces mois difficiles, Sendra se rendait au travail "avec la boule au ventre". "Parce que nous aussi on pouvait attraper le virus car au début on n’était pas bien protégés, et les gens étaient très angoissés."   

"On n'a travaillé que sous pression extrême"  

Dans cette pharmacie, plusieurs salariés ont eu le coronavirus pendant cette période très intense, très stressante également pour le patron, Michael Angel : "On n’a pas eu de  vacances, on a eu un stress entrepreneurial fort, un stress sanitaire fort. On a un niveau de fatigue qui n’est pas celui des Français classiques vu qu’on n’a pas arrêté de travailler, et on n'a travaillé que sous pression extrême." Un point de vue partagé par de nombreux pharmaciens. La quinzaine de professionnels que franceinfo a pu contacter ont tous dit la même chose : fatigue extrême, stress, et une certaine appréhension face à une éventuelle seconde vague.

Coronavirus : les pharmaciens en burn-out - Reportage de Boris Loumagne
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