Appel du WWF : le coronavirus montre qu'il "n'y a pas d'humains en bonne santé sur une planète malade", estime Isabelle Autissier

"Il faut commencer à infléchir nos sociétés de manière à être plus résistant et plus résilient pour la suite", appelle la présidente du WWF France qui a adressé des propositions concrètes au gouvernement.

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Isabelle Autissier, présidente du WWF France. (LOIC VENANCE / AFP)

La pandémie de coronavirus prouve qu'il "n'y a pas d'humains en bonne santé sur une planète malade", affirme la présidente du WWF Isabelle Autissier lundi 6 avril sur franceinfo, alors que l'ONG lance un appel aux dirigeants européens pour adopter un "filet de sécurité sanitaire, économique et écologique vers la sortie de crise" afin de changer nos "modes de consommation" qui exercent une pression trop forte sur la nature. 

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franceinfo : Redoutez-vous que l'écologie soit la grande oubliée de l'après-confinement ? 

Isabelle Autissier : C'est surtout que dans cette crise, l'écologie a un rôle considérable.

On sait bien que les dernières grandes pandémies, que ce soit VIH, Ebola, Sras, toutes ces maladies-là sont venues en grande partie du fait que les hommes sont entrés en contact avec la faune sauvage beaucoup plus fréquemment que d'habitude et en particulier à cause de la déforestation, à cause de l'assèchement des zones humides.

Isabelle Autissier, présidente du WWF France

à franceinfo

Donc, on voit très bien qu'il n'y a pas d'humains en bonne santé sur une planète malade. Ce n'est pas WWF qui le dit, c'est l'ONU, dans un rapport de 2005. Il dit bien que les atteintes aux écosystèmes font le risque d'apparition des nouvelles pandémies. Avec tous les milliards qui vont être mis sur la table - et il faut qu'ils soient mis et heureusement qu'ils sont mis - il faut aussi commencer à infléchir nos sociétés de manière à être plus résistant et plus résilient pour la suite, à avoir des sociétés qui soient peut-être moins gaspilleuses, moins gourmandes de tout, de manière à pouvoir préserver la planète parce que nous en avons considérablement besoin. 

Vous proposez de conditionner l'aide aux entreprises à un engagement pour la planète. Vous demandez à l'État de ne pas signer de chèque en blanc ? 

Non, il ne faut pas signer des chèques en blanc. Alors évidemment, dans la crise extrêmement profonde dans laquelle on est aujourd'hui, on ne va pas laisser tomber brutalement des gens. Mais on peut orienter parce qu'on peut éventuellement donner plus ou encourager ou mettre de l'argent public pour faire, par exemple, de la recherche ou du développement dans un certain nombre de situations - et elles sont très variées. Ça peut être l'agriculture pour lui permettre d'être relocalisée. D'ailleurs, j'ai entendu le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume qui parlait d'être 100% autonome en protéines végétales, c'est extrêmement important. C'est meilleur pour notre agriculture et ça évite la déforestation en Amazonie, qui est une des causes de rencontre entre les hommes et la vie sauvage, donc là c'est bien. Il faut le faire aussi dans les secteurs de l'énergie.

On a un outil qui est assez efficace, c'est l'outil qui vient d'être mis au point par l'Union européenne, qui est en fait une taxonomie verte, c'est-à-dire qu'on juge toutes les activités branche par branche, plus ou moins vertes, ou plus ou moins brunes.

Isabelle Autissier

Utilisons cet outil pour aider plus les entreprises et donc tirer vers le haut toute la filière pour qu'on aille vers une société qui ne soit pas la même qu'hier. Parce que si elle est la même qu'hier, on va retrouver les mêmes problèmes et on aura toujours des problèmes liés aux pandémies, mais qui pourront être liés aussi aux questions climatiques. Il faut absolument qu'on se sorte de tout ça, donc ça demande du travail et ces milliards mis sur la table vont pouvoir aider les entreprises et les particuliers et aider les collectivités locales qui jouent un grand rôle à changer de politique. 

Après la crise financière de 2008, les promesses de changement de société n'avait pas été tenues. Craignez-vous que la situation se reproduise aujourd'hui ? 

[Cette volte-face] a été une catastrophe. En 2008, c'était une crise bancaire pour un problème bancaire au départ. Là, on est sur une crise dont le départ, c'est le massacre des écosystèmes et de la biodiversité. On ne sait pas exactement encore l'origine du Covid-19. Est-ce que c'est le commerce des pangolins sauvages et des animaux sauvages ? Ou est-ce que c'est l'emplacement des animaux d'élevage dans les élevages industriels en Chine ? Mais de toute évidence, c'est quand même une raison environnementale. 

Ça prouve bien que l'environnement, c'est notre base, c'est ce qui nous fait vivre, ce qui nous fait manger, respirer et boire de l'eau propre. Donc, c'est le B.A.-BA, si j'ose dire, de la vie humaine.

IsabelleAutissier

Le fait que cette crise vienne au départ de problèmes environnementaux et d'agressions à l'environnement, j'espère que ça va quand même nous mettre en face de nos responsabilités et de notre façon de nous conduire.

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