Covid-19 : "Les lits commencent à manquer", alerte Bruno Mégarbane de l’hôpital Lariboisière à Paris

"Aujourd'hui la situation est encore sous contrôle, indique le chef du service réanimation. Par contre, on craint évidemment les 10 à 15 jours qui viennent".

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Radio France
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L'hôpital Lariboisière, à Paris, le 25 avril 2019. (THOMAS PONTILLON / RADIOFRANCE)

"Les lits commencent à manquer", a alerté mercredi 24 mars sur franceinfo Bruno Mégarbane, chef du service réanimation de l’hôpital Lariboisière à Paris. "Depuis quelques jours on voit progresser le nombre d'admissions à une vitesse accélérée", indique-t-il, confirmant le message du directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Martin Hirsch a écrit aux professionnels de l'AP-HP pour indiquer que "nous n’avions pas connu un nombre d’entrées aussi haut en 24 heures depuis la première vague". Dénonçant l'absence de création de lits pérennes depuis un an, Bruno Mégarbane estime qu'il "faudra très probablement passer le cap des 40% de déprogrammation" des opérations, contre 20% actuellement.

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franceinfo : L'AP-HP vient d'enregistrer un nombre d'entrées inédit depuis la première vague. C'est ce que vous constatez à l'hôpital Lariboisière ?

Effectivement. Nous sommes sollicités pour des transferts de patients et malheureusement nos lits sont déjà occupés. Dans la majorité des cas, nous ne pouvons admettre de nouveaux patients. En fait depuis quelques jours nous sommes à la recherche du lit désespérément libre en Île-de-France pour pouvoir y placer un patient pour une forme grave de Covid-19. Les lits commencent à manquer. Les hôpitaux essaient de créer de nouveaux lits de soins intensifs hors des murs. Le problème, c'est essentiellement le manque de paramédicaux spécialisés en réanimation, d'où la formation express faite par l'Assistance publique d'étudiants infirmiers pour les gestes de base de la réanimation. Je ne sais pas si cela sera suffisant, mais ce sera une aide précieuse pour les jours à venir.

Peut-on parler d'un emballement de l'épidémie sur ces dernières 24 heures ?

Depuis quelques jours, on voit progresser le nombre d'admissions à une vitesse accélérée, ceci est parallèle à la progression de l'épidémie sur le territoire, notamment en Île-de-France. Aujourd'hui la situation est encore sous contrôle, il faut être rassurant. Par contre, on craint évidemment les 10 à 15 jours qui viennent puisque nous sommes déjà à saturation. Il faut donc très probablement augmenter la déprogrammation, la diminution de l'offre de soins, déjà d'environ de 20 à 30% à l'Assistance publique. Il faudra très probablement passer le cap des 40% de déprogrammation pour à nouveau redéployer du personnel, notamment les infirmiers anesthésistes, à partir des blocs opératoires vers ces lits éphémères de réanimation. On voit bien évidemment que les formations d'étudiants infirmiers sont très utiles, parce que la majorité des patients vont uniquement recevoir de l'oxygène à haut débit et pourraient tout à fait être gérés par ce type de personnels "formés à la hâte".

"Le fond du problème reste que le personnel spécialisé en réanimation et les médecins spécialisés en réanimation médicale sont largement insuffisants."

Bruno Mégarbane, chef du service réanimation de l’hôpital Lariboisière à Paris

à franceinfo

Les infirmiers actuellement en place, les infirmiers spécialisés en techniques de réanimation devront augmenter leur mobilisation avec des heures supplémentaires. Il a été question d'une prime exceptionnelle offerte par l'Assistance publique à ses personnels.

Avez-vous l'impression que depuis un an rien n'a été fait pour compenser le manque de lits et de personnel ?

Tout à fait. En fait, il n'y a pas eu de modification structurelle des hôpitaux avec création de lits pérennes. On se contente de mesurettes quelques jours avant la poussée épidémique pour essayer de régler comme on peut les problèmes. Évidemment, tout le monde est de très bonne volonté, les directeurs, les médecins, l'administration, l'ARS. Nous plaidons à nouveau pour une réforme beaucoup plus systémique, avec une modification de la gouvernance de l'hôpital et surtout une mise du patient au centre des préoccupations de l'hôpital. Il faut arrêter la gestion comptable, il faut arrêter la baisse du personnel et il faut renforcer le nombre de lits. La population française vieillit. On voit bien que les besoins augmentent. L'hôpital fonctionne depuis 10 ans à flux tendu. Tous les hivers nous sommes en difficulté, c'est le cas tous les hivers ça n'est pas que pour la crise actuelle. Aujourd'hui, les problèmes sont mis en pleine lumière devant l'ensemble de la population.

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