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Quatre questions sur l'expérience qui a permis à des hommes paralysés de marcher à nouveau

Trois patients paraplégiques traités dans un hôpital en Suisse ont pu marcher à nouveau et, pour la première fois, en l'absence de stimulation. 

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France Télévisions
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Un patient paraplégique effectuant des pas à l'Ecole polytechnique de Lausanne (Suisse), au printemps 2018.  (EPFL / AFP)

C'est une nouvelle percée pour les personnes paralysées. Des paraplégiques traités par stimulation électrique en Suisse ont recouvré le contrôle de leurs muscles paralysés et ont pu marcher à nouveau, et même, pour la première fois, en l'absence de la stimulation. Cette recherche de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et de l'Hôpital universitaire de Lausanne (CHUV) a fait l'objet de deux articles publiés mercredi 31 octobre respectivement dans Nature et Nature neuroscience (en anglais). Franceinfo répond à quatre questions que soulève cette expérience. 

Qui sont les trois patients ? 

Ces trois hommes ont été traités en Suisse à l'Hôpital universitaire de Lausanne. Tous sont blessés au niveau de la moelle épinière. David Mzee, âgé de 28 ans et vivant à Zurich (Suisse), a été paralysé à la suite d'un accident de sport en 2010. Gert-Jan Oskam, 35 ans, vient des Pays-Bas. Il a été victime d'un accident de vélo en Chine en 2011. Sebastian Tobler, enfin, a 47 ans et vit à Fribourg (Suisse). Il a été paralysé à la suite d'un accident de VTT en 2013.

Interrogé par la RTS, ce dernier raconte s'être mis pour la première fois debout "quatre ans" après son accident. "Ça a été un grand moment pour moi d'autant plus que je suis la personne la plus atteinte des trois, se souvient-il. Les jambes commencent à se mettre en mouvement grâce au stimulateur et moi, avec ma tête, je vais essayer de me connecter avec les jambes c'est-à-dire que je vais essayer de prendre le contrôle de mes jambes."

Comment a fonctionné l'expérience ?

Deux procédés ont été utilisés. Les chercheurs ont combiné chez ces trois patients la stimulation épidurale, qui consiste à placer des électrodes en dehors de la membrane protectrice de la moelle, avec un entraînement physique intensif. Celles-ci sont reliées par un câble au neurostimulateur logé dans l'abdomen. Une montre à commande vocale permet au patient d'activer son stimulateur.

"Au bout de 3 à 5 mois d'entraînement sous stimulation apparaît une certaine récupération neurologique. La stimulation cible le niveau médullaire qui commande les muscles des membres inférieurs activés durant la marche. Cette stimulation facilite la commande du cerveau", explique à l'AFP Jocelyne Bloch, neurochirurgienne au CHUV. 

Le timing et la localisation de la stimulation électrique sont essentiels pour la capacité du patient à produire un mouvement volontaire.

Grégoire Courtine, chercheur à l'EPFL

à l'AFP

Concrètement, l'expérience comprend deux phases. Pendant la première, la stimulation permet une activation des muscles et augmente l'endurance à l'entraînement. Pendant la seconde, on commence à voir une récupération neurologique, c'est-à-dire que certains mouvements sont devenus possibles sans stimulation.

Ces trois patients remarchent-ils totalement ? 

Non, mais les progrès sont spectaculaires. "Le meilleur fait plus de deux kilomètres avec stimulation en laboratoire après plusieurs mois d'entraînement. Il est actuellement toujours capable de le faire", précise Jocelyne Bloch. Ces patients ont en fait surtout gagné en autonomie. "Je devrais bientôt arriver à faire un barbecue moi-même debout", assure Gert-Jan Oskam, qui peut maintenant parcourir de courtes distances, même sans stimulation.

David Mzee a, lui, retrouvé le contrôle des muscles de sa jambe gauche complètement paralysée et amélioré celui de sa jambe droite. Si pour lui, le fauteuil roulant reste le moyen de déplacement le plus efficace, il peut déjà faire quelques pas sans assistance.

Le plus gravement atteint, Sebastian Tobler, a eu besoin de trois mois supplémentaires. Désormais, il peut marcher en laboratoire avec la stimulation. Il a construit un tricycle couché pour paraplégiques qui lui permet, dit-il, de se balader en forêt. Peuvent-ils encore progresser ? "Certainement, mais cela implique un entraînement sans relâche", précise Jocelyne Bloch.

Est-ce une véritable avancée ? 

Des études américaines parues récemment ont montré une capacité de faire quelques pas avec des aides à la marche, mais uniquement avec une stimulation continue. En revanche,"personne n'avait démontré avant" la possibilité de bouger ou marcher après l'arrêt de la stimulation chez l'humain, assure Jocelyne Bloch.

C'est donc un "pas de géant" dans la recherche sur les blessés de la moelle épinière, souligne Chet Moritz, un spécialiste américain de l'Université de Washington à Seattle, dans un éditorial de la revue scientifique Nature. Le fait qu'après plusieurs mois de stimulation, ces trois hommes aient pu reprendre le contrôle de leurs muscles paralysés, sans activer la stimulation, est une "preuve solide que le cerveau et la moelle épinière ont rétabli des connections naturelles, note-t-il. Deux de ces participants étaient même capables de marcher (...) en utilisant un déambulateur à roulettes pour l'équilibre et la sécurité."

La prochaine étape pour les chercheurs sera de tester cette neurotechnologie très tôt après le traumatisme, quand le système neuromusculaire n'a pas encore subi l'atrophie consécutive à la paralysie chronique, "idéalement quelques semaines après l'accident", conclut Jocelyne Bloch.

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