Cinq questions sur les processions de chenilles qui redémarrent en France

Les chenilles processionnaires prolifèrent de la Bretagne au Grand Est en passant par l'Ile-de-France. Mais gare à leurs poils urticants !

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Vue de chenilles processionnaires, sur le tronc d'un pin maritime le 18 décembre 2009 sur la commune de Le Bois-Plage-en-Ré (Charente-Maritime). (XAVIER LEOTY / AFP)

L'été rime souvent avec chenilles, celles qui pullulent, lors des mariages un peu arrosés, mais aussi dans les forêts et les campagnes. Dans ce dernier cas, elles peuvent être beaucoup plus nocives pour l'homme et nettement moins cocasses. Les chenilles processionnaires prolifèrent ces dernières années et 2021 ne fait pas exception. Franceinfo vous explique pourquoi il ne vaut mieux pas se frotter à ces (jolis) insectes, parfois nocifs pour la santé.

C'est quoi les chenilles processionnaires ?

Ces petites chenilles, inoffensives au premier coup d'œil, nécessitent en réalité d'être extrêmement vigilant. Elles sont l'insecte nuisible du jardin par excellence. "Il y a deux espèces différentes : la processionnaire du chêne et la processionnaire du pin", précise à franceinfo Jérôme Rousselet, chercheur dans l'unité de zoologie forestière à l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Il s'agit dans les deux cas de larves de papillons de nuit.

Un nid de chenilles processionnaires du pin. (JEROME ROUSSELET / INRAE VAL DE LOIRE)

La processionnaire du pin quitte son nid situé au sommet de l'arbre pour s'enfouir dans le sol où elles se transforment en chrysalide puis en papillon, "contrairement à la processionnaire du chêne qui reste dans l'arbre également pour cette période de son cycle", détaille le chercheur. Les deux espèces n'ont pas le même calendrier en ce qui concerne les stades urticants, celui où les poils sont nocifs. "Les processionnaires du pin sont urticantes de l'automne jusqu'au printemps ; les processionnaires du chêne sont urticantes au printemps et au début d'été", explique Jérôme Rousselet.

Un nid de chenilles processionnaires du chêne. (JEROME ROUSSELET / INRAE VAL DE LOIRE)

La processionnaire du chêne était jusqu'ici surtout présente en Europe centrale, surtout en Allemagne, jusque dans la région Grand Est, où des pullulations locales étaient récurrentes. "Elle est présente partout où il y a des chênes, qui est une espèce d'arbre native, théorise Jérôme Rousselet, mais elle était tellement rare qu'elle passait inaperçue." Mais depuis une dizaine d'années, une montée en puissance est observée dans plusieurs régions comme l'Ile-de-France, la Normandie ou la Bretagne. La processionnaire du pin gagne elle aussi du terrain. Originaire du bassin méditerranéen, sa zone maximale d'extension a été la vallée de la Loire jusqu'à la fin des années 1980. A partir des années 1990, "elle a commencé une percée vers le nord qui ne s'arrête plus", avance le chercheur. 

Pourquoi sont-elles de retour ?

Ce phénomène n'est pas une nouveauté et revient chaque année. La prolifération de cette dernière s'explique notamment à cause du réchauffement climatique. "La hausse des températures favorise la pullulation des insectes et affaiblit les arbres, ce qui les rend plus vulnérables", explique Hervé Jactel, également chercheur à l'Inrae, cité par l'AFP. "Pour s'alimenter, les processionnaires du pin ont besoin de conditions particulières : 0 °C la nuit et 9 °C au moins durant la journée en hiver. Si ces conditions ne sont pas réunies, les larves ne survivent pas. On a observé un réchauffement de l'air qui lui a permis de survivre et donc de proliférer", éclaire Jérôme Rousselet.

L'homme a également joué un rôle en plantant de nombreux arbres ornementaux, dont des pins, arbre dont ces insectes raffolent. "Pendant 30 ou 40 ans, le pin le plus planté a été son préféré : le pin noir", note-t-il. 

"Si le moteur de son implantation, c'est le réchauffement climatique, la boîte de vitesse, c'est la modification du paysage."

Jérôme Rousselet, chercheur à l'Inrae

à franceinfo

Cela lui a permis de coloniser des environnements où elle devrait être absente. Des introductions accidentelles dans certains territoires ont également été constatées.

Pour la processionnaire du chêne, en revanche, il n'y a pas d'explication claire. "On a beaucoup de suspicions – le changement climatique, le changement dans les sols...  – mais aucune preuve scientifique, assure le spécialiste. Cette espèce aime bien les milieux plus ouverts, typiques des zones où milieux forestiers et urbanisés s'imbriquent, ce qui augmente également les risques d'exposition des populations humaines ou des animaux domestiques."

Quels sont les risques pour l'homme ?

Les poils urticants de ces chenilles sont volatiles et peuvent être propulsés dans l'air, plus ou moins loin en fonction du vent. "Ces poils provoquent des boutons, comparables à ceux des orties, ça peut durer trois à quatre jours, décrit Jérôme Rousselet. Ils peuvent aussi être respirés ou entrer en contact avec les yeux." Cela peut donc provoquer des démangeaisons, parfois "jusqu'au sang", comme l'explique une cliente d'une pharmacie à France Bleu Normandie, mais aussi des conjonctivites et même des maux de gorge.

"C'est à prendre au sérieux, mais il ne faut pas s'alarmer outre-mesure", tempère le chercheur de l'Inrae, qui s'appuie sur un rapport de l'Anses, rendu en juin 2020,  affirmant que la majorité des 1 338 cas (96,3%) exposés aux poils urticants des chenilles processionnaires ont développé des maux "de gravité faible, 3,5% moyenne et 0,2% de gravité forte". Chez des personnes fragiles, en revanche, soumises à des allergies, cela peut aller jusqu'au choc anaphylactique. 

Ces chenilles sont également nocives pour les animaux domestiques, les chevaux ou les bovins, car elles peuvent provoquer des lésions des tissus de la bouche et des nécroses entraînant la chute partielle ou totale des tissus de la langue pour les chiens. "Dans ce cas, il faut consulter un vétérinaire car cela peut être fatal, mais avec une piqûre de corticoïdes, le problème est réglé", prévient Jérôme Rousselet.

Et pour l'environnement ?

Les chenilles processionnaires "continuent de dévorer l'arbre jusqu'à ce qu'il soit sec, jusqu'à qu'il n'y ait plus rien de vert", explique à Brut l'environnementaliste Samer Khawand. Elles font partie des ravageurs primaires qui sont capables d'attaquer un arbre sain. "Elles l'affaiblissent, retardent sa croissance, abonde Jérôme Rousselet, elles ont un impact mais qui n'est pas jugé comme une priorité pour les forestiers car l'arbre survit plutôt bien." Cité par France 3 Hauts-de-France, une région touchée par les chenilles processionnaires, Franck Lecomte, technicien à l'Office national des forêts, est plus alarmiste : "Comme il n'y a plus de feuilles, le mécanisme de l'arbre est au ralenti. Sans feuilles, il n'y a pas de photosynthèse, et pas de croissance."

Comment lutter contre leur prolifération ?

Sur son site, l'Agence régionale de santé du Grand Est apporte ses conseils : éviter tout contact avec ces chenilles, leur nid et les zones potentiellement infestées ; porter des vêtements protecteurs en cas de balade en forêt ; ne pas se frotter les yeux en cas d'exposition ; ne pas faire sécher le linge en extérieur et encore moins les masques de protection contre le Covid-19 ; laver les fruits et légumes du jardin et faire attention en tondant la pelouse si un ou des nids sont constatés à proximité. Dans ce cas-là, l'appel à un spécialiste est recommandé.

Pour lutter contre cette prolifération, Jérôme Rousselet encourage "des luttes intégrées, l'association de plusieurs méthodes et des luttes collectives entre les acteurs (mairie, région, particuliers)". Certaines communes installent des nichoirs à mésanges dans les zones à risques à la sortie de l'hiver, écrit L'Est républicain, car cet oiseau raffole des chenilles au point d'être en capacité d'en manger jusqu'à 600 par jour. 

A Pau (Pyrénées-Atlantiques), c'est le paintball qui est expérimenté, rapporte France 3 Nouvelle-Aquitaine, avec à l'intérieur des capsules qui diffusent des phéromones pour empêcher l'accouplement des papillons

Mais rien ne remplacera une meilleure information sur ce sujet. "L'ignorance est un facteur de danger", conclut Jérôme Rousselet. 

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