"Culpabilisateur", "paternaliste", "sexiste"... Un communiqué de la Smerep sur la contraception suscite un tollé

La mutuelle étudiante met en garde les "jeunes femmes" contre les comportements à risque sur la contraception. Ses arguments n'ont pas du tout plu aux internautes. 

Le communiqué de la Smerep juge que les étudiantes ont \"trop souvent recours\" à la pilule du lendemain, une contraception d\'urgence. 
Le communiqué de la Smerep juge que les étudiantes ont "trop souvent recours" à la pilule du lendemain, une contraception d'urgence.  (JULIO PELAEZ / MAXPPP)

"Il y avait d'autres manières de parler de la contraception, sans culpabiliser les femmes, et sans leur faire la morale", s'indigne Karim. Le pharmacien de 36 ans a dénoncé sur Twitter, mardi 13 septembre, le contenu du communiqué de la Smerep, qui "tire la sonnette d'alarme quant aux comportements à risque des jeunes femmes ayant trop souvent recours à la contraception d'urgence ou l'IVG". Un avis qui a suscité de nombreuses réactions sur le réseau social à l'encontre de la mutuelle étudiante. 

Le pharmacien de 36 ans effectuait une recherche sur la contraception d'urgence, sur internet, quand il est tombé sur un communiqué de la Smerep, "repris par des sites anti-IVG", comme Alliance Vita. "Au début, je me suis dit que les propos de l'assureur avaient été détournés", explique-t-il à franceinfo. Mais après vérification, Karim constate que la mutuelle étudiante a bel et bien publié, lundi 5 septembre, les résultats de son enquête menée auprès d'étudiantes françaises. Objectif du communiqué : prévenir les femmes contre les comportements à risque et le recours à la contraception d'urgence (la pilule du lendemain) ou à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). "Et tout le contenu de la publication m'a choqué", insiste le professionnel de santé. 

Une posture moralisatrice ?

Dans le communiqué, l'assureur pointe du doigt "des résultats alarmants", en expliquant que "20% des lycéennes ont déjà eu recours à la contraception d'urgence". Pour le pharmacien, "c'est très maladroit de la part de la Smerep de stigmatiser ainsi le recours à la pilule du lendemain, en adoptant une posture moralisatrice, alors que ce n'est pas son rôle". Au contraire, la contraception d'urgence serait pour Karim "une pratique de réduction des risques". Et surtout, "la contraception, c'est l'affaire de la femme, mais également de l'homme", grand oublié du communiqué. 

Si un couple oublie la pilule ou le préservatif, et recourt à la pilule du lendemain, est-ce que c'est un comportement à risque ? Au contraire, c'est plutôt responsable.KarimFranceinfo

A la fin du texte, la Smerep explique que "6% des lycéennes ont déjà eu recours à une interruption volontaire de grossesse" et met en garde contre l'IVG en évoquant "les conséquences psychologiques parfois graves" dont les femmes qui y ont recours peuvent pâtir. "Je comprends que la Smerep veuille favoriser une contraception efficace, considère Karim, mais ce n'est pas son rôle de faire la morale aux femmes sur l'IVG."

Aucun jugement sur l'IVG selon la Smerep

Point de départ de la fronde, les messages, postés par Karim, ont entraîné de nombreuses réactions enflammées sur Twitter, nombre d'internautes interpellant à leur tour la Smerep.

Face aux nombreux messages, la Smerep a répliqué sur le réseau social. Et la mutuelle étudiante réfute tout parti pris "idéologique".  

Jeudi 15 septembre, l'assurance étudiante publie des précisions pour répondre à ces réactions et "tient à exprimer ses regrets si une possible maladresse dans la rédaction de ce texte a pu conduire à une interprétation erronée de ses propos". Pour Hadrien Le Roux, le président de la Smerep, contacté par BuzzFeed News, le communiqué n'était "en aucun cas un jugement moral", au contraire, il était destiné à favoriser "plus de prévention".

Pas sûr que cela suffise pour convaincre des internautes échaudés. En 2013, un clip publicitaire lancé par la mutuelle avait été interdit car il avait été jugé sexiste par le Jury de la déontologie publicitaire. A l'époque, le JDP avait considéré que la plainte du ministère des Droits des femmes était justifiée car la campagne véhiculait "des stéréotypes dénigrants, notamment des propos et images profondément sexistes".