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Syrie : deux ans après la chute de son califat, le groupe Etat islamique continue d'étendre son influence

La capitulation de Daech à Baghouz le 23 mars 2019 avait été annoncée comme la fin du groupe terroriste. Mais l'EI, même s'il n'a plus de structure étatique, conserve des poches d'activité en Syrie et étend désormais son influence au Sahel.

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Le village de Baghouz en Syrie après la défaite du groupe Etats islamique, le 24 mars 2019.
Le village de Baghouz en Syrie après la défaite du groupe Etats islamique, le 24 mars 2019. (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Il y a deux ans jour pour jour, le 23 mars 2019, après la chute de Mossoul et de Raqqa, les deux "capitales" du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie, la reddition de Baghouz, en Syrie était censée marquer un coup fatal pour le groupe jihadiste. C'est dans cette ville de Syrie que s'étaient retranchés les derniers irréductibles de l'EI. Leurs familles, leurs proches avaient alors quitté la ville en longs convois pour être amenés dans des camps.

Du califat à l'État implosé

Au fait de sa puissance, le territoire du "califat" proclamé par Abou Bakr el Baghdadi recoupait une zone grande comme la Grande-Bretagne, à cheval entre la Syrie et l'Irak. Un "proto-État" totalitaire, doté d'une administration, de troupes de combattants estimés à plus de 50 000 hommes en 2018, avec des millions de personnes vivant sous la férule jihadiste. Avec les assauts de la coalition anti-terroriste, et la chute de ses villes symboles, le territoire du califat a implosé, s'est fragmenté. Il n'y a plus au Proche-Orient de territoires immenses sous contrôle du groupe Etat islamique mais des poches d'activité, notamment à l'est de la Syrie à proximité de Deir Ezzor, à la frontière avec l'Irak.

Les attaques n'ont jamais vraiment cessé. Chaque jour en moyenne huit sont revendiquées au nom de l'EI. à travers le monde, mais aussi en Syrie où le groupe terroriste continue de lancer des attaques meurtrières notamment dans le vaste désert de la Badiya qui s'étend de la province centrale de Homs jusqu'à celle de Deir Ezzor. En janvier dernier, elles ont connu une ampleur nouvelle avec l'attaque suicide d'un marché de Bagdad qui a fait trente victimes.

Le groupe Etat islamique a également étendu son influence bien au-delà du Proche-Orient, en s'implantant au Sahel où il concurrence Al-Qaida, et s'enracine sur le pourtour du lac Tchad. Il y prend le contrôle de nouveaux territoires, et s'étend vers le sud, comme au Mozambique.

Daech n'est pas défait

Après la reddition de Baghouz, personne ne s'était risqué au triomphalisme, au risque d'ignorer comment le groupe jihadiste s'était lui-même formé sur les "restes" d'Al-Qaida. C'est en effet après la guerre du Golfe, dans le camp américain de Bucca, en Irak, où était détenue une grande partie de l'état-major d'Al-Qaida que s'est formé le groupe. Cette concentration a permis à quelques combattants de restructurer un projet.

Aujourd'hui c'est dans le sinistre camp d'Al Hol, en Syrie, que se fixent les inquiétudes. Le degré de radicalisation parmi les réfugiés de Baghouz y est terrifiant, comme le souligne un récent rapport des Nations-Unies. Évasions, attaques, meurtres. Des ONG comme MSF s'en retirent après la mort récente de plusieurs de leurs employés. Plus de 60 000 personnes y vivent dans des conditions très dures. La moitié sont des enfants. Une jeunesse née sous le règne du groupe Etat islamique, élevée dans la haine de l'Occident, et qui n'a jamais rien connu d'autre.

Le village de Baghouz en Syrie après la défaite du groupe Etats islamique, le 24 mars 2019.
Le village de Baghouz en Syrie après la défaite du groupe Etats islamique, le 24 mars 2019. (GIUSEPPE CACACE / AFP)