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Référendum : la Guinée se prépare à une mascarade électorale

Dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, le président en place met en œuvre une pratique très répandue en Afrique : faire changer la constitution pour mieux rester au pouvoir.  

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Des habitants de Conakry (Guinée) se baladent devant un mur où des affiches \"Oui au référendum\" ont été collées, le 26 février 2020.
Des habitants de Conakry (Guinée) se baladent devant un mur où des affiches "Oui au référendum" ont été collées, le 26 février 2020. (JOHN WESSELS / AFP)

Les Guinéens sont appelés aux urnes, dimanche 1er mars, pour voter aux élections législatives et surtout au référendum sur la Constitution. Le résultat est garanti, la nouvelle Constitution sera adoptée.

Une Constitution pour mieux rester au pouvoir

Il suffit de faire un calcul simple : il y a un peu plus de 12 millions d’habitants dans ce pays situé au sud du Sénégal, la moitié ayant moins de 20 ans. Lors du dernier scrutin, il y avait 4 millions de personnes sur les listes électorales, et cette fois-ci, tout d’un coup, il y en a 7 millions et demi sur les listes. Comme par hasard, ces nouveaux électeurs sont apparus dans les fiefs fidèles au président Alpha Conde. L’Organisation Internationale de la Francophonie, qui s’était engagée à jouer les observateurs s'est retirée du processus en s'inquiétant de l'apparition de tous ces prétendus électeurs. Vous avez compris : le pouvoir va faire voter les morts.

Le tour de passe-passe ne va pas s’arrêter là. La nouvelle Constitution instaure la possibilité pour le président de faire un maximum de deux mandats successifs de six ans chacun. Or le président Conde, ancien opposant historique devenu potentat à son tour, 82 ans dans quelques jours, vient déjà de faire deux mandats, deux fois 5 ans. Donc on se dit "c’est fini". Pas du tout : comme c’est une nouvelle constitution, les compteurs vont pouvoir être remis à zéro. Alpha Conde peut espérer rester 12 ans de plus, jusqu’à 94 ans.

Une tradition de répression violente

Il y a un risque majeur de violence. Ces derniers mois, l’opposition a déjà organisé plusieurs manifestations pour s’élever contre cette entourloupe constitutionnelle. À plusieurs reprises, ça a tourné à l’affrontement : 37 morts depuis quatre mois, selon l’évaluation de l’Organisation guinéenne des droits de l’homme. La Guinée est malheureusement habituée aux répressions violentes depuis la dictature de Sekou Touré, dans les années 70 et 80.

Cette fois, l’opposition appelle surtout au boycott du scrutin. Mais il y a fort à parier que le résultat du vote, probablement trafiqué, crée beaucoup de frustration. L’inquiétude commence d’ailleurs à gagner les partenaires de la Guinée, l’Europe mais aussi la Chine et la Russie, tous s’alarment des risques de dérive violente. Tout ça est d’autant plus consternant que la Guinée est un pays potentiellement riche, avec beaucoup de réserves d’or, de diamants, et surtout de bauxite, la composante clé de l’aluminium.

Du Cameroun au Togo, une longue liste

En tout cas la Guinée n'a rien d'une exception sur le continent : cette pratique de la révision constitutionnelle est une habitude dans toute une partie de l’Afrique. En 20 ans, pas moins de 11 autres pays africains ont connu ce genre de tripatouillage constitutionnel, visant à maintenir un homme fort au pouvoir. On peut citer le Togo, où la famille Eyadema règne depuis 53 ans de père en fils. Le Cameroun, où Paul Biya, au pouvoir depuis 37 ans, peut désormais faire des mandats illimités. Le Tchad, révision constitutionnelle pour Idriss Deby; le Congo pour Denis Sassou Nguesso, etc.

Dans tous ces pays, l’alternance n’existe pas, et la population, dans sa grande majorité, n’a jamais connu qu’un seul dirigeant au pouvoir. Même la Côte d'Ivoire, pourtant de tradition plus démocratique, pourrait être confrontée au problème, avec l'ambition de l'actuel président Alassane Ouattara de rester au pouvoir à la fin de l'année.

Des habitants de Conakry (Guinée) se baladent devant un mur où des affiches \"Oui au référendum\" ont été collées, le 26 février 2020.
Des habitants de Conakry (Guinée) se baladent devant un mur où des affiches "Oui au référendum" ont été collées, le 26 février 2020. (JOHN WESSELS / AFP)